Un panneau de 5 mm qui chauffe, isole et structure l’espace : Blackheat by Tamim Daoudi
Le graphène a longtemps été présenté comme le matériau du futur. Depuis 2004 et son isolation en laboratoire par André Geim et Konstantin Novoselov, on lui prédit à peu près toutes les révolutions possibles. Blackheat est peut-être l’une des premières fois que ce matériau quitte le registre de la promesse pour entrer dans la maison ou un open space.
Le projet est né d’une collaboration entre la société Blackleaf et le designer Tamim Daoudi. Ce dernier, on le retrouve régulièrement sur BED depuis quelques années, qu’il s’agisse de son décapsuleur minimaliste « L » présenté à la Paris Design Week ou de sa rencontre avec notre rédaction dans laquelle il évoque son parcours entre Paris, Strasbourg et les dossiers industriels de la BPI.
Il accompagne des entreprises de la conceptualisation à l’industrialisation, des véhicules de lutte contre les feux de forêt aux appareils médicaux. Avec Blackheat, il explore un nouveau territoire : celui du confort thermique et acoustique appliqué à un objet de design.

Ce que fait le graphène ici
Le graphène, pour mémoire, est une couche atomique unique de carbone disposée en structure hexagonale. Léger, conducteur, résistant. Blackleaf l’utilise sous forme d’encre conductrice, imprimée sur un substrat flexible. (oui oui c’est simple non ?)
Ce substrat, une fois alimenté en électricité, convertit le courant en chaleur rayonnante infrarouge avec un rendement qui avoisine les 100 %, sans pertes par convection. Autrement dit, il ne chauffe pas l’air pour chauffer la pièce. Il chauffe directement les surfaces et les personnes exposées au rayonnement. C’est la même logique que le soleil, en version domestique et sans coup de soleil !
L’ensemble est enveloppé dans une housse textile. Cette housse absorbe les ondes sonores. Chauffage et acoustique dans un seul objet, moins de 5 mm d’épaisseur. Un deux en un interessant.
La forme du panneau
Blackheat se présente sous la forme d’un panneau, sobre, discret, pouvant ressembler à un simple panneau de séparation ou panneau accoustique. La silhouette rappelle ces séparateurs que l’on trouve en open space, ces écrans acoustiques qui tentent vaillamment de simuler un semblant d’intimité entre les postes de travail. Sauf qu’ici, le panneau chauffe aussi.
Le textile en surface peut varier en textures et en coloris, sur-mesure. L’objet peut se fixer au mur, se suspendre au plafond, se poser sur pied comme un paravent ou même, dans sa déclinaison basse, servir de tapis de jeu chauffant pour les espaces enfants. Cette modularité est l’une des propositions de valeur les plus solides du projet : les modules se couplent entre eux pour adapter la puissance et la surface à la configuration de chaque pièce. Plug & play, prise standard, sans travaux.
On avait couvert il y a quelques années les panneaux acoustiques d’Autex Acoustics, une marque britannique qui avait l’ambition de faire du traitement acoustique un élément décoratif à part entière, avec reliefs, formes et couleurs. Blackheat emprunte une direction similaire sur la question de l’intégration visuelle, mais y ajoute la couche thermique. Ce n’est pas rien.
Les marchés visés
Le spectre des applications est large, peut-être trop large pour un lancement, mais la logique est cohérente. En tertiaire, le panneau peut structurer les zones de travail tout en gérant le bruit ambiant. En résidentiel, il peut remplacer un radiateur mural traditionnel tout en étant personnalisable à l’identité de l’espace. En hôtellerie, il répond à trois impératifs souvent difficiles à concilier : discrétion visuelle, performance thermique, entretien minimal. En milieu éducatif et dans les crèches, la version tapis chauffant ouvre une piste intéressante, notamment grâce à la surface à basse température sans résistance exposée.
La surface est certifiable pour les espaces publics et familiaux. Ce point n’est pas anecdotique dans un contexte où les questions de sécurité électrique des équipements de chauffage se posent régulièrement.

Ce que le projet dit du design
Blackheat est un projet industriel autant qu’un objet de design. Tamim Daoudi l’a pensé avec une logique de différenciation marché, pas uniquement avec une intention formelle. Le graphène est le matériau conducteur le plus efficace connu à ce jour, et l’association entre la technologie d’impression de Blackleaf et l’enveloppe textile acoustique constitue un ensemble qui ne se copie pas facilement.

C’est exactement le type de projet que l’on aime suivre ici : une contrainte technique transformée en parti pris formel, un matériau de laboratoire qui atterrit dans le monde réel, une collaboration entre un industriel et un designer qui aboutit à quelque chose de plus que la somme de ses parties.
Plus d’informations sur le designer : Tamim Daoudi et sur la technologie : Blackleaf
Découvrir l’article original sur le site de Blog Esprit Design
