Maison de ville pour un jeune couple au Japon
Sur une parcelle exiguë au cœur d’une ville japonaise dense, IGArchitects a conçu une maison articulée autour d’une pièce unique et continue, formée par l’empilement de sept dalles de béton décalées au sein d’un volume de 60 mètres carrés.
Le couple à l’origine du projet vit et travaille dans la même maison, sans chercher à établir de frontière entre ces deux sphères. IGArchitects a répondu non pas par un cloisonnement en petites pièces, mais par un volume unique et élancé : une coque en béton brut abritant un vaste espace intérieur, structuré par les niveaux eux-mêmes. Plutôt que de restreindre le programme pour l’adapter au terrain, l’agence a pris le parti inverse : privilégier le volume et l’espace, avec une série de dalles qui ne s’alignent jamais tout à fait.
Trois murs sont disposés en biais ; celui orienté au nord est incliné de manière à intégrer visuellement le vide du terrain voisin inoccupé. Le long de ce mur, sept dalles de plancher varient en hauteur et en profondeur, se chevauchant sans jamais se rejoindre parfaitement par leurs arêtes. Les interstices ainsi créés forment des ouvertures : la lumière et l’air pénètrent par le haut du mur nord, tandis que les vues directes vers les maisons voisines sont bloquées. La façade sud est totalement dépourvue de fenêtres, épargnant ainsi l’intérieur d’un ensoleillement trop agressif ; à la place, une lumière basse et diffuse balaie au fil de la journée les surfaces en béton marquées par le veinage du coffrage, inscrivant le passage des heures et des saisons sur les parois.
Le béton a été coulé dans des coffrages en planches ; ses murs et ses sous-faces conservent l’empreinte du veinage du bois, les nœuds sombres et les joints. Face à cette enveloppe massive, l’agence dispose des éléments plus légers, à l’échelle humaine : des parquets en chêne, un sol en petites briques de terre cuite près de la fenêtre sur rue, un mur en contreplaqué brut et une bibliothèque toute hauteur regorgeant de milliers d’ouvrages. Un escalier en acier noir s’élève en spirale dans une travée ; ailleurs, des marches en porte-à-faux longent le mur de livres. Des ampoules nues suspendues à des câbles torsadés pendent à hauteur de lecture, tandis qu’une dalle de pierre brute repose près de la baie vitrée, telle un seuil.
Aucun niveau ne se suffit à lui-même. Trop exigus pour constituer des pièces à part entière, ils ne prennent tout leur sens que par leur relation avec les étages supérieurs et inférieurs, se transformant tour à tour en siège, table, étagère, estrade de couchage ou plafond pour le niveau du dessous. Un bureau longe une tablette en contreplaqué, un lit repose sur une plateforme surélevée sous une fenêtre occupant toute la largeur, tandis que la cuisine et la salle de bains se nichent dans les recoins les plus profonds et les plus abrités. Côté rue, les ouvertures s’élargissent et le plancher s’élève vers la baie vitrée ; l’intérieur s’ouvre sur la voie publique à la manière d’un jardin ou d’un balcon, si l’espace l’avait permis.
Ce jeu de décalages crée une impression d’espace bien plus vaste que ne le laisseraient supposer les 60 mètres carrés de surface. Éléments proches et lointains cohabitent dans un même champ de vision, tantôt séparés, tantôt se répétant au fil de la coupe.







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