Saint-Étienne voit naître la Galerie nationale du design. On y était !
Le 10 juin 2026, un nouveau chapitre s’écrit dans l’histoire du design français : la Galerie nationale du design ouvre ses portes au cœur de la Cité du design de Saint-Étienne. Installée dans l’ancienne Manufacture d’armes, ce lieu inédit n’a pas d’équivalent en France. Sa mission : donner enfin une visibilité nationale aux collections publiques de design, dispersées depuis des décennies entre plusieurs institutions, et les faire dialoguer dans un même espace.
Né dans le sillage des Assises du design de 2019, le projet est porté conjointement par le Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole (MAMC+) et par l’EPCC Cité du design – Ésadse Saint-Étienne, en partenariat avec le Centre national des arts plastiques (Cnap), le Centre Pompidou, le MADD Bordeaux et le Frac Grand Large — Hauts-de-France.

Un lieu sans collection permanente, pensé comme un laboratoire
La grande originalité de la Galerie nationale du design tient à son modèle : pas de collection permanente, mais un principe de circulation. Chaque année, une exposition est confiée à un commissaire invité, qui puise dans les fonds des grandes institutions françaises à elles seules, le Cnap, le Centre Pompidou et le MAMC+ conservent près de 25 000 pièces de design pour composer un récit singulier. Ce parti pris permet de croiser les regards et de raconter une histoire du design à la fois patrimoniale, contemporaine et critique.
Pour son premier cycle, la Galerie a fait le choix symbolique de confier ses trois premières expositions à trois figures féminines de l’histoire du design : Laurence Mauderli pour l’exposition inaugurale Design en main. Du langage à l’objet (du 11 juin 2026 au 7 mars 2027), Chantal Prod’Hom pour Design du care à partir d’avril 2027, et Marie Pok pour L’emprise des signes à partir d’avril 2028.
L’exposition inaugurale, signée par l’historienne du design Laurence Mauderli, propose une véritable épopée du design à travers les gestes, les techniques et les modes de fabrication. Près de 400 objets, issus d’une dizaine d’institutions muséales et de collections de designers, y dessinent un fil tissé entre l’histoire industrielle stéphanoise et les grands récits internationaux du design — entre la main, l’outil et l’objet.
Une architecture sobre, une scénographie en réemploi
Le bâtiment lui-même incarne cette philosophie. Confiée à l’agence lyonnaise SILT, la réhabilitation des espaces de l’ancienne Manufacture d’armes classés monuments historiques joue sur la préservation des structures existantes : poutres en béton, charpentes métalliques, façades en pierre et brique. Plus de 1 000 m² se déploient ainsi autour de trois espaces complémentaires : Le Seuil, hall d’accueil convivial accessible sans billet et meublé par des éditeurs mécènes (Knoll, Vitra, Ligne Roset, Petite Friture, entre autres) ; la grande salle d’exposition, conçue comme une nef modulable ; et La Mezzanine, dédiée aux ateliers et aux rencontres.
Côté scénographie, le designer Éric Benqué, accompagné de l’atelier graphique Pentagon, a imaginé un système entièrement pensé pour l’éco-conception : des modules en bois munis chacun de quatre ailettes, dont près de 80 % seront réemployés d’une exposition à l’autre. Même logique du côté de l’enveloppe du bâtiment, avec des murs doublés en béton de chanvre un mélange de chaux et de chènevotte qui régule naturellement l’hygrométrie et la température et des parois intérieures en bois.
La Mezzanine signée Marie & Alexandre, en collaboration avec Alki
Parmi les pièces les plus attendues de ce nouveau lieu figure le mobilier de La Mezzanine, conçu par le duo de designers Marie & Alexandre Marie Cornil et Alexandre Willaume, qui travaillent en étroite collaboration avec des artisans pour interroger les matériaux et l’histoire technique des procédés de fabrication. Pour cet espace dédié aux ateliers pédagogiques et aux débats, ils ont collaboré avec le fabricant basque Alki, coopérative engagée née en 1981 et reconnue pour sa lecture contemporaine et chaleureuse de la convivialité.
Le résultat est un système de mobilier à la fois souple, solide et durable, où chaque élément peut être combiné, déplacé ou réorienté selon les usages : de quoi accompagner aussi bien le travail que l’assemblage, le jeu ou la transmission. Pensé dans le cadre d’une commande publique artistique lancée par Saint-Étienne Métropole avec le soutien de l’État, ce mobilier est même ouvert à l’édition, pour équiper demain d’autres institutions culturelles en quête de solutions de médiation.
Une belle illustration de la manière dont le design contemporain peut conjuguer recherche formelle, savoir-faire artisanal et usage collectif d’autant que Marie & Alexandre seront de retour à la Cité du design en 2028, puisque La Platine présentera leur travail dans le cadre du cycle Présent >< Futur.
Civic City : faire de la Galerie un espace de débat
Au-delà des expositions, la Galerie nationale du design s’est associée à l’institut de recherche critique en design Civic City, fondé par Ruedi et Vera Baur, qui mène depuis l’automne 2025 une résidence de trois ans sur place. Son ambition : transformer le lieu en espace de discussion et d’expérimentation, à travers workshops, séminaires avec les étudiants de l’Ésad Saint-Étienne et formats inédits comme l’émission Re-design Democracies, vingt-quatre heures de conversation organisées en janvier 2026 entre Saint-Étienne et Francfort, ou l’installation éphémère Avant que la poussière ne retombe, qui interrogeait frontalement la question : qu’est-ce qu’une collection de design ?
Un nouveau pôle pour tout un quartier
L’ouverture de la Galerie nationale du design vient surtout densifier un écosystème déjà riche. À deux pas, La Platine inaugure dès le 28 avril 2026 sa propre saison, avec quatre expositions consacrées aux pratiques émergentes du design :
Brèches fertiles, l’archipel sensible d’Anaïs Borie
Avec Brèches fertiles, cinquième volet du cycle Présent >< Futur, La Platine consacre une exposition monographique à la designeuse Anaïs Borie. Son univers mêle récit, fiction et hybridation des savoir-faire, entre gestes artisanaux hérités et technologies de précision. Les pièces présentées — dont une collaboration inédite avec la Tôlerie Forézienne — témoignent de cette rencontre permanente entre expérimentation formelle et procédés industriels. La scénographie, pensée comme un archipel sans parcours imposé, invite le visiteur à une déambulation libre, où chaque îlot d’objets ouvre sur un imaginaire différent. L’exposition se prolonge au-delà des cimaises, à travers un ouvrage illustré qui vient enrichir la collection Présent >< Futur.
recto verso, deux générations de diplômé·e·s en miroir
L’exposition recto verso réunit les diplômé·e·s 2024 et 2025 de l’Ésad Saint-Étienne dans un parcours immersif conçu par le collectif ppdesigner, avec Éric Jourdan au commissariat. Le principe du recto-verso structure littéralement la visite : d’un côté, une lecture frontale des œuvres abouties objets, installations, vidéos et performances qui donne la mesure de la diversité des univers de cette jeune génération ; de l’autre, un espace consacré à l’envers du décor, où dessins, archives et étapes de travail dévoilent les processus de création.
Ce dialogue entre la pièce finie et sa genèse offre un éclairage rare sur la manière dont une école de design forme aujourd’hui ses talents, et sur la diversité des trajectoires qui en émergent. On reconnaît bien sûr le travail de Arthur Carpentier, dont on vous parlait juste ici.
Local Tools, le design à l’épreuve de l’industrie
Issue du post-master Design & industrie de l’Ésad Saint-Étienne, l’exposition Local Tools – Dialogues avec l’industrie réunit les recherches de Nathan Cussol, Hugo Le Guen, Imane Rifaï, Camille Sardet et Jean-François Dingjian, aussi sur BED, ce dernier assurant le commissariat/tutorat. Le principe : immerger de jeunes designers au sein de deux entreprises partenaires, Rondino et Sculpteo, pour explorer respectivement le façonnage du bois et l’impression 3D.
Au-delà des objets finis, l’exposition donne à voir les maquettes, prototypes et expérimentations qui jalonnent ces recherches, posant une question centrale pour le design contemporain : comment une réindustrialisation ambitieuse peut-elle s’appuyer sur un design engagé et critique, capable de réinventer les usages des outils et des matériaux locaux ?
Créer un vase, derrière l’objet commun, un laboratoire de pratiques
À travers Créer un vase, le Cnap transforme un objet aussi familier qu’universel en véritable laboratoire du design contemporain. Présentée à la Cité du design de Saint-Étienne, l’exposition rassemble vingt-et-un vases inédits imaginés par dix designers aux approches singulières, révélant la diversité des recherches actuelles autour des matériaux, des savoir-faire et des usages.
Au-delà des pièces exposées, ce sont aussi les esquisses, maquettes et prototypes qui racontent le processus de création, faisant de cette commande publique une réflexion stimulante sur le design comme pratique d’expérimentation, de transmission et d’engagement. Le vase y apparaît tour à tour comme objet fonctionnel, sculpture et support de récit, offrant un regard sensible sur les enjeux contemporains du « faire ».
Jusqu’au 4 octobre 2026 (et jusqu’au 20 septembre pour Créer un vase, jusqu’au 16 août pour Local Tools), La Platine de la Cité du design de Saint-Étienne s’affirme ainsi comme un rendez-vous incontournable pour qui veut prendre le pouls du design émergent français.
Galerie nationale du design
14 esplanade Jacques Bonnaval
42000 Saint-Étienne
Accueil – Billetterie – Boutique
Cité du design – La Platine
3 rue Javelin Pagnon
42000 Saint-Étienne
Horaires
Du mardi au dimanche
De 10h à 12h30 et de 13h30 à 18h
Fermeture les lundis, ainsi que les 1er janvier, 1er mai, 8 mai, jeudi de l’Ascension, 14 juillet, 15 août, 1er novembre, 11 novembre, 24 et 25 décembre
Tarif* unique de 2 €
Le billet d’entrée « offre quartier » donne accès à la Galerie nationale du design, aux espaces d’exposition de La Platine et à La Cabane (pour les familles).
En savoir plus sur le lieu : Galerie nationale du design
Découvrir l’article original sur le site de Blog Esprit Design
