Source Blog Esprit Design :

Teknion, éditeur canadien de mobilier de bureau, dévoile Blink, une nouvelle chaise développée en collaboration avec Formway Design, studio basé en Nouvelle Zélande connu pour son approche conjuguant ingénierie, ergonomie sensible et logique environnementale.

Le projet a demandé près de quatre ans de mise au point pour réinterpréter ce que la marque appelle « la chaise plastique ubiquitaire », celle que l’on retrouve dans les cafétérias, les salles de réunion, les espaces partagés. L’idée n’est pas révolutionnaire dans l’intention, mais elle l’est dans l’exécution : repenser un objet hyper banal en partant de l’usage, du mouvement du corps et de la fin de vie de l’objet, plutôt que d’empiler des fonctions ergonomiques supplémentaires.

Quatre ans de développement, 1000 perforations, zéro réglage : Blink ou la chaise qui se calibre toute seule

Une recherche fondée sur l’observation du corps en mouvement

Formway revendique une démarche d’observation. Selon le studio, la majorité des réglages d’une chaise de bureau, à l’exception de la hauteur d’assise, ne sont jamais utilisés. Pire, dans un contexte d’espace partagé, ces molettes secondaires sont encore plus oubliées.

Autre constat : les utilisateurs passent environ la moitié de leur temps de travail penchés vers l’avant, une posture que la plupart des chaises ne soutiennent pas correctement, avec des effets connus sur la circulation sanguine. Plutôt qu’ajouter une nouvelle manette pour corriger ce point, Formway a choisi de retirer.

Une coque auxétique de mille perforations

La grande force de Blink, c’est sa coque, moulée d’un seul tenant, elle est percée de plus de mille perforations dont la géométrie suit un motif auxétique (ces structures qui s’élargissent quand on les étire au lieu de se rétrécir, je viens d’apprendre un mot).

L’ensemble forme une matrice de ressorts indépendants : chaque petite cellule fléchit à son rythme, et la surface entière épouse la torsion du corps, le déhanchement, le glissement d’un côté à l’autre. Pas de mousse, pas de mesh tendu, pas de lombaire gonflable. La matière travaille seule. C’est une démarche que l’on a vue dans d’autres typologies sur le blog, comme la Petal Chair de Marius Boekhorst, elle aussi conçue en polypropylène renforcé pour donner du caractère structurel à une matière souvent considérée comme banale.

Quatre ans de développement, 1000 perforations, zéro réglage : Blink ou la chaise qui se calibre toute seule

Le Keel Mechanism : un piétement qui pense à votre place

Le second point clé est mécanique. Teknion a déposé un brevet en attente sur ce qu’elle nomme le Keel Mechanism, soit littéralement « mécanisme à quille ». Caché à l’intérieur du piétement, un système d’engrenages et de ressorts utilise le poids du corps comme contrepoids vivant, calibrant automatiquement le soutien dès que vous vous asseyez.

Concrètement, la chaise propose 8° de bascule vers l’avant et 8° vers l’arrière, complétés par la flexibilité de la coque, ce qui couvre une amplitude allant de la posture la plus penchée en avant au recul détendu. Aucun levier, aucune molette, aucun bouton : tout se règle à la pression du corps. Pour un siège destiné aux espaces partagés, c’est appréciable, personne n’a envie de se taper le tutoriel de réglage avant chaque réunion, surtout quand le précédent occupant a verrouillé la chaise en mode « bascule sismique ». L’approche rappelle la philosophie de la TNK Flex d’Alegre Design éditée par Actiu, où l’assise tente déjà de suivre le corps comme une seconde peau.

Le matériau au cœur de la démarche

Blink revendique 73,45 % de contenu recyclé, sa coque utilise du nylon régénéré et du polypropylène recyclé. Selon la marque, l’empreinte carbone de la chaise est réduite de 30 % par rapport à une chaise plastique standard. Les composants en aluminium sont recyclables.

Les versions avec accoudoirs intègrent même des fibres issues de moquettes recyclées, et les patins souples des accoudoirs peuvent être remplacés sans changer toute la pièce. Aucun adhésif permanent, aucun composite mixte caché sous une laque : Blink se démonte intégralement, pièce par pièce, ce qui facilite la réparation et le recyclage. Même les tissus optionnels d’assise et de dossier sont fixés mécaniquement, sans colle, et donc remplaçables. La chaise a été testée selon les standards BIFMA, qu’elle dépasse en durabilité commerciale. Cette approche fait écho à des projets récemment vus sur le blog, comme le tabouret Baiji de Polimair, pensé en monomatière pour simplifier sa fin de vie, ou la Som Chair d’Eva Dugintseva, démontable sans vis ni colle.

La forme suit le procédé

Esthétiquement, Blink joue la carte de la cohérence chromatique. La chaise est trempée dans une seule teinte, des roulettes à la coque, ce que Teknion appelle un « color dipped finish ». Une palette de huit couleurs est proposée, avec notamment du Forest Green ou du Chalk Blue, deux teintes qui tirent davantage du textile haut de gamme que du mobilier de bureau classique. La référence visuelle vient plutôt du sport ou de l’automobile. Le motif auxétique de la coque devient alors un ornement structurel, un peu comme la trame d’un pull technique : la forme et la fonction ne se distinguent plus.

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La chaise existe en version avec ou sans accoudoirs, fixes ou réglables en hauteur, qui se logent proprement sous la coque. On pense à des projets vus précédemment sur le blog, comme le bureau Slean, qui posait déjà la question d’un mobilier de bureau adapté au travail flexible.

Une réponse au bureau qui n’appartient à personne

Le contexte de Blink est celui du bureau hybride, partagé, parfois nomade. Plus personne ne possède son fauteuil de travail à l’année. La chaise doit fonctionner pour cinq morphologies différentes en cinq heures, sans intervention. Blink ne prétend pas remplacer une chaise de direction haut de gamme avec dix réglages indépendants. Elle vise autre chose : faire bien ce qu’on lui demande de faire, sans rien demander en retour. Une approche pragmatique qui colle à l’air du temps, et qui pourrait, si l’usage suit, redéfinir un peu ce que signifie « chaise multifonction ».

Quatre ans de développement, 1000 perforations, zéro réglage : Blink ou la chaise qui se calibre toute seule

Plus d’informations sur le projet : Teknion Blink, Formway Design Blink

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