Paravent : la lampe de Marc Venot qui joue avec la porcelaine de Limoges et rend hommage à Eileen Gray
Il y a des projets qui interrogent sur leurs catégorisations. La lampe Paravent de Marc Venot en fait partie, ni simple objet déco, ni luminaire au sens strict du terme, elle occupe un territoire plus imaginaire, quelque par entre la sculpture à mouvement et la sculpture. Sa force tient à la rencontre, presque inattendue entre deux matières d’exception françaises : la porcelaine de Limoges et le verre blanc soufflé.

Un designer ancré dans l’exigence technique
Marc Venot n’est pas venu au design par le chemin le plus court. Né à Paris en 1979, il entame d’abord des études de mathématiques et de physique avant de bifurquer vers l’ENSCI Les Ateliers, où il obtient son diplôme en 2004. Cette formation initiale aux sciences transparaît dans son travail : une rigueur structurelle, une attention aux relations, un goût pour les mécanismes simples qui produisent des effets complexes. Après plusieurs années comme chef de projet dans une agence de design global parisienne où il collabore par exemple avec Hermès, Cartier ou Lanvin il ouvre son propre studio à Paris en 2011.
Depuis, son travail s’est construit avec des maisons aussi diverses que Thonet, Ligne Roset, Lexon, Normann Copenhagen, Atma et USM. En 2016, le Grand Prix de la Création de la Ville de Paris vient confirmer une trajectoire qui ne sacrifie jamais la cohérence formelle à l’effet de mode.
La porcelaine de Limoges comme matière première d’un jeu lumineux
La lampe Paravent se compose de six ailettes de porcelaine de Limoges enchâssées sur un piétement d’acier laqué. Chacune pivote librement sur son propre axe, laissant à l’utilisateur la liberté de composer sa propre configuration d’un simple geste. C’est là que réside l’intelligence du projet : transformer un mouvement ordinaire, orienter un abat-jour en geste presque chorégraphique.
La porcelaine de Limoges n’est pas un matériau choisi pour son seul prestige ou histoire, elle est ici pleinement fonctionnelle dans son rapport à la lumière. Une fois la lampe allumée, la source lumineuse, dissimulée sous un dôme diffusant en verre blanc soufflé, crée un jeu de reflets, d’ombres et de lumières qui révèle la richesse chromatique de la matière céramique ses variations de ton, ses irisations, sa translucidité partielle selon l’angle d’incidence.
La porcelaine n’est plus seulement un contenant de lumière, elle en devient un acteur, un révélateur.
Ce type de dialogue entre céramique et lumière n’est pas sans écho dans l’univers du design contemporain. On avait pu observer une démarche voisine avec les lampes Haïbu de Vittorio Paradiso pour Paolo Castelli, où l’argile imprimée en 3D exploitait les vides et les pleins pour moduler la lumière de façon diffuse. Plus anciennement, Constance Guisset avait exploré des pistes similaires avec ses lampes Dessus-Dessous, construites autour de coupelles de céramique en camaïeu de bleu de Sèvres, où le laser révélait l’ADN chromatique de la matière teintée. Ce que Marc Venot apporte, c’est la dimension cinétique et la modularité : la lampe n’a pas une seule configuration, elle en a autant que l’utilisateur le souhaite.
Le verre soufflé comme interface entre source et espace
Le dôme diffusant en verre blanc soufflé, n’est pas là pour masquer la source lumineuse, mais pour l’adoucir, la distribuer et lui permettre d’interagir avec les ailettes en porcelaine de façon cohérente. Le verre soufflé, technique ancestrale qui confère à chaque pièce une légère singularité crée une qualité de lumière chaude et volumétrique, différente de celle d’un diffuseur industriel.

On retrouve cette attention portée au verre soufflé dans d’autres projets qui nous ont retenu, comme les créations de l’Atelier George, où la transparence et les variations du verre soufflé à la main constituent le cœur expressif de l’objet.
Mérigous, le fabricant limougeaud et l’édition Mobilier National
Le projet Paravent ne peut pas être dissocié de sa dimension territoriale et artisanale. Marc Venot a développé cette lampe en étroite collaboration avec la manufacture Mérigous, implantée à Limoges capitale mondiale de la porcelaine depuis le XVIIIe siècle. Cette proximité avec le savoir-faire local n’est pas anecdotique : elle conditionne la précision des ailettes, leur uniformité de cuisson, leur comportement sous lumière rasante.

Une version spéciale a été réalisée pour le Mobilier National : une série de huit lampes Paravent en finition « Bleu de chauffe ». Cette teinte, caractéristique des fours à porcelaine bleu profond, légèrement irisé, qui apparaît lors de la cuisson de la masse confère à ces pièces une charge symbolique supplémentaire. Le matériau porte en lui la trace de sa propre fabrication.
Eileen Gray, en creux
Le nom Paravent n’est pas choisi au hasard. Marc Venot revendique explicitement l’hommage à Eileen Gray et à son célèbre paravent en laque de Chine, objet devenu icône du design du XXe siècle. La référence est élégante car elle fonctionne sur plusieurs niveaux : la structure modulaire (un paravent est, par essence, une succession de panneaux articulés), la relation à la lumière et à l’espace, et l’idée que la forme peut changer selon les besoins filtrer, protéger, orienter. Marc Venot transpose cette logique du mobilier de cloison vers le luminaire, avec les mêmes principes d’articulation et de configuration libre.
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By Blog Esprit Design
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