Studio Felice fait pousser le mobilier : MODYL, quand le champignon devient étagère et lumière
Peut-on faire pousser une étagère comme on cultive un champignon ? La question paraît étrange, et pourtant elle est au cœur de MODYL, un projet du Studio Felice (Antonia Moser) qui travaille le mycélium non pas comme un atout simplement écologique, mais comme une vraie matière de projet. Elle souhaite d’abord comprendre le matériau : comment il grandit, comment on le transforme, ce qu’il donne selon le substrat et la méthode de production.
On avait déjà abordé la question du ou des champignons, à travers le luminaire, interessant de voir un traitement ici légèrement différent…

Le mycélium, un matériau qui pousse plutôt qu’il ne se fabrique ?
Le mycélium fongique est le fin réseau de filaments d’un champignon. Il se développe à travers des déchets organiques et les agglomère en une matière solide, sans liant synthétique. Autrement dit, il colle tout seul. Au fil des essais, le studio a produit de nombreux échantillons qui varient par la couleur, la densité, la surface et la structure. Chaque échantillon possède son caractère, et cette diversité devient un élément du design plutôt qu’un défaut à corriger. Les fibres apparentes et la douceur des surfaces donnent à l’intérieur une matérialité nouvelle, plus sensorielle que technique.
Cette manière de considérer le vivant comme matière première n’est pas isolée. On la retrouve dans la lampe B-Wise, cultivée elle aussi en mycélium de champignon, ou dans le casque MyHelmet du Studio MOM, qui associe mycélium et chanvre. Un même terrain d’expérimentation, des objets très différents.
Comment le bois et le mycélium se partagent-ils le travail ?
MODYL prend la forme d’un système d’étagères modulaires. La structure porteuse est en bois massif, les panneaux, eux, sont en mycélium pressé. Après pressage, la structure poreuse du panneau reste intacte, ce qui le rend intéressant pour l’absorption acoustique et vous savez comme ce sujet m’intéresse… Le bois est la structure, le mycélium joue le rôle de correcteur sonore et se remplace si nécessaire. Chaque matériau reste dans ses limites, sans qu’on lui demande ce qu’il ne sait pas faire.

Ce dialogue entre une matière structurelle et une matière poreuse rappelle d’autres pistes vues sur le blog, comme les panneaux acoustiques démontables de Soundbounce ou les cloisons issues de déchets de bois d’Aectual. La question de l’acoustique et celle du réemploi se croisent souvent.
Un luminaire peut-il vraiment filtrer la lumière avec du champignon ?
La grille du système d’étagères sert aussi de base à une série de luminaires. Des éléments plus petits en sont extraits et deviennent appliques, lampes de table et lampadaires. Ici le mycélium travaille comme diffuseur. Il tamise la lumière et laisse voir sa structure fibreuse, propre à chaque pièce. La matière qui portait le son se met à filtrer la lumière, sans changer de nature.

Que devient MODYL une fois usé ?
Le montage ne repose ni sur des vis ni sur de la colle permanente, mais sur des joints emboîtables. On assemble, on démonte, on reconfigure. Un élément abîmé se remplace seul, sans jeter le reste. En fin de vie, le bois et le mycélium se séparent en flux de matières propres : le bois se répare, se réutilise ou se recycle, le mycélium retourne au cycle biologique. Cette logique circulaire rejoint des recherches déjà croisées ici, comme le carrelage biodégradable en mycélium.
Chez MODYL, la durabilité n’est pas une option ajoutée à la fin. Elle guide le choix des matériaux, la construction et la forme. Le champignon, longtemps cantonné à l’assiette, se révèle un partenaire de mobilier assez sérieux.
En savoir plus sur le projet : Studio Felice
Découvrir l’article original sur le site de Blog Esprit Design
