Time of Action 025, reliefs noirs et formes tubulaires
L’objectif de cette collection est de reconnaître et de concevoir le « processus » comme un temps pratique, une alternative aux possibilités existentielles humaines figées et limitées par la méritocratie dans la société moderne.
L’étude souhaite explorer des manières de visualiser et d’exprimer cette perspective à travers le mobilier et préparer le terrain théorique et formatif nécessaire à son développement en série.
La designer, Chaeyoung Lee, explique que le processus qui mène à un résultat n’est pas un temps vain à s’écouler au plus vite. Il s’agit plutôt d’une dimension de soi que nous devons atteindre. L’œuvre met ce processus entre parenthèses comme un espace intermédiaire et s’intéresse au mouvement qui s’opère lors de la transition vers l’achèvement.
Time of Action 025 se déploie avec une lenteur insatiable, comme si les œuvres s’étaient formées non pas en atelier, mais dans la durée accumulée d’une journée vécue.
Chaeyoung Lee traite la matière moins comme un matériau que comme un témoin – un interlocuteur dans un dialogue mené par la répétition, l’abrasion et une soumission délibérée à la transformation chimique. Les reliefs noirs sculptés, avec leurs géométries superposées, évoquent des plaques tectoniques qui auraient appris à respirer. Leurs surfaces, ondulées par les ciseaux, enregistrent une chorégraphie de gestes : chaque incision une unité de temps, chaque unité une décision de rester présent.
Ce qui frappe, c’est la manière dont Chaeyoung Lee bouleverse la hiérarchie habituelle entre forme et procédé. Les surfaces ébénisées, notamment sur les compositions rectangulaires, ne sont pas perçues comme des finitions, mais comme des strates. Le choix du hêtre, un bois clair qui exige un travail presque excessif pour atteindre une obscurité totale, devient une posture esthétique. Ici, le noir n’est pas une couleur, mais une durée sédimentée, fruit de la persévérance. Même l’uniformité de la tonalité est trompeuse ; de subtiles variations subsistent, révélant comment la matière dialogue avec la manipulation plutôt que de s’y soumettre.
À côté des panneaux sculptés, les sculptures tubulaires introduisent un contrepoint : la fluidité dans la contrainte. Ces formes d’un noir mat – bouclées, nouées, inclinées – s’apparentent à des signes de ponctuation échappant à la linéarité du langage. Leurs courbes suggèrent un mouvement interrompu, un geste suspendu dans le vide. Là où les reliefs capturent le temps par l’accumulation, les pièces tubulaires le font par la suspension ; elles se comportent comme le temps replié sur lui-même. Leur sobriété renforce leur présence.
La longue pièce effilée appuyée contre le mur semble presque un métronome d’intention. Son arc subtil paraît moins sculpté que façonné avec soin, son ombre servant de seconde ligne tracée par le temps. Elle nous rappelle que le temps n’est pas seulement mesurable, mais aussi spatial – que la forme elle-même peut émerger de la lente interaction entre la gravité, la matière et le toucher.
Dans son ensemble, Time of Action 025 se présente comme une proposition pour une productivité alternative, où le sens s’acquiert non par la possession, mais par l’attention. Ces œuvres ne présentent pas tant des objets que des témoignages : de travail, de présence, d’une persévérance avec une forme jusqu’à ce qu’elle révèle un état à la fois transformé et étrangement fidèle à ses origines.
Dans leur insistance silencieuse, elles nous invitent à revenir à l’ici et maintenant, à reconnaître que la valeur réside non dans l’objet fini, mais dans les intervalles qui le rendent possible.
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