Source Journal du Design :

Sur un coteau en terrasses de l’île grecque de Tinos, Kelly Spanou met à nu la structure en pierre et béton d’un ‘keli‘ de 115 mètres carrés, avant d’y installer, en son centre, un monolithe regroupant cuisine et espace repas.

La maison trouve son origine dans un ‘keli‘, l’une de ces modestes constructions rurales qui jalonnent les terrasses agricoles de l’île. Lorsque Kelly Spanou entreprend le projet, il ne reste presque rien de l’édifice originel. Plaques de plâtre, faux plafonds, cloisons et revêtements rapportés ont occulté la matérialité du bâtiment, tandis qu’une rénovation antérieure a greffé une structure en béton sur la maçonnerie de pierre. L’ensemble s’étend sur 115 mètres carrés répartis sur deux niveaux, épousant la déclivité du terrain.

La première étape est celle de la soustraction. On retire les couches successives jusqu’à ce que la structure redevienne lisible : maçonnerie de schiste côtoyant dalles, poteaux et poutres en béton, autant d’éléments issus d’époques de construction distinctes. Tous sont conservés et laissés apparents, laissant le contraste entre eux opérer sa magie. Le retrait du revêtement de sol industriel révèle, en dessous, une mosaïque de béton ; fissures, traces et irrégularités sont préservées.







La tactilité dicte tout ce qui suit. La pierre, le béton, le marbre et le bois sont choisis pour ce que la main y perçoit plutôt que pour ce que l’œil y voit : la chaleur du bois face à la froideur du marbre, la rugosité du béton brut de décoffrage contrastant avec la douceur des menuiseries en frêne clair. Du marbre de récupération est retaillé pour façonner éviers, plans de travail et détails de sol ; il est traité comme un matériau fonctionnel, et non décoratif. Lorsqu’une dalle se brise, la cassure reste apparente.

Aucun élément du plan n’est orthogonal, et le nouvel aménagement ne cherche pas à corriger cette particularité. Au rez-de-chaussée, tout s’articule autour d’un volume sculptural regroupant cuisine, espaces de service et salle à manger. Composé de béton, de pierre et de marbre, ce monolithe impose sa propre géométrie à la pièce ; il ne s’aligne sur aucun des murs environnants et s’en détache suffisamment pour permettre une libre circulation tout autour. Sa masse s’affirme par contraste avec les espaces ouverts qui l’entourent.

Cette même logique se prolonge vers l’extérieur. De nouvelles ouvertures invitent le paysage à pénétrer à l’intérieur, cadrant les cultures en terrasses, les villages blanchis à la chaux et la ligne horizontale de la mer. Murs extérieurs, terrasses, escaliers et sentiers épousent la pente et ses dénivelés, évitant ainsi que la façade ne se fige en une simple frontière. Un couloir de nage revêtu de carreaux sombres prolonge la terrasse en béton, sans autre arrière-plan que l’eau.

Dans les Cyclades, la rénovation est généralement synonyme d’effacement sous une couche de blanc. La Tinos House prend le parti inverse : elle préserve les traces de toutes les époques traversées par le bâtiment, y compris celles que personne n’avait initialement vocation à montrer.







Découvrir l’article original sur le site du Journal du Design