Glacier, quand le verre renonce à la planéité
Le verre tend généralement à être plat ; Glacier s’y refuse. Pour Glas Italia, Patricia Urquiola réalise des plateaux de table aux ondulations évoquant la glace en fonte, fusionnés à des ailettes en verre extra-clair.
Les glaciers, et la façon dont les glaces éternelles continuent de se mouvoir tout en semblant immobiles, ont inspiré à Patricia Urquiola la collection de tables basses et de bouts de canapé du même nom, présentée par Glas Italia au Salone del Mobile à Milan, plus tôt cette année.
Le concept repose sur un paradoxe. Grâce à un procédé de moulage à haute température, le verre s’affranchit de la planéité qui fait habituellement sa renommée. La surface évoque un liquide à moitié figé ; l’œil hésite, incapable de déterminer s’il contemple une matière solide ou un mouvement interrompu en plein élan.
Chaque plateau se compose de deux couches. Une plaque de verre coloré, disponible en bronze, gris, bleu ou ambre, est fusionnée à une feuille de verre extra-clair transparent. Cette jonction crée une texture dense et irrégulière qui capte la lumière et la renvoie de manière inégale. Dans la version ambre, la surface rappelle une nappe de miel sombre parsemée de minuscules bulles emprisonnées ; la version bleue paraît presque noire en son centre avant de s’éclaircir vers les bords. Un fin réseau de lignes parcourt chaque plateau, vestige des carreaux fusionnés entre eux, empêchant la glace de jamais paraître d’un seul tenant.
La base joue un rôle inverse. Taillée dans du verre feuilleté de 12 millimètres, elle se compose d’ailettes verticales quasi invisibles, disposées tantôt en croix, tantôt parallèlement. Leur transparence donne l’impression que le plateau coloré flotte — une dalle d’une couleur dense en suspension au-dessus du vide. Sur les tables d’appoint, le plateau est fixé à la base ; sur les tables basses, plus grandes, il est simplement posé librement : une masse imposante en équilibre sur de fines lames de verre transparent.
De près, le moulage révèle son processus de fabrication. Les bords s’épaississent et ondulent là où le verre en fusion a coulé avant de refroidir, telle une goutte figée sur le pourtour, tandis que la surface conserve l’aspect givré et légèrement granuleux d’une matière coulée plutôt que polie. Face à la précision mécanique de la base, le plateau évoque une formation géologique ; il semble moins « conçu » que « trouvé ». C’est ce type de tension qu’Urquiola explore depuis longtemps : le dialogue entre le procédé industriel et une esthétique rappelant les phénomènes naturels.
Depuis des décennies, Glas Italia traite le verre comme un matériau structurel plutôt que comme une simple surface ; avec Glacier, l’entreprise va plus loin en conférant au verre des propriétés évoquant à la fois l’eau et la pierre. Le résultat se situe à la frontière entre le meuble et l’objet : une table fonctionnelle doublée d’une étude sur un matériau saisi en pleine transition d’état.
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