Source Journal du Design :

Lorsque l’approvisionnement en acier a fait défaut pendant la pandémie, le studio Tim Teven a travaillé avec le seul format de tube disponible en stock, le pressant et le cintrant pour créer la Tube Collection, une série de six pièces issues d’une déformation unique.

Cette série a une date de naissance et une raison d’être. En 2021, alors que la chaîne d’approvisionnement en acier était rompue, Teven ne pouvait pas commander les profilés nécessaires à son projet ; il s’est alors tourné vers le seul format de tube disponible dans son atelier. En le pressant, en le cintrant et en observant les points de flambage, il a mis au point une méthode de travail qui a perduré bien au-delà de la pénurie initiale. La contrainte a précédé la forme ; le langage plastique a suivi.

La forme finale de l’objet naît de l’action exercée par la presse sur le tube. Si l’on comprime une section carrée, ses parois se bombent vers l’extérieur ; si l’on force une courbure, l’angle s’affaisse pour former un pli qu’aucun dessin technique ne saurait prédire.

Teven transforme ces gestes en procédés reproductibles. Selon le studio, la collection est née d’expérimentations utilisant des actions mécaniques pour déformer le métal ; Teven en tire des méthodes de fabrication qui exploitent aussi bien les propriétés du matériau que celles de la déformation elle-même. La jonction entre le pied et l’assise n’est ni soudée ni dissimulée, mais pressée et laissée apparente, témoignant de la force qui l’a façonnée.

Six pièces jalonnent ce parcours. Le Tabouret Tube (2021), en acier zingué, associe deux pieds carrés à une assise qui se bombe telle un coussin pincé. La Table Tube (2023) porte un fin plateau argenté sur des pieds qui s’écartent et s’aplatissent au point de jonction avec le plateau. Le Banc Tube (2024) comprime trois mètres de tube noir mat en une poutre unique. Puis surgit le rouge : la Chaise Tube, créée pour la foire West Bund de Shanghai avec la galerie Uppercut ; le Tube Boozer, rouge et monté sur roulettes, conçu pour l’exposition bruxelloise « Training in Failure » ; et le Bureau Tube (2026), dont la structure se noue en plis sous un plateau plan.









Au fil de ces années, quelque chose évolue, ce qui transparaît dans le vocabulaire employé. La page consacrée au tabouret qualifie le résultat d’esthétique « ready-made » et baptise la série Tubular, comme si le tube avait été simplement trouvé et le résultat tacitement accepté. Pour les pièces ultérieures, ce terme est délaissé au profit de « self-made ». Le passage de l’objet trouvé à l’œuvre d’auteur est minime sur le papier, mais considérable dans l’intention. Teven ne se contente plus de rendre compte de la manière dont le métal s’est façonné de lui-même ; il se l’approprie, adoptant un langage qu’il est désormais capable d’écrire.

L’œuvre conserve une certaine honnêteté quant à la part qui échappe au design. Elle brouille la frontière, comme l’indique l’atelier, entre la conception minutieuse de chaque détail et les résultats spontanés, dans une interaction entre gestes mécaniques et façonnage manuel. Chaque pli est à la fois un accident et une décision ; c’est pourquoi ces pièces ne relèvent ni purement de l’industriel ni purement du sculptural, mais se situent dans un entre-deux où ces deux registres ne sont pas encore dissociés. Après cinq ans d’existence, la collection reste ouverte.






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