Du fab lab à la façade : Nathanaël Zbynovsky imagine une brique biodiversitaire avec ChartierDalix
Nos villes ont longtemps trié les vivants par catégories. Le piéton sur le trottoir, la voiture sur la chaussée, la mésange dans le parc, et la mousse, généralement, dans la fissure que personne n’a vue.
Le projet I.S.A., porté par le designer Nathanaël Zbynovsky (PZ Studio) en collaboration avec l’agence d’architecture ChartierDalix, prend cette espace de vide au sérieux. L’idée tient en trois lettres et autant de mots : Isolante, Structurante, Accueillante.

Une brique en terre cuite, imprimée en 3D, pensée pour faire de la façade un véritable habitat.
Une recherche menée à l’ENSCI, accueillie chez ChartierDalix
I.S.A. est né dans le cadre du projet de master CTC 2023/24 de Nathanaël Zbynovsky à l’ENSCI-Les Ateliers, accueilli en contrat de professionnalisation au Pôle Recherche de l’agence ChartierDalix. Le sujet prolonge un travail engagé depuis plusieurs années par l’agence sur la capacité des parois architecturales à accueillir une biodiversité complète, après les premiers murs biodiversitaires en béton et les prototypes de la rue Buffon à Paris.

La question posée est simple : comment passer d’une façade décorative à une façade habitée ?

cartographie des acteurs

La terre cuite, ressource locale et compatible avec le vivant
Le choix du matériau ne doit rien au hasard, l’argile est abondante en France, peu transformée, et la terre cuite obtenue par cuisson présente plusieurs caractéristiques utiles au végétal : bon échange thermique, peu de Composés Organiques Volatiles, pH faible, et un effet antifongique naturel qui limite les moisissures.
La terre cuite revient régulièrement dans nos pages pour ses qualités passives, comme avec le projet CELCIUS de Salla Vallotton à l’ECAL qui utilise l’inertie thermique de la terracotta pour chauffer et rafraîchir, ou avec les modules Nave de Yael Issacharov qui exploitent la porosité de la terre cuite pour rafraîchir l’habitat sans climatisation. I.S.A. ajoute à cette famille un usage que l’on n’attendait pas franchement : celui d’hôtel à fougères et à insectes.
Imprimer la terre, strate par strate
Le procédé retenu est l’impression 3D céramique, accompagnée techniquement par le 8fablab. La machine impose sa propre grammaire : il faut penser le modèle en répétition de strates, dessinées d’un seul mouvement continu, comme si l’on traçait sans jamais lever le stylo.
Cette contrainte a redessiné entièrement le réseau d’alvéoles inspiré des briques monomur. On retrouve ici la logique d’autres projets ENSCI documentés sur le blog, comme le projet Calcite de Sanam Viseux qui transforme des coquillages en éléments de construction : partir du matériau et du procédé, et en déduire la forme.
I.S.A. 1.0, puis 2.0 : la forme apprend du vivant
La première brique, I.S.A. 1.0, présente des alvéoles d’isolation et trois réservations qui permettent l’assemblage en quinconce. Empilées, ces réservations forment des colonnes de terre verticales en contact avec la pleine terre à la base. La face extérieure est fendue d’une ouverture juste assez ouverte pour laisser sortir la végétation, juste assez fermée pour éviter que le substrat ne sèche. Un mur test a été semé à l’été 2023 dans le patio de l’agence, et c’est l’observation du vivant qui a conduit à I.S.A. 2.0.
Cette seconde version retravaille la circulation de l’eau pour limiter les fuites entre briques, renforce l’isolation autour du substrat, et offre une réserve unique presque continue avec une excroissance qui libère du volume vers le haut. Résultat : davantage de connexions entre briques, donc davantage de continuité pour la biodiversité, et une structure plus résistante à la manipulation. Un détail qui, sur un chantier réel, n’est jamais un détail.
Une façade qui change de métier
I.S.A. propose un déplacement intéressant : la façade cesse d’être une enveloppe hermétique pour devenir un support actif. La logique rejoint celle d’autres recherches récentes, comme le projet EDEN Tower du studio OXMAN, qui conçoit l’architecture comme un écosystème vivant, à une autre échelle et avec d’autres outils. Là où EDEN Tower interroge le gratte-ciel, I.S.A. travaille à l’unité élémentaire du mur. Les deux pistes se complètent plus qu’elles ne s’opposent.
Reste à voir comment ces briques évolueront en conditions réelles, sur des chantiers, sous la pluie normande ou le soleil méditerranéen. Mais l’intuition de fond paraît juste : le vivant n’a pas besoin qu’on lui dessine un parc, il a besoin qu’on lui laisse de la place. Et pour une fois, la place est dans le mur.
En savoir plus sur le studio : PZ Studio
En savoir plus sur l’agence : ChartierDalix
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