Source Blog Esprit Design :

Peut-on encore fabriquer une assise sans colle, sans vis et sans la moindre goutte d’énergie fossile ?

Et si la solution tenait à une propriété que les menuisiers passent leur vie à combattre, la rétractation du bois ?

C’est la question que pose le projet baptisé BAUJU, le banc conçu par Baptiste Roux dans le cadre de son projet de fin de licence, salué par les félicitations du jury et un coup de cœur. Le projet s’appelle « Montagne de demain » et prend le massif des Bauges comme terrain d’expérimentation.

BAUJU : le banc en bois vert de Baptiste Roux qui se verrouille tout seul en séchant

D’où vient BAUJU ?

Le point de départ est une interrogation simple : comment concevoir des objets en accord avec des modes de vie plus sobres ? Plutôt que d’y répondre depuis un atelier d’école, ou de grande ville, Baptiste commence par une phase d’imprégnation du territoire. Il y rencontre Jean-Paul Rossi, jattier, l’un des derniers en France à pratiquer l’argenterie des Bauges.

Un savoir-faire ancestral de tournage sur bois, les bois feuillus y sont travaillés au tour à perche pendant qu’ils sont encore verts. Parmi les objets issus de cette technique, un détail retient son attention : les gourdes monoxyles, dont l’étanchéité vient de la rétractation du bois au séchage. Le matériau se resserre, la fuite d’eau n’est alors plus possible.

Pourquoi les feuillus plutôt que les résineux ?

En discutant avec les acteurs de la filière bois locale, le designer découvre que l’exploitation forestière porte aujourd’hui surtout sur les résineux. Avec le réchauffement climatique et l’arrivée du scolyte, ces essences reculent et laissent progressivement la place aux feuillus. Les scieries se retrouvent avec une matière dont elles ne savent pas encore quoi faire.

BAUJU cherche à ouvrir des usages à cette ressource. La démarche rappelle d’autres projets croisés sur le blog, comme cette expérimentation grandeur nature autour du bambou, où les matériaux sont choisis pour leur caractère local et souvent sous exploité. Ou encore le cercueil en déchets de tournesol imaginé à Saint-Étienne, où la matière disponible commande le projet avant le dessin.

Quels matériaux et quelle forme pour ce banc ?

BAUJU associe deux piètements en bois feuillu travaillés en bois vert à une dosse de résineux issue de scieries du massif. La dosse, cette première planche découpée sur le flanc du tronc, garde son écorce et son bord irrégulier. Elle forme l’assise, brute d’un côté, plane de l’autre.

Les piètements sont façonnés au tour à perche, à la plane et à la tarière. Trois outils manuels, aucune machine à moteur. Leur silhouette évoque des pattes, avec des renflements et des étranglements qui viennent du tournage plutôt que d’un dessin préalable. L’ensemble emprunte aux principes du mobilier de survie, ces assemblages rapides que l’on construit avec ce que la forêt fournit.

Le cœur du projet tient dans l’assemblage. Les montants sont percés puis emboîtés alors que le bois est encore vert. En séchant, la matière se rétracte, déforme les perçages et verrouille progressivement la structure. Le banc se serre la main tout seul, sans clé Allen à perdre sous le canapé. On avait déjà vu cette logique du matériau chargé du travail structurel chez Tino Galodé et sa table en hêtre de 23 mm, ou dans les Loom Chairs de Julie Conrad et Norbert Brakonier, assemblées par nœuds et emboîtements. Côté typologie, le banc reste un bon terrain d’essai structurel, comme le montrait déjà TRACKS de Dan Yeffet avec son système d’emboîtement entre pierre et noyer.

Un manifeste plus qu’un produit fini

Le choix du banc, une assise supporte un corps, parfois plusieurs, et ne pardonne pas les approximations. Elle permet de tester la fiabilité de l’emboîtement à une échelle d’usage réelle et à plus de poids qu’une simple chaise.

BAUJU : le banc en bois vert de Baptiste Roux qui se verrouille tout seul en séchant BAUJU : le banc en bois vert de Baptiste Roux qui se verrouille tout seul en séchant

Le jeune designer présente BAUJU comme un appel adressé aux fabricants constructeurs de demain, face à un modèle économique qu’il estime dépassé. Conçu pour les Baujus, par les Baujus, l’objet défend une fabrication frugale, locale et autonome. Reste la question que tout projet de diplôme laisse ouverte, celle du passage à l’échelle et de la tenue dans le temps, comme pour ce matelas figé en plein mouvement présenté récemment.

On aime les projets qui laissent la porte entrouverte. Affaire à suivre.

Pour en savoir plus sur le designer : Baptiste Roux sur LinkedIn et sur Instagram.

By Blog Esprit Design

English version

BAUJU by Baptiste Roux: a green wood bench that locks itself as it dries

BAUJU is a bench designed by French designer Baptiste Roux as his undergraduate graduation project, awarded both the jury’s commendation and a special mention. Developed in the Bauges massif in Savoie, the project explores territorial design in a rural context and asks how objects can be made to match more frugal ways of living. Roux studied the local craft known as « argenterie des Bauges », a traditional technique of turning green hardwood on a pole lathe, still practised by one of the last remaining craftsmen in France. He noticed that monoxylous wooden flasks become watertight through natural shrinkage as the wood dries. He applied the same principle to furniture. BAUJU pairs two hardwood legs, shaped green with a pole lathe, a drawknife and an auger, with a resinous waney edge board from local sawmills. Parts are drilled and fitted while still wet, then the wood shrinks, deforms the holes and locks the structure together without glue, screws or fossil fuel powered machinery. The project also aims to open new uses for hardwoods, which are replacing conifers locally as bark beetle infestations and climate change reshape the forest.



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