Materia Futura : Sebastian Renga imprime une chaise en bois recyclé et questionne la mémoire des formes
Coup de projecteur sur le projet, Materia Futura, la chaise du designer Sebastian Francesco Renga, qui invite à prendre place dans un véritable trône en biocomposite !
Le designer qui partage son temps entre Stuttgart, Lausanne et Padoue, présente cette pièce de mobilier entièrement imprimée en 3D dans un matériau appelé EconitWood. Ce biocomposite, développé en collaboration avec Econit et Additive Tectonics GmbH, est composé de fibres de bois recyclées liées par des polymères naturels. Le résultat ressemble à de la pierre, évoque la terre cuite, et rappelle aux plus attentifs que le bois, même sous forme de résidu industriel broyé, garde une signature que les plastiques peinent à égaler.

La chaise est monolithique, aucun assemblage, aucune vis, aucune structure de support durant l’impression. Elle naît d’un seul mouvement continu, couche après couche, comme si elle était modelée à la main par un potier algorithmique, un artisan mécanique. Cette continuité, ce mouvement va permettre de créer avec zéro déchet matière.
La forme, premier langage
Cette assise offre un large gabarit, ramassée, avec un dossier qui monte haut et s’évase légèrement, la silhouette évoque les sièges cérémoniels de l’Antiquité, ces trônes archaïques en pierre que l’on trouve dans les sanctuaires grecs ou les représentations de pharaons. Renga ne s’en cache pas : le projet dialogue avec des archétypes formels très anciens, réinterprétés à travers un processus résolument contemporain.
Les pieds sont trapus, quasi cubiques, ouverts à leur base sur des découpes rectangulaires qui allègent visuellement le bas de la pièce. La transition entre le piétement et la coque d’assise est douce, continue, sans rupture brutale. On perçoit la logique structurelle de la fabrication additive : l’épaisseur des parois a été calculée au millimètre près, testée en prototypage itératif pour trouver le point d’équilibre entre résistance et économie de matière.
La surface, affiche des stries de l’extrusion restent visibles à l’œil nu et au toucher. Ces lignes horizontales, stigmates habituellement masqués ou poncés dans la production industrielle, deviennent ici une texture à part entière. Une nouvelle forme d’ornement, comme l’écrit Renga lui-même, née du processus plutôt que plaquée dessus. On pense à la trame d’un tissu, aux anneaux de croissance d’un tronc, à ces couches géologiques qui racontent le temps sans avoir besoin de mots.
EconitWood : un matériau qui assume son origine
Le choix de l’EconitWood, ce composite bio-sourcé offre la chaleur visuelle et tactile du bois tout en autorisant des géométries que la menuiserie traditionnelle ne peut pas produire. La coloration naturelle du matériau, un brun sable légèrement chaud, rappelle la terre cuite non émaillée ou certaines céramiques japonaises wabi-sabi. Elle se passe de traitement de surface, de peinture ou de vernis.
Cette approche rappelle les recherches de la suédoise Hanna Carlsson autour de sa Residue Chair, qui travaillait elle aussi à partir de déchets de bois liés par des matières naturelles pour questionner ce que l’industrie du meuble laisse derrière elle. L’idée de partir du rebut pour faire quelque chose qui dure est aussi au coeur du travail de Renga, même si les procédés divergent : là où Carlsson mousse et presse, Renga extrude et stratifie.
On peut aussi rapprocher Materia Futura de la démarche de Marius Boekhorst et sa Petal Chair, autre chaise sculpturale imprimée en 3D dans un composite recyclé, qui explorait elle aussi le potentiel formel de la fabrication additive à grande échelle. Mais là où Boekhorst partait vers l’organique et le pétale, Renga tire vers le minéral et l’archaïque. Deux façons très différentes de considérer l’imprimante non comme une machine de production, mais comme un outil de design à part entière.
Plus loin encore, la chaise Som d’Eva Dugintseva, présentée sur ce blog en plastique recyclé démontable, montrait que l’impression 3D pouvait aussi répondre à des logiques d’usage et de démontabilité. Materia Futura ne cherche pas ce terrain. Elle vise autre chose : l’objet unique, la pièce qui assume son coût de fabrication, sa lenteur, son poids.
Un designer entre plusieurs cultures
Sebastian Renga a étudié le design industriel à la Scuola Italiana Design de Padoue avant d’obtenir un Master of Advanced Studies à l’ECAL de Lausanne, avec la mention Excellent. Il a ensuite ouvert son propre studio en 2020, tout en continuant à collaborer avec Foscarini, Poltrona Frau, Giorgetti, Karl Lagerfeld ou encore Louis Vuitton. Un portfolio qui donne le vertige, et qui dit quelque chose de sa capacité à naviguer entre l’artisanat de luxe et la recherche de matériaux.
Materia Futura tient précisément dans cet entre-deux. Ce n’est pas une pièce de grande série, ni une sculpture pure. C’est un projet de recherche qui a trouvé sa forme d’assise, et qui pose une question utile : peut-on faire de la durabilité quelque chose d’aussi chargé de sens que les formes ancestrales qu’elle se donne comme référence ?

Photographies : Sebastian Renga & Riccardo Androni. Production : Econit / Additive Tectonics GmbH. Plus d’informations sur www.sebastianrenga.com.
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