Sadovye, une oeuvre sculpturale à habiter à Moscou
À Moscou, Antwe signe un appartement de 130 m² pour une mère et sa fille. Au cœur du projet, un volume ovale en merbau rouge, à la finition miroir, concentre les fonctions domestiques et transforme radicalement la perception de l’espace.
Dès les premières esquisses, les architectes Alexandra Vorobyova et Nikita Voinov cherchent à résoudre un paradoxe domestique très contemporain : comment réunir toutes les fonctions nécessaires à une maison sans les laisser envahir le regard ?
Le plan d’origine présentait plusieurs contraintes : une géométrie en L, des colonnes porteuses, treize fenêtres à préserver et l’obligation de regrouper les pièces d’eau dans une même partie de l’appartement. À cela s’ajoutait une demande très précise de la propriétaire : dissimuler les fonctions techniques et ménagères pour conserver une atmosphère aussi dégagée que possible.
Antwe choisit alors de concentrer toute cette « arrière-boutique » domestique dans un seul volume.
L’ovale accueille ainsi le dressing principal, le vestiaire, les rangements techniques et plusieurs équipements indispensables au quotidien. Côté séjour, il se transforme en cuisine : derrière des façades pliantes disparaissent le bar, l’espace café et les appareils électroménagers. Lorsque tout est fermé, la cuisine cesse presque d’exister visuellement.
L’idée est aussi élégante que radicale : plutôt que de multiplier les cloisons, les architectes donnent à une seule forme la responsabilité de distribuer l’ensemble du plan.
Et parce que le volume ne rejoint volontairement pas le plafond, il conserve son statut d’objet. Il ne semble pas avoir été construit avec l’appartement, mais introduit après coup, comme une sculpture monumentale déposée dans une enveloppe existante.
Cette volonté de faire disparaître les fonctions n’a rien d’un exercice minimaliste au sens strict. Elle relève plutôt d’une conception du luxe où la sophistication se mesure à ce qui ne se voit pas.
Les portes, les rangements et les appareils sont intégrés avec une précision presque scénographique. Les surfaces restent libres, les perspectives sont dégagées et chaque objet semble avoir été choisi pour participer à une composition générale.
Le résultat est particulièrement frappant dans la cuisine. Un îlot en quartzite Patagonia vient s’inscrire face au volume courbe, accompagnée de chaises Roquebrune dessinées par Eileen Gray. Lorsque les façades sont ouvertes, le dispositif retrouve sa fonction domestique ; lorsqu’elles se referment, il redevient une masse architecturale.
La maison oscille ainsi en permanence entre deux états : celui d’un intérieur habité et celui d’une galerie.
Pour renforcer cette ambiguïté, Antwe recouvre le volume central d’un placage de merbau profond, traité avec une finition extrêmement brillante. Plusieurs couches de laque polyester ont été nécessaires pour obtenir cet effet presque miroir.
Face aux fenêtres, la surface ne se contente plus de refléter l’intérieur. Elle capte le ciel, la lumière et les vues urbaines, les renvoie dans la pièce et donne au volume une présence changeante au fil de la journée.
À la tombée du soir, cette matière sombre se teinte de reflets rosés. Le sol en microciment, les éléments en acier inoxydable satiné et les surfaces minérales prennent alors une autre dimension. La lumière devient presque une matière supplémentaire.
La logique du projet se poursuit dans la chambre de la fille. Un meuble central percé d’un passage sépare l’espace consacré au sommeil d’une zone de jeu. Cette dernière pourra évoluer progressivement vers un espace de travail.
C’est une réponse particulièrement juste à la question de l’enfance : plutôt que de concevoir une chambre figée pour un âge donné, Antwe dessine une structure capable d’accompagner plusieurs usages.
Dans la salle de bains principale, la même attention est portée aux séquences. Accessible depuis le couloir comme depuis la chambre, elle juxtapose une zone lavabo, une douche traversante et un espace plus intime autour d’une baignoire indépendante. Les ouvertures arrondies renforcent cette sensation de continuité et cadrent certaines des perspectives les plus singulières de l’appartement.
Ce qui frappe finalement dans Sadovye n’est pas seulement la beauté des matériaux ou la sophistication de son mobilier. C’est la quantité de décisions invisibles nécessaires pour produire cette impression de simplicité.
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