Rest Chair, verre coulé et acier inoxydable
À Berlin, Obscure Objects et Studio Maximilian Beck présentent Rest Chair, une assise en verre coulé de grande dimension, reposant par son seul poids sur une structure minimaliste en acier inoxydable.
L’œuvre repose sur un postulat insolite : deux agences berlinoises, chacune travaillant avec des matériaux différents, s’associent pour créer un objet qu’aucune ne pourrait réaliser seule.
Obscure Objects, le collectif de design fondé par Luisa Pöpsel et Moritz Pitrowski en 2023, travaille le métal et s’intéresse depuis longtemps à l’inattendu dans les formes du quotidien.
Le Studio Maximilian Beck s’est spécialisé dans le moulage expérimental du verre à grande échelle, un procédé qui se refuse à la précision et exige une certaine tolérance à l’imprévisible.
De leur collaboration est née la chaise Rest et la table T qui l’accompagne.
La partie en verre est coulée dans un moule imparfait, ce qui confère à chaque siège les traces de sa fabrication : de légères opacités là où l’air était emprisonné, une texture granuleuse à la surface, là où le matériau en fusion a rencontré une limite qu’il n’a pu remplir entièrement. Vue de profil, la forme de l’assise et du dossier apparaît comme une seule et épaisse plaque, d’un bleu-gris pâle évoquant la glace de mer sous une lumière diffuse.
Les bords et les angles sont chanfreinés à la main, adoucissant ce qui serait autrement un bloc rigide et orthogonal. La couleur change selon l’angle de vue : vue de dessus, la surface de l’assise paraît presque blanche ; vue de dessous, le verre prend une teinte bleu sarcelle plus intense.
Le piètement en acier inoxydable est une plaque plate découpée au laser, pliée en forme de U et renforcée par un panneau transversal fixé par deux vis hexagonales apparentes de chaque côté. Ici, rien n’est dissimulé. Les vis sont un détail à part entière, et non un ajout superficiel.
La structure supporte le verre non pas en le saisissant, mais en le recevant : le verre repose dans une rainure en haut de l’acier et est maintenu principalement par son propre poids, d’environ quarante kilogrammes par unité. Cette tension, entre un matériau que l’on associe à la fragilité et une fixité obtenue par la seule masse, constitue le propos structurel de la chaise.
La table T, qui s’accorde avec la pièce, suit la même logique matérielle, mais change de registre visuel. Son plateau, également en tôle d’acier inoxydable, déborde largement de son piètement de chaque côté, créant ainsi la silhouette en porte-à-faux qui lui donne son nom. Photographiés aux côtés de la chaise, les deux objets forment un ensemble harmonieux : même palette de verre presque blanc et d’acier gris mat, même volonté de montrer le processus de fabrication, même positionnement délibéré à la frontière entre mobilier et sculpture.
Obscure Objects décrit sa démarche comme étant guidée par un intérêt commun pour les approches non conventionnelles et la joie que procure l’inattendu. La chaise Rest mérite cette description non pas par la nouveauté de sa forme, mais par la spécificité de la rencontre de ses deux matériaux : l’un coulé, l’autre découpé, maintenus ensemble par la gravité.
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