Source Blog Esprit Design :

Le plastique ne manque pas, c’est à peu près la seule certitude que partagent toutes les études environnementales des vingt dernières années. Ce que l’on fait de cette abondance, en revanche, laisse beaucoup plus de place à l’imagination, c’est exactement là que Léo Estrade et Quentin Renault ont décidé d’intervenir.

Fondé en 2023 à Romans-sur-Isère, l’Atelier Stiloop se définit comme un atelier d’artisans du recyclage plastique. Le projet s’inscrit dans le mouvement Precious Plastic, une communauté open source née aux Pays-Bas, qui documente et partage librement des machines, des procédés et des savoirs pour transformer les déchets plastiques à l’échelle locale. Stiloop en fait partie, et représente l’un des relais français de cette démarche.

La singularité de l’atelier tient à son positionnement entre deux mondes qui ne se parlent pas toujours : la menuiserie et le recyclage.

Atelier Stiloop : Et si votre prochain mobilier était fabriqué à partir de vos poubelles ?

Extruder, découper, usiner

La technique développée par Stiloop porte un nom qui peut surprendre : la menuiserie plastique. Le principe consiste à fondre et extruder du plastique recyclé sous forme de barres ou de profilés, puis à les travailler exactement comme on travaillerait du bois. Scie circulaire, perceuse à colonne, défonceuse : l’outillage est celui d’un atelier de menuiserie traditionnelle. La matière, elle, vient de la collecte locale, souvent de gisements de plastiques que les filières industrielles classiques ne traitent pas.

Le résultat est une matière dense, légèrement fibrée en surface, avec des veines de couleur qui révèlent l’histoire du mélange. On y voit parfois des nuances de bleu, de violet, d’orange ou de vert, selon la composition du lot de départ. Cette texture n’est pas un défaut. C’est une signature.

Pour les petites et moyennes séries d’objets, l’atelier recourt à l’injection low-tech via des moules sur mesure. Un procédé plus souple que l’injection industrielle, qui permet de produire des porte-savons, des toupies, des sous-verres ou de petits accessoires de bureau en plastique recyclé, avec des logos ou motifs intégrés directement dans la matière. Personnalisable, traçable, local.

Le mobilier produit par Stiloop adopte des formes directement inspirées des structures en bois : piètements croisés, assemblages à tenons, sections rectangulaires. Des tabourets, des bancs, des portemanteaux. Des objets lisibles, sans effets de style superflus, où la couleur joue le rôle que la teinte ou le vernis jouaient autrefois sur un meuble en hêtre. On pense à d’autres démarches que le blog a déjà documentées, comme Le Pavé®, qui fabrique en France des panneaux composés à 100% de déchets plastiques sans ajout de résine, ou encore Duplex, le studio bruxellois qui part de la matière de réemploi pour déterminer la forme finale. Chez Stiloop, la logique est similaire : c’est le plastique qui impose sa couleur, sa densité et ses contraintes d’usinage, avant que le designer n’intervienne.

Trois façons de travailler

L’atelier a structuré son activité autour de trois axes. Le premier est la co-conception : accompagner des entreprises, des collectivités ou des particuliers dans la création d’objets fabriqués localement à partir de déchets. Du brief à la pièce finie, en passant par le choix des moules et des matières.

Le deuxième est la valorisation de gisement. Des entreprises produisent des déchets plastiques qui ne trouvent pas de filière adaptée. L’atelier propose de les transformer en objets utiles pour leurs collaborateurs ou clients, avec une traçabilité documentée. Pour une démarche RSE, c’est nettement plus tangible qu’un bilan carbone.

Le troisième axe est pédagogique, l’atelier propose une animation intitulée « Voyage au coeur du plastique », déployée dans des salons, des entreprises, des écoles. Le dispositif met en scène les trois étapes du recyclage : tri, broyage et transformation. Un vélo-broyeur permet aux participants de réduire eux-mêmes les déchets en paillettes. Une presse à injecter low-tech transforme ensuite ces paillettes en objets finis sous leurs yeux. Le tout se déroule en extérieur, sur environ neuf mètres carrés, avec une prise électrique standard. Et, précisent-ils dans leur documentation avec une honnêteté appréciable, une légère odeur de plastique chaud.

Les objets produits lors des animations ne sont pas jetés à la fin. Ils repartent avec les participants, qui deviennent à leur tour des vecteurs de sensibilisation. Une mécanique simple et efficace, assez proche de ce que d’autres studios ont exploré sous d’autres formes : Julie Mallet Studio transformait ainsi ses propres déchets d’impression 3D en plaques réutilisables, dans un circuit ultracourt qui rendait le processus visible et pédagogique.

Atelier Stiloop : Et si votre prochain mobilier était fabriqué à partir de vos poubelles ?

Ce que le plastique a à dire

On pourrait être tenté de voir dans Stiloop un projet avant tout militant, ce serait passer à côté de ce qui rend leur travail intéressant du point de vue du design. Il y a une vraie réflexion matière derrière les pièces produites : comment l’extrusion affecte la section des barres, comment le mélange de différents types de plastique produit des effets visuels non contrôlés mais exploitables, comment les techniques de menuiserie s’adaptent à une matière plus homogène que le bois mais plus sensible à la chaleur.

C’est un terrain que peu d’ateliers explorent avec ce niveau de proximité à la matière. La plupart des projets de design à base de plastique recyclé délèguent la transformation à un sous-traitant industriel. Ici, Léo et Quentin font eux-mêmes tourner les machines, observent les résultats et ajustent. La démarche n’est pas sans rappeler ce que Sebastian Renga faisait avec Materia Futura, en imprimant une chaise à partir de bois recyclé pour questionner la mémoire des formes et la perception de la matière secondaire.

L’Atelier Stiloop travaille avec la Fondation Tara Océan, Alpexpo, Grenoble Alpes Métropole ou encore le syndicat de traitement des déchets Ardèche-Drôme. Une liste de partenaires qui dit quelque chose de la crédibilité acquise en deux ans d’activité.

Pour les designers et architectes qui cherchent à intégrer des matières recyclées localement dans leurs projets, sans passer par des filières industrielles lointaines et peu transparentes, l’atelier mérite clairement une visite. Ou au moins un coup de pédale sur le vélo-broyeur.

Atelier Stiloop : Et si votre prochain mobilier était fabriqué à partir de vos poubelles ?

Plus d’informations sur atelier-stiloop.com

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