LVWA Sports Bookstore : un paysage intérieur entre sport, savoir et architecture
À Shanghai, Studio Yuda et Studio Nor transforment une librairie dédiée au sport en une expérience spatiale spectaculaire où l’ascension physique répond à la quête du savoir.
À première vue, le pari semble impossible : comment faire cohabiter l’univers contemplatif du livre avec l’énergie du sport ? Comment traduire le mouvement, l’effort et la performance dans un lieu consacré à la lecture ?
C’est précisément ce défi qu’ont relevé les architectes de Studio Yuda et Studio Nor avec la LVWA Sports Bookstore, première librairie thématique consacrée au sport à Shanghai. Un projet qui dépasse largement le cadre du commerce culturel pour devenir une véritable expérience architecturale.
Installée au sein de l’ancienne académie de tennis de table de l’Université du Sport de Shanghai, la librairie occupe un volume brut de 600 m² organisé autour d’un spectaculaire atrium culminant à 17 mètres de hauteur. Face à cette verticalité exceptionnelle, le maître d’ouvrage formule une demande simple mais ambitieuse : créer un véritable point de repère intérieur. Les architectes répondent alors par une idée aussi poétique qu’évidente : construire une montagne de livres.
Au cœur du projet s’élève ainsi une structure monumentale de 13 mètres de haut baptisée « Mingyue Mountain » (la Montagne de la Lune). Plus qu’une bibliothèque, cet élément devient le centre névralgique de l’espace. Escaliers, plateformes de lecture, alcôves et rayonnages s’y entremêlent dans une composition qui invite les visiteurs à gravir physiquement le savoir. Ici, la lecture n’est plus une activité statique : elle se transforme en parcours, en exploration, presque en ascension.
Cette métaphore de la montagne n’est pas anodine. Les concepteurs s’inspirent d’un proverbe chinois ancien selon lequel « la montagne des livres possède un chemin que seule la persévérance permet d’emprunter« . Une référence qui établit un parallèle subtil entre l’effort intellectuel et l’entraînement sportif. Dans les deux cas, il s’agit de dépasser ses limites, de progresser vers un sommet, qu’il soit physique ou mental.
L’expérience architecturale commence dès l’entrée. Après avoir traversé un passage volontairement bas et sombre, le visiteur débouche soudain dans l’atrium baigné de lumière naturelle. Ce contraste de proportions amplifie l’effet de découverte et confère à la montagne centrale une présence presque sacrée. La sensation rappelle celle des grands espaces religieux ou des jardins classiques chinois où la révélation du paysage se fait progressivement, au fil du déplacement.
Autour de ce sommet principal gravitent quinze « micro-montagnes » disséminées dans la librairie. Tantôt bancs, tantôt comptoirs, gradins ou étagères, ces volumes sculptés prolongent le récit spatial tout en structurant les usages. Ensemble, ils composent une véritable chaîne montagneuse intérieure où chaque relief devient une invitation à s’arrêter, observer ou lire.
La matérialité participe pleinement à cette immersion. Les architectes ont retenu une palette dominée par un bleu profond associé à des murs de béton gris brut. Ce choix est né d’une observation presque accidentelle lors de la visite du site : le contraste entre un film de protection bleu laissé sur une porte métallique et la rugosité minérale des murs existants. Cette association est devenue la signature du projet. Le bleu évoque tour à tour les tables de tennis de table, l’héritage olympique ou encore les paysages traditionnels chinois, tandis que le béton rappelle l’effort, la robustesse et la dimension physique du sport.
Des sphères lumineuses ponctuent l’ensemble de l’espace, clin d’œil assumé aux balles de ping-pong qui ont marqué l’histoire du bâtiment. À la tombée du jour, ces luminaires apparaissent comme des lunes suspendues dans le paysage intérieur, renforçant le caractère presque onirique du lieu. La librairie se transforme alors en territoire de contemplation où architecture, culture et mouvement dialoguent dans une même narration.
Entre installation artistique, paysage intérieur et équipement culturel, cette montagne de livres rappelle que l’architecture peut encore raconter des histoires, transformer un programme ordinaire en aventure et faire de chaque lecteur un explorateur.
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