Source Journal du Design :

Coulée à partir de bois de récupération et d’aluminium en fusion, la chaise Left Over, conçue par Eeba Studio, enregistre l’incertitude à travers le processus de fabrication, figeant les traces du hasard, de la résilience et d’une douce continuité dans un objet dense et inachevé.

Left Over se révèle être un objet compact et pourtant puissant, qui porte en lui la densité d’un événement plutôt que son spectacle. Au premier abord, sa masse évoque un bloc géologique, plus proche d’un vestige que d’un meuble.

Son profil anguleux et sa géométrie brute refusent toute explication ergonomique, privilégiant la présence. Elle semble moins conçue que précipitée, comme née d’une pression plutôt que d’une intention.

Le processus de fabrication de cette chaise est indissociable de sa signification. Des blocs de bois récupérés d’arbres épargnés par le feu mais abattus par le vent sont sculptés en formes sobres, presque mémorielles. Ces cavités agissent comme des architectures éphémères, contenant de l’aluminium en fusion suffisamment longtemps pour que l’incertitude y laisse son empreinte.

Les surfaces qui en résultent sont imprévisibles : cloquées, déchirées, piquées, elles témoignent de la rencontre entre le bois vert et le métal liquide, une rencontre brève mais décisive.



Ce qui confère à la chaise sa gravité émotionnelle n’est pas une référence explicite à la catastrophe, mais son insistance silencieuse sur les conséquences. L’aluminium n’adoucit ni ne neutralise la volatilité du bois ; au contraire, il la fige. Les textures évoquent une peau brûlée ou une pierre érodée, sans pour autant être littérales ou illustratives. L’objet se refuse à toute clarté narrative, laissant s’exprimer le comportement de la matière là où le symbolisme pourrait autrement dominer.

Placée aux côtés des blocs de bois carbonisés qui l’ont composée, la chaise s’intègre à un ensemble dispersé plutôt qu’à une déclaration isolée. Chaque élément porte en lui sa propre temporalité et sa propre force d’action, formant une famille de formes souple, façonnées par le hasard, la perte et la persistance. Ainsi, Left Over parle moins de destruction que de ce qui demeure lisible après le bouleversement : une matière qui s’adapte, enregistre et continue d’exister sans résolution.






Découvrir l’article original sur le site du Journal du Design