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Combien d’éléments faut il vraiment pour tenir une fleur debout ? Un vase courant propose une panse, une ouverture, une base, un volume qu’on remplit sans jamais le regarder. Jisan Chung a préféré compter, réduire. Sa réponse tient en deux choses : de l’eau, et quelque chose qui empêche la tige de tomber. Le résultat s’appelle Fountain, un concept minimaliste entre soliflore et installation.

Qui est Jisan Chung, le designer derrière Fountain ?

Jisan Chung est designer industriel, basé à Séoul, où il dirige le studio jido. Son parcours explique une bonne part de l’objet. Licence en génie mécanique à l’université Hongik, puis master en design produit à l’ECAL de Lausanne. Entre les deux et après, des passages chez Hanssem, chez Swift Creatives à Aarhus, chez forpeople à Londres. Un ingénieur qui a appris à raconter des histoires produit rarement des objets bavards.

Un ingénieur mécanique, un vase, et rien autour : Fountain par le studio jido

L’ECAL a formé ces dernières années toute une génération attachée à la forme juste plutôt qu’à la forme remarquable. On retrouve cette économie de moyens chez Lorenz Noelle et sa table Pyramid, qui cherche lui aussi la réduction à l’essentiel. Chung semble venir de la même école de pensée, au sens propre comme au figuré.

Fountain a été montré en 2024 à Séoul, dans l’exposition Greenhouse Effect du collectif OBI, au sous sol de l’espace BKID à Yeonhui dong. Sept designers coréens diplômés de l’ECAL, un seul sujet imposé à tous : le vase. Le nom du collectif vient d’une quincaillerie suisse de Renens où la bande allait acheter matière et outils pendant les études. Voilà pour la part sentimentale du dossier.

De quelle matière est fait Fountain et comment est il produit ?

Aluminium coulé, obtenu par moulage au sable. Le métal n’est ici ni plié ni découpé : il est versé, il s’écoule, il épouse le moule. Le procédé laisse une peau légèrement grainée, mate, qui absorbe la lumière au lieu de la renvoyer. C’est une technique que le blog a croisée récemment avec le projet Standard d’Edwin Mignelli, où des chutes de polystyrène servaient de modèles perdus. Même famille technique, intentions très différentes.

L’aluminium traverse d’ailleurs beaucoup de projets récents, chacun avec sa grammaire propre. La tôle pliée et emboîtée de la table ALU CC de Tobias Hirt, le sertissage industriel détourné par Lila Guédin dans Échelle 1. Ici, la coulée impose sa loi : une masse pleine, une densité assumée, un objet qu’on ne déplace pas d’un doigt distrait. Core77 le note avec humour, ce n’est probablement pas le vase qu’on emporte de pièce en pièce.

Un vase sans panse, est ce encore un vase ?

La forme se lit en deux temps. Une masse posée, compacte, qui fait socle et réservoir. Et une verticale qui vient prendre la tige, la maintenir droite, la laisser exister seule. L’eau reste visible dans sa coupelle. La fleur ne plonge pas dans un volume opaque, elle se tient à côté de son eau. D’où le nom : la silhouette évoque une fontaine, ce point où l’eau et la verticale se rencontrent sans se cacher.

Chung dit chercher le calme du vide plutôt que la performance de la forme. C’est une position, pas une démonstration. On peut y voir une parenté avec le soliflore japonais, où la fleur unique compte plus que le contenant. On peut aussi y voir un objet qui se regarde beaucoup lui même. Les deux lectures tiennent debout, comme la tige.

Il faut noter que la question du vase revient souvent chez les designers coréens en ce moment, avec des réponses matérielles très éloignées. Petal Vase du studio Rebloom part des fleurs invendues broyées et mélangées au hanji. Fountain part d’un métal fondu à 660 degrés. Deux façons de répondre à la même consigne, et c’est précisément ce qui rend l’exercice intéressant.

Un ingénieur mécanique, un vase, et rien autour : Fountain par le studio jido Un ingénieur mécanique, un vase, et rien autour : Fountain par le studio jido

Que retenir du projet ?

Une méthode, surtout. Prendre une typologie que tout le monde croit épuisée, lister ses fonctions réelles, supprimer tout ce qui relève de l’habitude. Le vase contient de l’eau et tient une tige. Le reste est convention. Cette démarche de relecture d’un usage domestique se retrouve chez d’autres designers coréens, comme Junwoo Lim et son chausse pied Have a Good Fish, qui part d’un geste banal pour en faire un objet lisible.

Un ingénieur mécanique, un vase, et rien autour : Fountain par le studio jido Un ingénieur mécanique, un vase, et rien autour : Fountain par le studio jido

Plus d’informations sur le designer : Jisan Chung et son studio jido, à suivre également sur Instagram.

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