Source Blog Esprit Design :

Dans leur atelier lyonnais où règne une atmosphère de manufacture d’antan mêlée à l’innovation contemporaine, les fondateurs de Jurie & Jarre nous ont ouvert leurs portes. Une visite qui révèle bien plus qu’un simple processus de fabrication : c’est toute une philosophie du faire local, du sur-mesure et de l’excellence artisanale qui se dévoile. On avait déjà parlé de Jurie & Jarre il y a plus d’un an, nous voici de retour pour un reportage au sein de l’atelier. Merci Baptiste et Antoine.

La réindustrialisation locale, au cœur du projet

Lancée commercialement en septembre 2024 après trois années de développement, Jurie & Jarre incarne une nouvelle génération d’entrepreneurs qui croient en la réindustrialisation locale.

« Depuis qu’on est jeune, on voit beaucoup d’entreprises industrielles qui ferment. Nous, ce qu’on veut, c’est justement réindustrialiser et créer de l’emploi dans l’industrie pour nos enfants. »

confient avec conviction Baptiste Neltner et Antoine Neyrand, fondateurs de Jurie & Jarre.

Le pari est audacieux : atteindre un taux de fabrication française proche de 100%, seule la carte électronique étant encore fabriquée en Asie, une prouesse ! Mais même ce dernier vestige d’import pourrait disparaître, l’équipe travaillant déjà sur le développement d’une carte de contrôle made in France.

L’optimisation des coûts par l’intelligence industrielle

L’un des exemples les plus parlants de cette approche concerne un élément emblématique de leurs lampes la lampe AURORE : auparavant fabriqué en repoussage à la main, l’abat-jour est à présent produit en emboutissage, et coûte près de 2 fois moins cher. « Pour le même rendu et même encore mieux car il y aura un tendu parfait », précisent-ils. Une économie réinvestie directement dans le développement de nouveaux produits. Chirurgicaux, tant dans les prix que dans la qualité.

Des matériaux recyclés qui font la différence

La signature de Jurie & Jarre, c’est aussi l’utilisation innovante de matériaux recyclés dans leurs créations. Coquilles d’œufs, déchets du bâtiment récupérés, mâchefer, tuiles pilées provenant de charpentiers, sable de sablage industriel : l’atelier est un laboratoire permanent d’expérimentation. « On est les seuls à travailler la coquille d’œuf, et le rendu est vraiment canon » , affirment-ils fièrement.

Les tests continuent : verre, coquilles d’huîtres dans un liant noir, copeaux de laiton, coquilles Saint-Jacques. « Il y a une infinité de possibilités », s’enthousiasment-ils devant leur collection de prototypes. Même leur impression 3D intègre du PETG 100% recyclé et du PLA incorporant de la coquille Saint-Jacques, compostable industriellement.

Une autonomie record au service de l’usage

Avec 10h d’autonomie, la baladeuse AURORE de Jurie & Jarre revendique une des plus grosses autonomies du marché. « Tu n’as pas à la recharger entre le service de midi et le service du soir, et pour les particuliers, elle peut t’accompagner du matin au soir », expliquent-ils. Cette performance technique séduit des clients prestigieux : la National Gallery à Londres les utilise toute la journée, tout comme Joro, le coworking parisien, ou encore Wine You Want, une adresse gastronomie à Lyon. Les projets se multiplient, de Lisbonne à Stockholm, en passant par Saint-Tropez, avec des installations tant en intérieur qu’en extérieur.

La stabilité est également pensée pour résister aux éléments : même avec un angle de 30 degrés, les lampes ne basculent pas, un avantage en zone côtière où le vent peut être violent.

Le système D érigé en méthode

Dans l’atelier, tout respire l’ingéniosité. La cintreuse, l’étau, la perceuse à colonne, le touret : tout vient de Leboncoin. « C’est dans l’ADN de la marque de valoriser la seconde main, et en plus de ça, au début, on n’a pas le choix », reconnaissent les fondateurs.

Cette philosophie s’accompagne d’innovations maison : gabarits de ponçage en impression 3D développés avec Noé, leur stagiaire de Strate Design, systèmes d’aspiration fabriqués en interne, canons de perçage pour tarauder les rayons des lampes. « Il n’y a quasiment personne dans l’industrie qui fait ça, parce que c’est vraiment compliqué », avouent-ils. C’est justement cette complexité qui protège leurs créations de la copie.

Un écosystème de sous-traitants locaux

La force de Jurie & Jarre réside dans son réseau. Le cylindre en bois de la lampe CELESTE vient du Jura, le sceau en laiton est frappé en Belgique (avec une alternative émergente à Lyon), les planches de chêne sont certifiées Origine France Garantie. À Chaponost, le fabricant d’électronique SGAME développe leur disque LED sur mesure. C’est tout un écosystème local qui est valorisé, autour de solutions qui élèvent chacun des partenaires.

« Quand on fait une lampe comme celle-là, tu sais que tu vas avoir 5, 6 sous-traitants autour de nous. Si tu en vends 10 000 demain, tu vas créer 2-3 postes chez chacun d’eux »

expliquent les fondateurs. Un effet multiplicateur qui donne tout son sens à leur démarche.

La personnalisation comme avantage concurrentiel

« Ce qui manque, c’est des gens qui te font du sur-mesure, des gars qui produisent localement et qui travaillent avec des matériaux vertueux ou recyclés », résument les créateurs. Chez Jurie & Jarre, la personnalisation est reine : une palette de 10 teintes en standard (et tous les RAL imaginables sur demande à partir de 50 pièces), différentes teintes de bois, des finitions en canon de fusil ou simplement vieillies pour les pièces en laiton, selon les demandes des architectes.

Cette flexibilité séduit les professionnels. David Thomas, architecte d’intérieur américain basé à Paris, qui travaille pour la marque de luxe Goyard, commande systématiquement la même lampe pour chaque nouvelle boutique de la marque, aux Etats-Unis, au Brésil, au Japon, en Chine, etc.

Des températures de lumière pensées pour chaque usage

Pour les restaurants, Jurie & Jarre ne propose que du 2700K (blanc chaud). Mais pour les particuliers, la vision est plus ambitieuse, portée par l’essor du télétravail. « Tu la mets à charger la nuit sur ta table de nuit. Tu te lèves, tu mets une lumière un peu froide car c’est le matin. En journée tu peux passer sur une lumière neutre, à côté de ton écran d’ordinateur, et le soir, tu passes sur une lumière chaude pour créer une ambiance chaleureuse », nous livrent Baptiste et Antoine.

Une croissance maîtrisée et ambitieuse

« La marque décolle et les projets dans l’hôtellerie et la restauration se multiplient » confient les fondateurs, fraîchement labellisés « Fabriqué à Lyon ».

La stratégie est claire : former des jeunes, rester flexible, et s’appuyer sur le bassin industriel Rhônalpin, « qui regorge de métiers et de compétences »

L’international en ligne de mire

Les normes sont devenues un enjeu stratégique pour le développement au-delà des frontières européennes. Un distributeur français basé au Japon, qui ne travaille qu’avec des marques haut de gamme pour les hôtels, souhaite absolument proposer leurs lampes. La certification CB scheme est en cours, ce sésame qui permet de valider la conformité aux normes internationales dans plus de 50 pays.

Une communauté qui se construit

L’atelier accueille une à deux visites par semaine : prospects, architectes d’intérieur, boutiques, partenaires, politiques… « Les archis adorent visiter l’atelier. Ils nous disent : on a l’impression qu’on a fait les Journées du patrimoine », s’amusent les fondateurs. Ces visites sont essentielles : une page sur un site internet ne remplacera jamais une visite en personne de l’atelier pour comprendre ce que signifie le Made in France. 

L’esprit de coopération s’étend même aux autres fabricants de luminaires français. « Nous ne sommes pas concurrents, la véritable concurrence est asiatique. Nous, on préfère se serrer les coudes », tranchent-ils. Le partenaire qui fabrique leurs pièces en laiton, à Vienne, produit des liseuses pour hôtels. Il pourrait sembler être un concurrent, mais bien au contraire. Un échange gagnant-gagnant s’est installé : conseils sur les réseaux sociaux, contacts de photographes, références de vernis d’un côté, s’échangent contre de beaux contacts que livrent le partenaire. Le tout, naturellement.

Le défi des détails

Tout est pensé jusqu’au bout : les notices sont imprimées sur du papier Clairefontaine fabriqué en France, 100% recyclé. Les flyers proviennent d’une petite imprimerie rue Émile Zola, entre la place Bellecour et la place des Jacobins. « Je suis content qu’on arrive à trouver des prix abordables, en local, sur ce genre de matériel », se réjouit l’un des fondateurs.

L’organisation de l’atelier permet un contrôle visuel permanent de toutes les pièces créées, facilitant le suivi des stocks et des commandes à passer. Une « défauthèque » rassemble tous les défauts et essais, permettant de tester et s’améliorer en permanence. Des caisses remplies de bases attendent d’être teintées selon les commandes, une gestion des stocks rationalisée qui évite les surplus.

Jurie & Jarre incarne cette nouvelle vague de créateurs qui refusent la fatalité de la désindustrialisation. Avec leurs lampes à l’esthétique intemporelle et élégante, entièrement fabriquées à la main en France, ils prouvent qu’il est possible de conjuguer excellence artisanale, innovation technique et viabilité économique. « Nous, on a mis ça dans la recette et on voit que ça marche. On va voir si ça marche. C’est en train de bien accrocher », concluent-ils avec un optimisme contagieux. La lumière est définitivement au bout du chemin.

En savoir plus sur la marque : Jurie & Jarre

Propos recueillis par Vincent Roméo & Matthieu Coin – photographies par Matthieu Coin

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