‘Stellar Within’, quand l’espace devient un miroir intérieur
Dans chaque respiration se déploie un monde. Un territoire invisible, fait de strates temporelles, de souvenirs diffus et de projections à venir. C’est précisément dans cet entre-deux — fragile, mouvant — que l’exposition Stellar Within invite à pénétrer : un espace qui ne se contente pas d’accueillir le corps, mais qui le façonne, le révèle, le met en relation.
Présentée du 17 au 20 janvier 2026 dans le Marais, à Paris, l’exposition est initiée par l’AIAS — Association Internationale des Arts Spatiaux, en collaboration avec la plateforme curatoriale Sparcart. Réunissant des artistes chinoises et françaises, Stellar Within propose une exploration sensible et intellectuelle de l’espace comme processus vivant — généré par le temps, la mémoire et la présence de l’autre.
Ici, l’espace n’est jamais figé. Il n’est ni décor, ni simple contenant. Il se construit au fil des pas, des pauses, des hésitations. Dès l’entrée, le visiteur comprend que rien ne lui sera livré d’un seul regard : les perspectives se déplacent, les trajectoires se dérobent, les lignes d’appel se recomposent au moment même où l’on pense les atteindre.
Dans le prolongement de l’exposition Where Self Resides, qui interrogeait la manière dont le soi habite l’espace, Stellar Within ouvre un second chapitre — celui du dialogue. Un passage du monologue intérieur vers un cosmos relationnel, où l’identité ne se pense plus seule, mais en interaction constante avec ce qui l’entoure.
« L’espace est-il seulement un contenant de la vie, ou bien un processus relationnel en perpétuelle formation ? »
La question traverse l’exposition comme une ligne invisible.
Ici, voir ne suffit pas. Il faut marcher, contourner, s’arrêter. Le corps devient l’outil premier de compréhension. L’espace se révèle par l’accumulation des sensations : la distance, la hauteur, le flottement, la résistance ou l’absence de repères.
Pour Viola Sun, commissaire de l’exposition, c’est dans cet espace en constante génération que la conscience de soi peut être repensée. Le « soi » n’existe pas en amont : il émerge à travers les relations — avec l’architecture, les œuvres, les autres présences. Les regards croisés, les murmures de la mémoire, les traces d’autres temps infiltrent le présent, dessinant peu à peu les contours d’une identité mouvante.
Dans Stellar Within, le temps refuse toute linéarité. Il se replie, se répète, se dédouble. Il circule entre les œuvres comme une matière fluide, maintenant le présent en dialogue permanent avec d’autres moments.
La mémoire, quant à elle, n’est plus un simple retour vers le passé. Elle agit comme une force spatiale : latente dans les matériaux, les images, les échelles. Elle s’active par fragments, modifiant subtilement notre perception, recomposant l’espace à chaque instant.
L’altérité — enfin — n’est jamais décorative. Elle est constitutive. Chaque rencontre, chaque coexistence redéfinit les distances et les points de vue, maintenant l’espace dans un état de transformation continue.
Au cœur de l’exposition, l’installation Galaxy Staircase « Trace » de Vera Huang incarne cette pensée de l’espace ouvert. Archétype architectural de l’élévation, l’escalier est ici volontairement privé de sa fonction. Suspendu, impraticable, il flotte comme un corps céleste.
Réalisée en aluminium mousse, la structure se compose de modules lumineux démontables et recomposables. Elle ne mène nulle part — sinon vers un mouvement intérieur. L’ascension devient mentale, imaginaire, inaccessible physiquement mais infiniment présente.
Autour de cette pièce centrale, les œuvres dialoguent avec la déconstruction et la recomposition permanente de l’ordre spatial. L’espace ne cherche pas la totalité ; il se révèle fragmentaire, lumineux, ouvert. Le soi y apparaît sous des formes multiples, jamais définitives.
Les monotypes semi-transparents de Mayia Hadjigeorgiou flottent dans l’espace, portés par l’air. Tantôt proches, tantôt lointains, ils murmurent comme des souvenirs à peine formulés. Les images, à la fois nettes et floues, traduisent un phénomène fascinant : passé et futur, loin de s’opposer, se compressent sur un même plan perceptif.
En traversant ces couches de matière, le visiteur éprouve un étirement du temps. La perception se diffuse, les frontières s’estompent. L’espace oscille entre apparition et disparition — comme une respiration suspendue.
Avec les peintures de Julie Boban, l’altérité prend une forme troublante : celle d’un soi venu d’un autre moment du temps. Ses scènes du quotidien semblent issues de temporalités distinctes. Le sujet n’est plus unifié, mais multiple — une constellation de regards qui se répondent à travers l’espace et le temps.
Il n’y a pas de narration close, seulement des échos, des répétitions, des décalages. Regarder devient alors un acte de rencontre avec soi-même, à l’embranchement du temps.
Lorsque le soi se voit lui-même, que se passe-t-il ?
L’artiste laisse la question ouverte — et l’expérience au visiteur.
Stellar Within marque également le lancement de SPARC — Archives des arts spatiaux, un projet de recherche dédié aux pratiques trans-disciplinaires entre art et design spatial. Plus qu’un outil de conservation, SPARC documente la naissance des espaces, de l’invisible au tangible.
Comme l’explique Juliette Wang, commissaire et initiatrice du projet :
« Les archives des arts spatiaux ne visent pas à conserver le passé, mais à rendre visible le présent et à construire l’avenir. »
À travers ses multiples strates, Stellar Within révèle l’espace comme un tissu relationnel : physique, mental, social. Un espace qui ne se ferme jamais, qui se déploie à mesure que les existences s’y croisent.
À la fin du parcours, une sensation persiste : celle de se tenir à un point de bifurcation.
Le temps s’y divise à l’infini.
L’espace, lui, continue de s’ouvrir.
Découvrir l’article original sur le site du Journal du Design













