Rencontre : Arnault Duhem et Alexandre Pain, en charge du design chez Simond, groupe Decathlon
Retour des beaux jours et avec ces rayons, ces envies d’escapades et de prises de hauteurs ! La série de rencontres, type portrait est là pour cela, mettre en lumière des talents qui ne sont que trop peu en avant sur la scène médiatique du design.
Aujourd’hui, nous allons un peu plus loin dans notre exploration de ceux qui innovent, avec deux profils de directeurs du design chez Simond, marque française ultra technique dédiée à la montagne du groupe Decathlon ! Nous espérons que leur histoire éveillera des consciences, suscitera des vocations, intéressera les experts du design.
Après Alexia Audrain, Céline David, Manon Palie, Tamim Daoudi, Gauthier Flagel, Vincent Gravière, Matthieu Bourgeaux, Agence PAD, Louis Béziau, Elise Burbaud… A qui le tour ?

Nicolas Jean – Alpiniste – En action !
Peux-tu présenter Simond et l’équipe design en quelques lignes ?
Née à Chamonix en 1860, Simond incarne un savoir-faire historique unique. Après 165 ans d’histoire au coeur de Chamonix, capitale mondiale de l’alpinisme, Simond ouvre en 2026 un nouveau chapitre de son histoire pour continuer à s’adapter au monde qui évolue autour de nous, toujours à Chamonix, toujours au service des pratiquants les plus exigeants. Portée par une cordée de passionnés au service des passionnés, sa nouvelle mission : la “performance by fair means” ou performance durable. Simond élargit son expertise technique pour accompagner les pratiques en plein essor : trekking et ski de randonnée viennent désormais enrichir l’escalade et l’alpinisme.

La philosophie du “style alpin” comme boussole. La philosophie “Alpine Style” a toujours guidé la marque : légèreté, frugalité, simplicité, responsabilité. Elle inspire aujourd’hui les équipes Simond à promouvoir une montagne vécue avec toujours plus de sobriété, humilité et respect.

Simond shop, francois, michel, florus
La marque Simond a pour ambition de fédérer l’ensemble des équipements de haute montagne sous une bannière unique. C’est dans ce contexte qu’Arnault Duhem et Alexandre Pain se partagent la direction du design. Sous leur direction, une équipe de 15 designers travaille par catégorie de produits pour garantir une expertise pointue. 15 designers aux profils et aux parcours très variés et riches de diversité qui se partagent les périmètres sac à dos, bivouac, piolet, crampons, mousquetons, apparel, shoes, casques, et d’autres. Les natures de produits étant très importantes, cette organisation s’appuie sur une collaboration étroite entre tous les designers de l’équipe.
Alexandre : Depuis septembre 2025 nous sommes réunis en équipe d’une quinzaine de designers dédiés à la conception de produits pour le trek, l’alpi, l’esca,… tous concentrés sur ce nouveau chapitre de la marque Simond qui a fêté ses 165 ans en 2025. La marque a beaucoup évolué dernièrement et nous nous sommes attelés à rendre visible ses valeurs sur les nouveautés pour 2026 tout en construisant les nouvelles stratégies d’identité pour l’avenir. Maintenant que nous sommes sur cette lancée, les développements pour 2027 sont terminés, nous nous engageons déjà sur ceux de 2028. En parallèle, notre priorité est de consolider un collectif de designers soudés et experts sur leurs périmètres, autour d’un projet design Simond.
Quels sont vos parcours respectifs ?
Alexandre : J’ai 37 ans, designer depuis une quinzaine d’années. Je pense que je suis rentré dans ce domaine à la recherche d’un métier de concepteur et aussi de créatif, le design au sens anglo-saxon. J’étais aussi animé par le design minimaliste, fonctionnaliste, et la dimension stratégique du design,…
J’aime les produits simples et durables comme la 2cv ou le type H de Citroën. Je suis issu de l’Ecole de Design Nantes Atlantique, formation en design indus, sur 5 ans, Nantes est une superbe ville pour étudier. J’ai fait quelques expériences pro du côté de LeroyMerlin puis Rowenta (Groupe Seb) au tout début, avant d’aller sur Paris pour me faire la main et affûter mon œil aux côtés de Guillaume Delvigne.
Je me suis finalement installé à la montagne pour rejoindre le projet Decathlon, intéressé par la dimension industrielle et l’approche de terrain. Après quelques années à concevoir du matériel de bivouac pour le trek, je suis maintenant sur la Direction design de la marque Simond aux côtés d’Arnault Duhem, avec un très beau projet à construire avec toute l’équipe.

Arnault : De mon côté, après quelques années d’études orientées ingénierie, j’ai découvert la filière Design, ce que je souhaitais faire au fond de moi sans l’avoir vraiment identifié. J’ai poursuivi mon cursus à Strate (Strate College à l’époque) puis j’ai travaillé chez Legrand pendant 3 ans. Ce premier job m’a permis de découvrir le design de gammes de produits complètes, à l’international, de travailler l’aspect pédagogie et communication dans un monde très industriel.
J’ai ensuite eu la chance de pouvoir rejoindre Decathlon et de travailler sur les offres de chaussures Quechua. Ma curiosité m’a permis de travailler sur d’autres typologies de produits puis de basculer chez Wedze à sa création pour prendre en charge le design produits du matériel ski et snowboard.
J’ai ensuite eu l’opportunité de prendre l’animation de l’équipe Design pendant quelques années. Plus récemment, j’ai animé le design de Forclaz, marque de trekking du groupe avant de basculer à la Direction Design de Simond comme le soulignait Alex.

Marion Salmon Thomas
En qualité de designers intégrés, en quoi cela influence-t-il votre travail ?
En tout premier lieu, nous sommes impliqués dans la culture de marque et l’application d’un langage design et ou influence et construction du langage Design. Notre quotidien est multi-métiers, très collaboratif, il faut se faire comprendre dans une entreprise à multiples enjeux et où les projets durent 18 à 36 mois. Paradoxalement, le design est très représenté, nous sommes environ 350 designers principalement en France mais aussi autour du monde, dont des spécialités shoes, apparel, bags, équipement, couleurs,…
Enfin, comme évoqué, nous travaillons en équipe, 15 designers + Arnault et Alex, ce qui induit des dimensions dans le métier, du designer au directeur design, avec un niveau d’expertise du junior au sénior !
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes tentés par le métier de designer intégré ?
Arnault : De mon point de vue, si je me réfère à ma propre expérience, ce qui m’a fait aller vers l’intégrer c’est de pouvoir maîtriser le produit de A à Z. En agence ça peut parfois ne pas être le cas, on maîtrise le projet jusqu’à une certaine étape, et on perd l’âme entre l’intention et ce qu’en fait le client.
Alexandre : De mon côté je me retrouve pas mal dans ce qu’évoque Arnault, j’avais aussi besoin de plus de contraintes, notamment de prod, pour être créatif. Je voulais aussi travailler pour une entreprise qui à pour but de rendre le sport accessible. Enfin il me fallait une vue plus large, plus holistique, pour être sûr d’apporter la solution la plus pertinente, dans notre travail de synthèse qu’est celui du designer.

Avez-vous des projets hors entreprise ?
Alexandre : Quelques-uns… J’ai une maison que je retape depuis 8 ans, électricité, plomberie, menuiserie,… On vient de lancer notre petite entreprise avec ma compagne, Anne-Sophie Blanchet, la boîte s’appelle “Asap”, comme “As Soon As Possible”, on fait des objets en bois tournés et peints à la main et comme son nom l’indique on produit quand on a du temps.
Arnault : Plus modestement, le bricolage, la décoration, le sport
Quelles sont vos méthodes de travail, croisement équipe, à nous partager ?
Ce qui fait le rythme, c’est sûrement les allers-retours entre des moments individuels et les moments de co-écriture en équipe, on est habitué à avancer en mode collaboratif : co-écriture, cooptation, travail en équipe, entre métiers.
C’est dans l’ADN de Decathlon de croire en l’intelligence collective.
Chaque designer a sa spécificité, l’un est câblé sur les outils IA ou 3D, l’autre l’est surtout sur le patronage, et c’est cette association de talents qui fait la force du collectif. Du coup, notre grand enjeu, c’est de trouver les clés pour plus de cohérence entre toutes nos natures de produits, on a beaucoup de marques qui nous inspirent, mais c’est plutôt exceptionnel d’être présent sur autant de marchés.
L’objectif, avec l’équipe c’est de créer des outils qui permettent un lien émotionnel entre un sac à dos et une doudoune sans rendre les choses caricaturales.
En parallèle de tout ça, on avance fort sur l’innovation, l’exploration, on organise des ateliers prospectifs minimum une fois par an avec l’ambition de détecter les usages, les process, ou les communautés de demain. C’est dans ce champ d’exploration qu’on active le plus les fondamentaux de notre métier de designer sur la partie méthode d’innovation, UX design, observation, veille socio.
Enfin, c’est important de comprendre qu’on travaille en réseau sur l’ensemble des topics, tout n’est pas intégré chez Simond, bien au contraire, on est en lien avec les différents services sur la plupart des sites de conception, et de manière très régulière.

Mathéo Jacquemoud
Quel rôle le design joue-t-il selon vous dans la société actuelle et celle de demain ?
Alexandre : Créer des méthodes, questionner les besoins et les usages, repenser les standards, faire évoluer les process industriels, et pousser l’innovation, au travers de solutions nouvelles qui font sens et plus respectueuses de l’environnement.
Aujourd’hui, le design est très porté sur le ratio fonction/émotion, c’est le métier qui permet de traduire les valeurs d’une marque dans une offre de produits ou de services.
Pour l’avenir,… nos outils évoluent vite mais notre rôle reste centré sur la méthode et les processus créatifs qui permettent l’innovation et la singularité !
Arnault : Sur les IA, un enseignement en ce moment, avec l’automatisation, s’augmenter. Savoir se servir de l’IA pour mieux se concentrer sur la partie créative et garder ce qui est propre à notre métier.
Quels conseils donneriez-vous aux étudiants en design et aux jeunes diplômés ?
Alexandre : Être audacieux, vous avez des outils en main, que je n’avais pas, il y a juste 15 ans, et qui permettent de restituer des idées de manière très qualitative, mais n’oubliez pas le processus créatif qui fait que l’idée en elle-même reste singulière et séduisante. Victor Hugo disait : “la forme c’est le fond qui remonte à la surface”. Aussi, au début il faut savoir compter sur le temps long, prendre des opportunités tout en programmant en quelque sorte le moment où vous serez le profil évident pour un recruteur, en capitalisant sur vos expériences, le réseau, et vos projets que vous allez mener dans les 3 à 5 premières années.
Quelle personne vous inspire ?
Alexandre : J’aime beaucoup ce que fait “Teenage Engineering”, en Suède, notamment leur travail récent avec Nothing, dans le minimalisme et généreux en même temps. L’usage du translu pour mettre en valeur ce qui se passe dans le produit par exemple en font des objets plus riches que ce qu’on a l’habitude de voir dans l’électronique, plein d’attentions et plus chaleureux….
Ils ont aussi travaillé un peu moins récemment avec Ikea sur de l’audio, pour le coup très 80’s. Globalement je trouve leurs créations très équilibrées, très pures avec un peu de Dieter Rams dans l’âme.
Niveau automobile, je regarde pas mal de marques, j’avoue que le concept de la R5 turbo 3e était vraiment sympa d’un point de vue style, on dirait presque un restomod. Dans ce domaine, je suis quand même plus intéressé par ce qui tourne autour de l’adaptation à nos contraintes contemporaines, la marque Kilow est un exemple pour moi sur cette thématique, j’aimerais beaucoup qu’une marque française nous propose une solution très minimaliste, légère et robuste, peu gourmande en énergie pour un usage rural du quotidien, mais je crois que les normes doivent évoluer, elles aussi pour rendre ça possible.

Que pouvons-nous te souhaiter pour la suite ?
Arnault : À court/moyen terme, de réussir à mettre en place avec Alex et toute l’équipe, tout ce que nous avons en tête pour la marque Simond, de mettre le design et l’offre produit au niveau de l’identité de marque. À moyen terme, de continuer à apprendre, à me renouveler et à prendre du plaisir dans ce métier.
Merci Arnault et Alexandre pour cet échange et leur bienveillance !
En savoir plus sur la marque : Simond
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