Juliette Rougier donne forme à la canne de Provence : un meuble en panneaux Reed Material chez FRGMNT
Un panneau pour le mobilier, sans bois, sans résine pétrochimique et sans formaldéhyde ajouté. C’est le projet signé Reed Material, jeune entreprise française qui transforme la canne de Provence en matériau d’agencement.
Pour la Paris Design Week 2026, la designer Juliette Rougier en a tiré un meuble, exposé chez FRGMNT

Et si le roseau prenait sa revanche sur le chêne ?
Chez La Fontaine, le chêne se moque du roseau, puis finit déraciné par la tempête. Le roseau plie et reste debout, trois siècles plus tard, la fable pourrait connaître une suite dans nos intérieurs, mais sous une autre forme.
Une grande partie des panneaux utilisés dans le mobilier repose sur des fibres de bois liées par des résines, naturelles, de synthèses… Reed Material propose de changer les deux ingrédients à la fois : remplacer le bois par une plante agricole, et la colle par un liant végétal. Tout en préservant l’aspect, les caractéristiques du bois…
Qu’est ce que Reed Material ?
Reed Material développe un panneau fabriqué à partir de deux ressources biosourcées : l’Arundo donax, plus connu sous le nom de canne de Provence, et la lignine (Vous voyez les canisses, pour délimiter un espace ou se préserver des voisins). L’objectif est de proposer une alternative aux panneaux de type MDF, en gardant les propriétés attendues pour le mobilier et l’aménagement intérieur.
L’entreprise a été cofondée par Boris Doré, Basile Millet et Benjamin Vincent, avec l’ambition de la porter à l’échelle industrielle. Depuis 2025, l’équipe avance sur trois sujets en parallèle : la mise au point du matériau et de son procédé de fabrication, la structuration d’une filière agricole autour de l’Arundo donax en France, et les premiers usages avec des designers, des architectes et des industriels.
Ces derniers mois, la jeune pousse est passée d’un travail surtout technique à une phase où il faut montrer la matière et la confronter au design.

Pourquoi la canne de Provence ?
Cette grande graminée vivace, qui ressemble à un bambou, pousse au bord des routes et des cours d’eau dans le sud de la France. On la tresse en canisses, et elle fournit depuis longtemps les anches des clarinettes et des saxophones. Avant de rejoindre l’atelier du menuisier, la plante a donc fait carrière dans les orchestres.
Pour Reed Material, son intérêt tient à sa nature de ressource agricole locale et renouvelable, que l’entreprise présente comme adaptée au changement climatique. Elle pousse vite et ne demande pas d’abattre d’arbre. D’où le travail sur une filière agricole française, avec des essais de plantation menés depuis 2024.
L’Arundo donax est considérée comme invasive dans certaines régions du monde, en Californie par exemple. La maîtrise de sa culture fera sans doute partie des questions posées à l’équipe.
Comment tenir un panneau sans résine pétrochimique ?
Le MDF classique associe des fibres de bois à des résines, souvent à base d’urée formaldéhyde, qui peuvent émettre des composés dans l’air intérieur. Reed Material mise sur la lignine, une molécule présente dans les parois des végétaux, qui joue le rôle de liant. L’entreprise parle d’un panneau sans colle et sans formaldéhyde ajouté.
Le principe rappelle d’autres recherches suivies sur le blog. Anne Ländle, avec Green Edge, proposait une alternative au MDF à base de foin et de caséine. Pit To Table lie des noyaux d’olive avec une résine issue de la coque de noix de cajou, quand Arrosia associe résine de pin et fibre végétale dans son panneau Pinhadar.
À Saint Étienne, Ali et Laura pressent des tourteaux de tournesol et de colza sans colle au formaldéhyde. Chaque projet cherche son liant. Reed Material s’appuie sur une molécule déjà présente dans le végétal.
L’oeil de la designer Juliette Rougier
Un échantillon posé sur une table dit peu de choses, un meuble en dit davantage pour communiquer et attirer les regards (comme celui de BED). C’est le parti pris de la collaboration entre Reed Material, Juliette Rougier et FRGMNT : montrer la matière à travers un objet fini, avec ses textures, ses chants, et ce qu’elle accepte en usinage et en finition.
Juliette Rougier a imaginé et réalisé la pièce entièrement en panneaux Reed Material. Le choix de la designer se comprend vite. Née à Paris en 2000, formée à l’École Bleue puis à l’École supérieure d’art et de design Marseille Méditerranée, elle place la rencontre avec une matière au point de départ de ses projets. Elle travaille surtout à partir de rebuts de manufactures et cherche à garder les aspérités du matériau plutôt qu’à les masquer. Son parcours passe notamment par la sélection des finalistes du concours Cinna Révélateurs de talents.
Sur un panneau, c’est souvent le chant qui raconte la composition. Sur du MDF, on le cache en général sous une bande de placage. L’intérêt d’un tel meuble est de voir si ce nouveau chant mérite d’être montré plutôt que caché. Les visiteurs pourront juger sur pièce.
Présence remarquée lors de la PDW
Le meuble est présenté par FRGMNT, avec des échantillons du matériau, à Heureux les Curieux, 23 rue du Pont aux Choux, dans le 3e arrondissement de Paris, jusqu’au 19 septembre 2026. (plus que un jour, vite !)
FRGMNT, laboratoire de design circulaire fondé par Meryl Benitah et Quentin Goupille, s’est fait connaître avec son format de 48 heures pour transformer des rebuts en mobilier. Sur place, vous croiserez aussi Le Pressoir de Studio Jumel et Ariane Ronot, un tabouret né d’une vis de pressoir à cidre de 1930. Un roseau du Sud et une vis normande dans la même pièce : un petit tour de France des terroirs, version design.

C’est l’une des premières fois que Reed Material se montre au public sous la forme d’un objet fini. L’équipe avait déjà présenté ses premières séries de panneaux au salon ChangeNOW, au Grand Palais.
Reed Material se situe encore entre la mise au point technique et la démonstration. Les questions d’un agenceur restent ouvertes : tenue à l’humidité, formats, épaisseurs, prix, volumes et délais. La filière agricole devra aussi grandir au rythme de la demande.
L’approche a pourtant un mérite : elle traite en même temps la ressource et le liant, là où beaucoup de matériaux ne changent qu’un des deux. Pour les designers, architectes et étudiants de passage à Paris, c’est l’occasion d’aller toucher la matière et de se faire un avis.
Retrouvez les travaux de Reed Material et de Juliette Rougier.
Summary in English
Reed Material is a French company developing a panel material made without wood, without petrochemical resins and without added formaldehyde. It uses Arundo donax, known in France as canne de Provence or giant reed, together with lignin, a natural plant molecule that acts as the binder. The aim is an alternative to MDF for furniture and interior fitout, keeping the cutting, machining and finishing properties the industry expects. Cofounded by Boris Doré, Basile Millet and Benjamin Vincent, the company builds on more than fifteen years of research. Since 2025 it has worked on three fronts: the material and its manufacturing process, an agricultural supply chain for Arundo donax in France, and first applications with designers, architects and manufacturers. For Paris Design Week 2026, French designer Juliette Rougier, known for working with industrial offcuts, designed and built a piece of furniture entirely from Reed Material panels. FRGMNT, a Paris circular design laboratory, shows it with material samples at Heureux les Curieux, 23 rue du Pont aux Choux, Paris 3e, until 19 September 2026. It is one of the first times the material appears in public as a finished object.
Keywords: Reed Material, Arundo donax, giant reed, lignin, biobased panel, MDF alternative, formaldehyde free, Juliette Rougier, FRGMNT, Paris Design Week 2026, French design, biomaterials.
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