Source Blog Esprit Design :

Faut il vraiment une caméra dans sa salle de bain pour se laver les dents ? Que devient un objet du quotidien quand plusieurs centaines d’ingénieurs travaillent dessus pendant six ans ? Loin de moi l’idée de questionner l’innovation, mais plutôt de questionner le besoin réel et la proposition.

Dyson vient de lancer la CameraJet, une brosse à dents électrique équipée d’une caméra et d’un jet. Le produit est beau, techno, attirant, bien dessiné, en Rose céramique ou en Céramique Ultra Blue. La marque souligne plus de six ans de développement, 661 ingénieurs mobilisés et 38 brevets déposés.

Pour une brosse à dents, cela mérite qu’on regarde de près. C’est souvent dans les objets que l’on ne regarde plus qu’il y a matière à innover, comme pour l’interview sur la marque Trone.

661 ingénieurs, 38 brevets, une brosse à dents : jusqu'où va le design de service ?

Une caméra de 100 000 pixels au bout du manche

Une caméra macro de 100 000 pixels, logée dans la tête de la brosse, analyse 28 images par seconde. Un algorithme d’apprentissage automatique identifie les espaces entre les dents. Une pompe à membrane projette alors jusqu’à 0,15 ml de bain de bouche dans l’interstice repéré, en un dixième de seconde. Dyson appelle cet ensemble Gap Optical Targeting. C’est assez fou d’embarquer autant de technologie, pour se brosser les dents, mais c’est au final un peu la même démarche pour les ventilateurs, les aspirateurs de la marque…

L’appareil n’a pas besoin d’une belle image, il juste besoin de distinguer une dent d’un vide, une caméra plus définie ajouterait de la complexité sans améliorer cette tâche précise. Le système tourne sur environ 16 millions de lignes de code et un modèle entraîné sur près de 470 000 images dentaires.

Une lumière stroboscopique éclaire la scène, calée juste à côté de la fréquence du mouvement des brins pour éviter l’effet de flou.

Les matériaux, ou comment tenir dans un environnement humide

Le nom des coloris parle de céramique, mais il s’agit d’une finition, pas d’une matière. Le corps est un polymère, avec un amortisseur en silicone qui adoucit les vibrations en main. La lentille est protégée par un dôme. La tête de brosse combine deux types de brins et intègre une puce RFID qui suit son usure. Le réservoir de 12,5 ml fonctionne avec un diaphragme souple qui se dilate pour chasser les poches d’air, ce qui permet au jet de partir quel que soit l’angle du manche.

Le reste, poids de 230 g, indice IPX7 (utilisable sous la douche), recharge USB C par broches magnétiques, batterie lithium ion interchangeable, station d’accueil de 538 g avec réservoir de 200 ml et étui de voyage transparent. La batterie remplaçable est le détail le plus intéressant pour nos lecteurs designers : c’est un geste de conception qui allonge la vie de l’objet, dans la logique déjà croisée sur BED avec les luminaires réparables ALT Light ou le mobilier démontable Circulus.

661 ingénieurs, 38 brevets, une brosse à dents : jusqu'où va le design de service ?

coucou James !

Le vrai sujet n’est pas la brosse, c’est le fil dentaire ou les performances bien plus hautes.

Presque personne n’utilise le fil dentaire tous les jours. Plutôt que de fabriquer un meilleur fil, Dyson a supprimé le geste et l’a intégré au brossage. C’est une méthode de conception classique chez la marque, déjà observée ici même avec le robinet Airblade Tap, qui fusionnait lavage et séchage des mains en un seul objet.

Pour valider le jet, les équipes ont développé une plaque dentaire artificielle lors d’une collaboration de cinq ans avec la faculté de médecine dentaire de l’Université nationale de Singapour. Résultat : un jet conique plutôt qu’un jet en aiguille, qui déloge la matière au lieu de la percer. On aime cette partie du récit. La recherche matière existe aussi dans un tube de 44 mm de diamètre.

De la salle de bain au tableau de bord de santé

C’est là que le sujet devient plus large que Dyson. La salle de bain est en train de devenir un poste d’observation médicale. Au Japon, TOTO a intégré une fonction de scan des selles à sa gamme Neorest : des capteurs analysent forme, couleur et volume, et transmettent les données à une application. Des chercheurs de Duke University travaillaient dès 2021 sur une cuvette capable de classer les selles selon l’échelle de Bristol par vision par ordinateur. themodemswedemain

Le raisonnement est digne d’une série netflix, mais au final assez normal si cela peut nous aider à mieux vivre. Certains dirons gadget, anecdotique, et d’autres trouveront cela formidable.

Une montre connectée mesure le sommeil et le rythme cardiaque, mais reste muette sur la digestion ou l’état des gencives. Les objets du quotidien, eux, sont utilisés deux fois par jour sans y penser. Le design de service y trouve un terrain rêvé : la donnée est collectée sans effort, dans un rituel déjà installé. Nous avions vu la même intention, en beaucoup plus doux, avec DUCKY, le thermomètre pour enfants de Geonwoo Kang.

Demain, l’IdO et l’IA peuvent aller plus loin : un miroir qui repère un grain de beauté suspect, une balance qui détecte une variation anormale, un lavabo qui compte les lavages de mains dans un Ehpad. Si cela permet d’anticiper une parodontite ou de repérer un cancer tôt, la discussion est ouverte et me semble assez légitime. (sans entrer dans le débat de la propriété de l’information, confidentialité etc..)

Innovation utile ou objet de plus ?

Reste l’autre plateau de la balance. 479 € pour une brosse à dents, un dentifrice et un bain de bouche dédiés au bon fonctionnement de la caméra, des têtes propriétaires à changer tous les trois mois : cela dessine un écosystème fermé autant qu’un progrès sanitaire. Dyson affirme que les images ne sont ni stockées ni partagées, ce qui est rassurant.

Nous posions déjà la question de la donnée en 2016 avec le canapé connecté Marty.

Face à cela, il existe une autre école. Celle du rasoir No.1 de Finn Meier, de la brosse à dents Marie Antoinette de The Morning Company, fabriquée à Thiers en bois tourné, ou de la lampe Carapace de Tom Violleau et sa lecture politique de la low tech. Une brosse en bois, un fil dentaire et deux minutes d’attention font aussi le travail, avec un bilan carbone imbattable et zéro mise à jour logicielle.

Les deux approches ne s’excluent pas forcément. Elles ne s’adressent simplement pas au même besoin. Un objet qui aide à guérir ou à anticiper justifie ses innovations. Un objet qui ajoute un écran à un geste que l’on maîtrisait déjà mérite qu’on lui demande poliment ce qu’il vient faire là. La CameraJet oscille entre les deux, et c’est ce qui la rend intéressante à observer.

Nous avions d’ailleurs suivi pendant des années le James Dyson Award et son brief tenant en une phrase : concevoir quelque chose qui résout un problème. La question posée à la CameraJet est la même que celle posée aux étudiants : quel problème, et pour qui ?

Et vous, prêts à laisser une caméra dans votre salle de bain, ou vous en tenez vous au marchepied qui trie vos tubes de dentifrice ?

By Blog Esprit Design

Dyson CameraJet: when a toothbrush becomes a health device

Dyson has launched the CameraJet, an electric toothbrush with a built in camera and a liquid jet, priced at 479 € in France. A 100,000 pixel macro camera captures 28 frames per second while a machine learning algorithm, called Gap Optical Targeting, identifies the spaces between teeth. A diaphragm pump then fires up to 0.15 ml of mouthrinse into each detected gap. The product took six years to develop, involved 661 engineers and 38 patents, and runs on roughly 16 million lines of code trained on 470,000 dental images. Materials and construction include a polymer body with a silicone damper, an RFID chipped dual bristle head, a 12.5 ml anti gravity tank with a flexible diaphragm, IPX7 water resistance and a user replaceable lithium ion battery.

Blog Esprit Design places the object within a wider shift: bathrooms turning into passive health monitoring stations, as seen with TOTO’s Neorest stool scanning toilets in Japan. The article weighs genuine preventive value against closed ecosystems, proprietary consumables, data privacy and the low tech alternative of a wooden brush and dental floss.

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