Rencontre : Philippe ARNAUD et Alexandre BERNELIN – PAD – Agence de design produit industriel
Poursuivons notre série de rencontres à la découverte des studios, marques, agences et designers qui gravitent autour de BED et qui nous inspirent afin de terminer l’année en beauté ! Depuis plusieurs mois, l’éditorial, le rythme, les projets, sont en forte progression et on observe le développement fort de l’intérêt et des communauté. BED est un média, un véhicule et doit servir la communauté, les designers… Ce mois-ci, nous partons à la rencontre du duo Philippe ARNAUD et Alexandre BERNELIN, fondateur de l’agence de design produit industriel PAD.
Un nom pas inconnu pour les fans de BED, redécouvrez le projet Envision
Après Alexia Audrain, Céline David, Manon Palie, Tamim Daoudi, Gauthier Flagel, Vincent Gravière, Matthieu Bourgeaux…

Place à la rencontre.
Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?
PAD est une agence de design industriel, mais surtout une histoire humaine. Celle d’une amitié de longue date et d’une passion commune pour le design industriel. Nous, Phil (Philippe ARNAUD) et Alex (Alexandre BERNELIN), nous sommes rencontrés pendant nos études, après avoir pourtant fréquenté le même lycée pendant trois ans sans jamais nous croiser. Originaires de la banlieue parisienne, notre relation s’est d’abord construite dans les transports, tôt le matin et tard le soir, sur les trajets vers l’école.
Le véritable déclencheur a été un stage à Hong Kong, où nous avons partagé une chambre de 10 m² pendant trois mois. Une expérience fondatrice. Depuis, nous sommes devenus amis, associés, témoins de mariage et même voisins. Une bromance qui dure depuis plus de vingt ans et qui irrigue aujourd’hui l’ADN de PAD.

Quels est votre parcours, école etc..
Nous sommes tous les deux diplômés d’un Master en design industriel de CREAPOLE ESDI (promotion 2008), mais nos parcours professionnels ont d’abord suivi des trajectoires différentes. Philippe démarre sa carrière en agence, chez IOTA Design, où il évolue rapidement de designer à associé-gérant, pendant 10 ans. Alexandre commence au sein du groupe SEB à Lyon, avant de prendre, moins d’un an plus tard, la direction du design de Sagem Wireless (ex-Sagem Mobile), un poste qu’il occupe pendant trois ans. Il rejoint ensuite la société belge OPTION N.V. en tant que design manager, puis crée l’agence Tohtem Makers pour le compte du groupe Tohtem.
PAD est née avec cette volonté d’accompagner les projets bien au-delà de la phase créative, jusqu’à l’industrialisation et la production des produits.
Lorsque Philippe propose, quelques années plus tard, de créer une agence ensemble, l’idée est évidente : réunir nos expériences de l’agence et de l’industrie pour proposer une approche du design pragmatique, engagée et orientée résultats. PAD est née avec cette volonté d’accompagner les projets bien au-delà de la phase créative, jusqu’à l’industrialisation et la production des produits.

Quels sont vos projets du moment ?
Aujourd’hui, nous travaillons sur des projets très variés, qui reflètent la diversité des compétences de l’agence. En medtech, nous accompagnons notamment Plasana, Winback et un client confidentiel sur plusieurs dispositifs médicaux, avec des enjeux forts d’usage, de réglementation et de performance.
Nous poursuivons également le développement des jumelles connectées Envision pour la société Unistellar, un projet emblématique pour l’agence.
Nous continuons le renouvellement de la gamme ANJOS Ventilation, tout en collaborant étroitement avec leurs équipes R&D sur des innovations de rupture liées aux équipements du bâtiment.
Enfin, nous renforçons notre présence dans les projets de défense et d’applications critiques, à travers de nouveaux développements menés en collaboration avec EVIDEN et la DGA.

On parle de design industriel, c’est bien comme cela que vous définiriez votre travail ?
Oui, clairement. Chez PAD, nous tenons beaucoup à cette appellation de design industriel parce qu’elle reflète notre manière de concevoir le design comme une composante à part entière de l’écosystème industriel.
Nous ne nous opposons pas au design d’édition, les méthodologies sont souvent proches, mais les enjeux sont très différents.
Nous sommes résolument tournés vers la production de masse, là où les contraintes économiques, sociales et écologiques donnent au design un véritable pouvoir d’impact.
Ce qui nous rassemble avec le design d’édition, c’est la rencontre avec les savoir-faire, qu’ils soient industriels ou artisanaux. Que l’on travaille avec une startup ou avec une PME industrielle à l’histoire longue, la passion pour la maîtrise technique est toujours le point de départ. Lorsqu’un industriel comprend que nous parlons le même langage, les collaborations deviennent naturellement efficaces et durables.
Travailler pour l’industrie, c’est aussi assumer la réalité de la production : localisation, coûts, conditions de fabrication, emplois dans la durée. Ce sont des contraintes fondamentales que nous intégrons à chaque projet, et c’est précisément ce qui donne tout son sens au design industriel tel que nous le pratiquons chez PAD.

L’agence est-elle pour vous une étape essentielle pour les jeunes designers ?
Nous ne pensons pas qu’il existe une étape essentielle ou un parcours unique pour un jeune designer. Nous avons d’ailleurs suivi des chemins différents : Philippe en agence, Alexandre en intégré. Ces parcours nous ont permis d’acquérir des compétences complémentaires, souvent communes, mais issues de réalités professionnelles distinctes.
Tout est avant tout une question de sensibilité. Certains jeunes designers ont une forte fringale créative et éprouvent le besoin de travailler sur une grande diversité de projets ; d’autres préfèrent s’inscrire dans des développements longs, approfondis, et se sentent plus à l’aise en travaillant sur un nombre restreint de sujets.
Il est sans doute plus simple de passer de l’agence à l’intégré que l’inverse, car les rythmes et les attentes sont très différents. Avec PAD, nous essayons justement de tracer un chemin intermédiaire, en accompagnant nos clients sur la durée, jusqu’à la livraison effective des produits.
Avez-vous des projets « passion » en complément de vos activités pro ?
Oui, chacun de notre côté. Philippe enseigne depuis plus de 13 ans à CREAPOLE et poursuit en parallèle une exploration très personnelle de la matière, notamment à travers le travail du bois, dans un atelier qui n’a rien à envier à celui d’un menuisier professionnel.
Alex, de son côté, joue au rugby depuis l’âge de 6 ans et transmet cette passion en tant qu’éducateur depuis 7 ans auprès d’enfants de 5 à 12 ans, au sein de l’école de rugby qu’il a lui-même fréquentée lorsqu’il était enfant.
Nous partageons tous les deux la conviction qu’il est essentiel de rendre ce que l’on a reçu. Que ce soit en tant que professeur ou éducateur, nous avons eu la chance de bénéficier du temps et de la passion de nos pairs ; à notre tour aujourd’hui de les transmettre.
Quelles sont vos méthodes de travail, croisement équipe, rencontre, écosystème de free ?
Notre manière de travailler est avant tout très collaborative, aussi bien en interne qu’avec nos clients. Nous engageons de plus en plus souvent les projets à travers une approche méthodologique que nous appelons Human Centric Design.
L’objectif n’est pas simplement de répondre à un brief, mais de construire, dès le départ, un socle de données objectives : usages réels, contraintes industrielles, enjeux business, contexte réglementaire, perception utilisateur. Ce cadre va bien au-delà du brief classique et devient un véritable outil d’arbitrage tout au long du projet. Pour nous, cette phase est la pierre angulaire de l’étude : lorsqu’elle est solide, le design peut se dérouler de manière beaucoup plus fluide et sereine.
Le croquis est le chemin le plus court entre une idée et sa mise en forme
Au-delà de la méthode, PAD est aussi très identifié pour sa pratique du dessin à la main. Même à l’ère de l’IA, cela reste une étape fondamentale pour nous. Le croquis est le chemin le plus court entre une idée et sa mise en forme. Nos clients apprécient particulièrement cette approche, car elle nous permet de produire un grand nombre de concepts en un temps très court et d’explorer largement un sujet avant de converger.

Les étapes suivantes sont plus classiques et éprouvées : nous travaillons majoritairement sur SolidWorks afin de faciliter les échanges avec les équipes R&D, et nous maquettons et prototypons énormément, très tôt dans les projets.
Côté organisation, nous fonctionnons toujours en équipe. Même lorsqu’une étape est portée par un designer référent, elle est nourrie par les échanges avec l’ensemble de l’agence et avec le client. Faire équipe avec nos clients est essentiel pour nous, sans que cette co-construction ne dilue la responsabilité et l’engagement de l’agence. Notre rôle reste de prendre des positions claires, de faire des choix et de les assumer.
Un projet ou deux à nous présenter en détail ?
Deux projets assez différents illustrent bien notre manière de travailler, notamment notre rapport au temps, à l’usage réel et aux contraintes industrielles.
Le projet Plasana s’est développé sur près de trente-six mois, en lien étroit avec les chercheurs à l’origine de la découverte et l’équipe projet au sein de la start-up. Le dispositif repose sur une technologie deeptech de jet de plasma froid, en constante évolution, ce qui a impliqué une intégration régulière de ces avancées directement dans le hardware du produit. Le design s’est adapté au rythme du développement technologique et des contraintes techniques et règlementaires afférentes aux dispositifs médicaux.
L’enjeu était de concevoir un produit cohérent avec ses contextes d’usage réels, à l’hôpital ou au cabinet médical comme au domicile des patients, en intégrant très concrètement les questions de manipulation, de nettoyage et d’hygiène, de rangement, … En parallèle, nous avons cherché à traduire, par le design du dispositif, le caractère radical de cette innovation, sans entrer en rupture avec les codes rassurants attendus dans le domaine médical et tout en conservant des coûts de production réalistes pour une start-up. Le développement mécanique du produit a été mené dans cette logique d’ajustement permanent entre usage, technologie et industrialisation.

Neyos OTRAC est également un projet inscrit dans le temps long, mais selon une dynamique différente. Nous accompagnons la startup depuis ses premières phases de développement, en faisant évoluer le produit au rythme de sa structuration, de ses levées de fonds et de ses capacités industrielles. Le design s’est construit à partir des usages terrain, notamment la manipulation avec des gants, la lisibilité immédiate, la prise en main rapide, ainsi que des systèmes de fixation versatiles permettant d’adapter le produit à des contextes d’utilisation très variés.
Chaque itération a été pensée pour rester compatible avec la réalité économique de la startup, sans jamais perdre de vue l’usage final. Le développement mécanique a joué un rôle central pour faire converger contraintes d’usage, de coût et d’industrialisation.

Ces deux projets reflètent assez fidèlement notre manière de travailler. Nous faisons équipe avec nos clients et nous nous adaptons à leur rythme, qu’il soit dicté par une levée de fonds, une évolution technologique ou un cadre réglementaire. Le design devient alors un outil d’alignement entre vision, usage et réalité industrielle.
Avez-vous une anecdote marquante autour d’un de vos projets ?
Honnêtement, chaque projet nous apprend quelque chose. Lorsque l’on travaille à partir de l’usage réel, on se retrouve souvent confronté à des comportements ou des besoins que l’on n’avait pas anticipés. C’est aussi ce qui rend notre métier passionnant, d’autant plus que nous collaborons très souvent avec des équipes qui développent des technologies nouvelles.
Malgré tout, un projet revient souvent dans nos discussions en interne, celui de SKOP, développé avec la société Wemed. L’histoire commence pendant le confinement du Covid, par un message LinkedIn assez anodin. Un contact se demandait s’il serait techniquement possible de faire une auscultation cardiaque à distance, simplement avec un téléphone. À ce moment-là, nous étions loin d’imaginer l’ampleur que prendrait cette idée.
Un contact se demandait s’il serait techniquement possible de faire une auscultation cardiaque à distance, simplement avec un téléphone
Le projet nous a conduits à concevoir quatre-vingt-seize prototypes de stéthoscopes. Nous avons travaillé avec un industriel pour développer une résine biocompatible aux propriétés mécaniques très spécifiques, lancé une production en série en impression 3D et choisi de déposer un brevet open source afin que le concept puisse être utilisé dans des pays où l’accès aux soins est extrêmement limité. En nous appuyant sur des principes de biomimétisme, nous avons cherché à faire le stéthoscope connecté le plus simple et le plus accessible possible.

Entre deux confinements, entourés de personnes brillantes et très engagées, le projet a pris une ampleur que nous n’avions pas anticipée. Au-delà des apprentissages techniques, SKOP a surtout renforcé une conviction forte au sein de l’agence. Notre métier devient encore plus pertinent lorsqu’il est mis au service de projets qui ont du sens et qui peuvent réellement améliorer la vie des gens.
Quel rôle le design joue-t-il selon vous dans la société actuelle et celle de demain ?
C’est une question vaste, car le rôle du design varie fortement selon les cultures, les contextes et les époques. Il peut être à la fois une fonction support de l’industrie, un outil de soft power, un levier d’inclusivité, un vecteur idéologique, ou au contraire un luxe inaccessible. Le design n’a pas un rôle unique ni figé.
Nous pensons surtout que le design n’existe jamais indépendamment de celles et ceux qui le pratiquent et qui en ont besoin [les projets industriels]. Il n’a finalement que le rôle que les designers sont capables d’assumer et de défendre. Cette responsabilité est intimement liée aux dynamiques sociétales d’une époque donnée, à ses tensions, à ses priorités et à ses contradictions.
Dans ce sens, le design produit avant tout des témoignages de son temps. Il matérialise des courants de pensée, des valeurs, des visions du monde, à travers des objets, des systèmes ou des usages. Et c’est déjà un rôle considérable.
Dans ce sens, le design produit avant tout des témoignages de son temps.
Si les formes et les outils de production de ces témoignages vont profondément évoluer, notamment avec l’usage massif de l’intelligence artificielle, nous pensons que la dimension éditoriale du design perdurera. Concevoir, quel que soit le médium, reste un acte de narration. Le design construit un récit, et comme dans toute histoire, il implique des choix, des angles et des partis pris. C’est sans doute là que réside sa spécificité, aujourd’hui comme demain.
Le rôle du design est d’accompagner les porteurs de projets à poser une forme sensible et stimulante (qui suscite la réaction), par la compréhension et l’intuitivité de son usage, calé sur les attentes de chacun : le concepteur, le fabricant, le client, l’utilisateur, le réparateur, le recycleur/revendeur. Il s’agit pour le design de catalyser des informations factuelles et symboliques pour en faire un objet affordant et désirable.
Comment les designers peuvent-ils faire bouger les lignes aujourd’hui ?
Les designers de notre génération ont eu la chance d’arriver après celle d’Anne Asensio, Philippe Picot ou Gilles Vidal. Cette génération a profondément ancré le design au cœur des entreprises industrielles et, surtout, démontré l’importance stratégique d’intégrer les designers dans les sphères de décision. Elle a ouvert la voie.
Notre responsabilité aujourd’hui est de faire vivre cette capacité décisionnelle, mais en y ajoutant une dimension éthique. Si l’on parle de design industriel, les designers occupent une position clé dans les choix de conception. Ces choix ont des conséquences très concrètes. Ils peuvent rendre un produit plus réparable, moins consommateur de matière première, compatible avec des modes de production plus locaux ou plus sobres.
La différence majeure avec les générations précédentes, c’est que nous disposons désormais des outils pour mesurer et quantifier l’impact de ces décisions. Analyse de cycle de vie, simulation industrielle, projection des coûts, anticipation des usages. Nous ne pouvons plus dire que nous ne savons pas.
Analyse de cycle de vie, simulation industrielle, projection des coûts, anticipation des usages. Nous ne pouvons plus dire que nous ne savons pas.
Faire bouger les lignes aujourd’hui, ce n’est donc pas forcément produire des formes radicales ou des objets spectaculaires. C’est assumer une posture. Celle d’utiliser notre position au cœur des projets pour orienter les choix vers des solutions plus justes, plus cohérentes et plus soutenables, sans perdre de vue la réalité économique et industrielle. C’est dans cet équilibre que le design peut réellement peser sur l’avenir.
Quels conseils donneriez-vous aux étudiants en design et aux jeunes diplômés ?
Soyez curieux. Questionnez-vous, questionnez tout. Pour nous, c’est la qualité fondamentale des créatifs. Comprendre le monde tel qu’il est, puis tenter de le réinventer en croisant les disciplines, les cultures et les sphères d’expertise.
Nous accueillons beaucoup de stagiaires à l’agence, notamment parce que Philippe enseigne le design depuis de nombreuses années. La génération actuelle d’étudiants est fascinante. Elle est très consciente de l’intensité de la compétition dans notre métier. Les réseaux sociaux leur offrent une vitrine permanente du travail des autres, souvent impressionnante, parfois intimidante, et de plus en plus déformée par l’usage de l’intelligence artificielle. Il est facile, dans ce contexte, de se sentir « un parmi tant d’autres ».
Mais notre métier ne se résume pas à bien dessiner ou à bien modéliser. Ce n’est pas pour cela que l’on est réellement attendu. Nous sommes avant tout rémunérés pour notre capacité à comprendre des usages, à ressentir le monde et à proposer une vision personnelle de ce qu’il pourrait devenir.
Nous sommes avant tout rémunérés pour notre capacité à comprendre des usages, à ressentir le monde et à proposer une vision personnelle de ce qu’il pourrait devenir
Alors soyez curieux, remettez en question les certitudes, nourrissez-vous de votre vécu, de vos références, de vos expériences. C’est précisément ce regard singulier, et non la maîtrise d’un outil ou d’un style à la mode, qui fera la différence sur le long terme.
Quels sont selon vous les principaux défis pour les designers de demain ?
L’un des grands défis des designers de demain sera d’assumer pleinement la question de la sobriété. Nous ne pouvons plus continuer à produire des objets selon des cycles toujours plus courts, comme lancer un nouveau téléphone tous les douze mois. Ce n’est ni soutenable, ni réellement souhaitable dans un monde aux ressources finies.
L’intelligence artificielle constitue un autre bouleversement majeur. Les designers qui sortiront des écoles dans dix ans n’occuperont plus le même rôle que leurs aînés. Les tâches d’exécution, longtemps constitutives de l’apprentissage du métier, seront en grande partie prises en charge par les IA génératives. Cela transformera profondément l’entrée dans la profession.
Dans ce contexte, les écoles de design devraient aller au-delà de la simple maîtrise des outils. Il devient essentiel de comprendre le fonctionnement profond des IA, afin que les designers ne soient pas de simples utilisateurs, mais des interlocuteurs capables d’en faire un usage critique et prédictif.
Nous pensons que de nouveaux profils vont émerger, avec des designers dont le rôle sera d’éditorialiser les données d’entraînement des IA pour les adapter à des industries et des usages spécifiques. De cette approche pourrait naître une nouvelle forme de créativité, où le travail sur la donnée deviendrait un véritable levier d’innovation.
Car le design n’est pas une discipline technique. C’est une manière d’envisager le monde. Et les créatifs ont toujours su transformer les contraintes, quelles qu’elles soient, en opportunités.
Pouvez-vous citer un jeune talent que vous souhaitez mettre en lumière ?
Ils ne sont peut-être plus tout à fait « jeunes », mais leur travail est suffisamment singulier et exigeant pour mériter d’être mis en lumière. Nous pensons au studio Fables, dont nous admirons profondément le travail.
Même si l’on sort ici du champ du design industriel pour parler de design graphique et numérique, leur démarche nous touche particulièrement. Nous avons eu la chance de suivre l’évolution du studio de près, notamment parce que Laurent Tacco, l’un des trois fondateurs, est un ami.
Ce qui nous marque chez Fables, c’est leur rapport à l’accident. Une forme de liberté, presque d’imprévu, qui vient systématiquement se heurter à une maîtrise technique d’une grande précision, parfois même déconcertante. Cet équilibre entre lâcher-prise et contrôle donne naissance à des objets graphiques singuliers, très incarnés et toujours d’une redoutable efficacité.
Nous invitons vraiment à découvrir leur travail, qui dégage une identité forte et une justesse rare.
Quelle personne (designer, architecte, créateur…) vous inspire particulièrement et pourquoi ?
Nous nous sommes construits en tant que designers en admirant le travail de nombreuses personnes. Instinctivement, le nom de Jean-Marie Massaud s’impose, tant la cohérence créative de ses projets nous marque à chaque fois.
Nous gardons tous les deux un souvenir très fort, lorsque nous étions étudiants, d’une interview dans laquelle il expliquait le design du flacon Nemo de Cacharel. Ce fut une véritable claque. La forme n’y était jamais gratuite, chaque décision trouvait sa justification dans le sens, l’usage et le récit du projet. Cette manière de faire disparaître l’effet pour laisser place à l’évidence nous a profondément marqués.
Nous avons ensuite continué à suivre son travail avec le même intérêt et le même respect, du Volcano Stadium au Manned Cloud. Derrière des projets très différents, on retrouve toujours une exigence conceptuelle forte, une vision globale et une cohérence rare, qui constituent pour nous une source d’inspiration constante.
Plus largement, nous sommes inspirés par tous les designers dont le travail exprime une vraie cohérence conceptuelle et d’usage. Cela inclut aussi bien des designers intégrés à de grands groupes industriels, comme chez SEB ou Décathlon, dont le travail est souvent remarquable par sa capacité à conjuguer créativité et fortes contraintes industrielles, que des profils plus expérimentaux, comme Laureline Galliot, dont les projets interrogent autant les méthodes de production que les formes elles-mêmes.
Ce sont ces approches, exigeantes et sincères, qui continuent à nourrir notre pratique au quotidien.
Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ?
Simplement de continuer à travailler sur des projets qui ont du sens, et de ne jamais tomber dans la posture du designer qui sait, sûr de lui et figé dans ses certitudes. De poursuivre notre exploration de l’industrie, en continuant surtout à y prendre du plaisir.
Et puis, rester fidèles aux deux jeunes designers pleins d’envie que nous étions au début de notre aventure hongkongaise. À cette époque, notre seul objectif était de faire des projets capables d’avoir un impact au-delà de leur forme, à travers l’histoire qu’ils racontent et l’usage que l’on en fait. C’est encore ce qui nous guide aujourd’hui.
Merci pour ce temps, et ce partage…

Suite à ce nouveau portrait, l’envie de passer une nouvelle étape et de tester un format, animé, vidéo, podcast, nous espérons pouvoir vous proposer rapidement un format inédit à retrouver sur BED en début d’année 2026. Comme vous le savez, peut-etre BED n’est pas une activité à vocation purement commerciale. Le média doit trouver son équilibre, preneur de partenaires, mais il est surtout porté par des personnes pour qui le blog est une passion, le design… En complément d’une autre activité, les projets se font alors le soir, la nuit, le weekend et peuvent prendre un peu plus de temps.. mais nous ne lâchons pas, jamais.
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