Source Journal du Design :

Sur la Marktplatz de Bâle, l’agence Miller & Maranta réinvente le grand magasin Globus : elle vide l’intérieur de trois bâtiments contigus situés derrière leurs façades classées en pierre naturelle et couronne l’ensemble de jardins en terrasses.

Globus occupe ce coin de Bâle depuis plus d’un siècle, mais il ne s’agit pas d’un seul bâtiment : ce sont trois édifices fusionnés au fil du temps.

Le plus ancien est un immeuble Art nouveau signé Romang & Bernoulli, dont le pignon en pierre couleur crème arbore le nom du magasin sous une horloge ornementale. Une structure des années 1970, conçue par Suter + Suter, occupe la façade côté Marktplatz, tandis qu’une extension des années 1930, réalisée par Suter & Burckhardt, se prolonge le long de l’Eisengasse. Depuis la place, l’œil perçoit une continuité, mais derrière les façades, les niveaux des planchers n’ont jamais été alignés.

Le projet de rénovation considère les façades existantes comme des éléments immuables et traite librement tout le reste. Les façades en pierre naturelle, toutes classées, sont consolidées et conservées en l’état ; leurs fenêtres sont restaurées ou remplacées uniquement lorsque cela s’avère nécessaire, chaque intervention faisant l’objet d’un accord préalable avec les autorités chargées du patrimoine.

À l’intérieur, les cloisons sont supprimées. Un nouvel atrium traverse verticalement le bâtiment, unifiant les trois édifices en un espace intérieur cohérent où les surfaces commerciales s’étendent du sous-sol jusqu’au quatrième étage. Une photographie de ce vide révèle un volume courbe en plâtre, baigné d’une lumière douce filtrant par une ouverture arrondie, tandis que de fins tubes lumineux pendent telles des lignes de plomb.






Le geste décisif s’opère en toiture. Là où s’interrompt la maçonnerie en pierre classée, la structure se prolonge par un attique en gradins de trois niveaux, en retrait de sorte que la rue le perçoit à peine. Ces étages supérieurs — du cinquième au septième — sont loués comme bureaux, et chaque terrasse est aménagée en jardin intensif. Pins, plantes grimpantes et vivaces à fleurs débordent des rebords. Depuis le Rhin ou le Mittlere Brücke, cette couronne végétale se dessine comme une seconde ligne d’horizon, surplombant les dômes en tuiles et la tour en grès rouge de l’hôtel de ville.

Le revêtement confère à l’extension son caractère propre. Des lames verticales cannelées, d’un vert profond et émaillé, enveloppent chaque terrasse ; elles sont disposées derrière une résille de fines tiges métalliques faisant office de treillis. La végétation grimpe le long de ces tiges, tandis que les lames captent et reflètent cette même teinte verte, créant une fusion entre bâti et vivant au fil des saisons. C’est une façade conçue pour être investie par la nature.

Ces jardins ne sont pas de simples éléments décoratifs. Dans un centre-ville dense, cette végétalisation intensive rafraîchit l’air, ralentit le ruissellement des eaux de pluie et élève un fragment d’écosystème sept étages au-dessus du passage des tramways. Miller & Maranta soutiennent depuis longtemps que les sites les plus exigeants sont ceux déjà saturés, où l’enjeu consiste à lire l’existant pour y apporter une intervention précise.

Le projet Globus prolonge cette réflexion vers le haut : il préserve intacte la mémoire de la ville à hauteur d’oeil tout en répondant aux enjeux climatiques là où personne ne portait le regard.





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