Maison et atelier du sculpteur Xavier Corberó
À Esplugues de Llobregat, en périphérie de Barcelone, le sculpteur Xavier Corberó a passé des décennies à façonner, en coulant du béton, le labyrinthe d’arches qui constitue sa maison et son atelier, une œuvre unique qu’il n’a jamais achevée.
En 1968, Xavier Corberó a acquis une ancienne exploitation de pommes de terre et n’a jamais cessé d’y bâtir. Au fil des décennies, le sculpteur catalan a érigé un ensemble d’arches en béton formant une œuvre unique et inachevée, à la fois résidence, atelier et cité privée.
Sans formation officielle de bâtisseur, il a façonné ce lieu comme il travaillait la pierre et le bronze : à la main et à l’instinct, ajoutant pièces, cours et tours au gré de son inspiration. Les structures les plus anciennes sont en béton moulé dans des planches ; grises et patinées par le temps, leurs surfaces conservent l’empreinte du veinage du coffrage en bois. Corberó a décliné un motif unique — l’arc en plein cintre — à toutes les échelles possibles. Les arches s’ouvrent sur d’autres arches. Elles s’empilent pour former des tours élancées se découpant sur le ciel, encadrent des vides rectangulaires d’un bleu pur et retombent en arcades ombragées au niveau du sol.
Des cours au sol de gravier ratissé abritent des bassins miroirs bordés de roseaux, tandis que cyprès et pins parasols semblent se presser depuis le jardin.
À l’intérieur, le gris cède la place à la chaleur. Les arches enduites de chaux se parent de rose tendre et d’ocre, de larges planches de pin courent sous les pas et des lambris à rainure et languette habillent les chambres. Corberó a meublé ce labyrinthe en collectionneur : un fauteuil à oreilles en cuir craquelé jouxte un bar de fortune, des kilims se superposent sur le plancher, une chaise longue Le Corbusier stationne sous une voûte enduite. Une longue-vue en laiton est braquée vers une haute fenêtre qui surplombe, à travers des plantes grimpantes, une cour en contrebas inondée d’eau.
La lumière fait l’essentiel du travail. Le soleil bas du sud balaie les arcades et projette de longues bandes diagonales sur le béton, tandis que les arches vitrées dédoublent chaque perspective, mêlant la cour à l’intérieur dans un jeu de reflets croisés. La circulation dans le domaine est une succession de seuils : une ouverture encadrée donne sur la suivante, jusqu’à ce que l’on perde le compte des pièces. Un roadster vintage vert attend dans un garage semi-enterré, sous une fenêtre carrée percée dans un mur de pierre brute et de feuilles de figuier.
Corberó est décédé en 2017 alors que son œuvre restait inachevée ; en 2024, la municipalité d’Esplugues a ouvert le domaine au public pour la première fois. Ce lieu s’inscrit dans la lignée ancienne des univers bâtis par des artistes, comme le Palais idéal du facteur Cheval ou le Jardin des Tarots de Niki de Saint Phalle ; des lieux où une obsession unique se cristallise en un sol que l’on peut fouler. L’œuvre de Corberó, elle, est coulée dans un gris méditerranéen, et elle continue de capter la lumière.
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