Source Journal du Design :

Dans la rue Magazynowa à Varsovie, une présentation commune associe les œuvres de deux sculptrices exceptionnelles de la même génération, Magdalena Abakanowicz (1930-2017) et Wanda Czełkowska (1930-2021).

L’idée d’une présentation conjointe est née du constat que les motifs principaux de leur travail se complètent. Chez l’une, la figure humaine est réduite à une tête, chez l’autre à un corps sans tête. Chez toutes deux, on observe d’une part le cadrage, l’isolement, la réduction ; d’autre part la multiplication des formes.

Chez Magdalena Abakanowicz, des figures sans tête identiques sont juxtaposées dans une même œuvre, tandis que chez Wanda Czełkowska, une tête multipliée, disposée de manière rigoureuse, forme un objet unique.

L’atelier historique de Wanda Czełkowska, situé rue Magazynowa à Varsovie, accueille la présentation des deux artistes, de leurs démarches créatives et de leurs biographies. Les années 1970 constituent le fil conducteur de l’exposition, avec un accent particulier sur leur rencontre au festival Atelier 72 à Édimbourg.

La contribution d’Abakanowicz se compose de vingt objets inédits, issus de la collection de la Fondation Marta Magdalena Abakanowicz-Kosmowska et Jan Kosmowski. De nature technique, il s’agit de moules pour les sculptures de la série Tłum, d’outils conçus pour la production d’autres objets. Les présenter comme pièce maîtresse de l’exposition, c’est affirmer que la surface de travail, la cavité, l’intérieur inachevé du processus de fabrication, possède sa propre dimension formelle.

Ces objets sont bruts. Le plâtre est incrusté, les surfaces ébréchées, les armatures en bois transparaissent là où l’enduit n’a pas adhéré ; des traces de pigment sont emprisonnées à l’endroit où le moulage a reçu sa première empreinte. Considérés dans leur contexte au sein de l’atelier, ils apparaissent comme un inventaire des états de travail, de ceux que les musées excluent généralement par principe.






L’adéquation avec Czełkowska est parfaite. Sa pratique s’est depuis longtemps intéressée à la construction et à la transparence technique comme sujets à part entière, surprenant le spectateur par le revers de l’œuvre. Les moules en plâtre en sont littéralement le revers : le négatif qui produit la figure, la cavité dans laquelle elle a été coulée. Les formes brutes d’Abakanowicz révèlent un savoir-faire d’une qualité similaire, et l’espace industriel de l’atelier porte en lui cette logique sans qu’il soit nécessaire de la justifier.

Derrière les moules se déploie un film d’archives d’Abakanowicz, redécouvert et datant des années 1970, présenté en avant-première lors de l’exposition. Une foule ordinaire, capturée dans des cadrages inhabituels, est juxtaposée à la réalité triviale de l’espace urbain de cette décennie. Les corps multipliés des moules de Tłum se dressent devant la source multipliée. Une sélection de photographies, de dessins et de peintures des deux artistes complète l’exposition.







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