Interlude, siège en pierre conçu pour durer un millénaire
Nebbia a sculpté Interlude, un siège en pierre composé de cinq éléments situé sur les rives du lac Wakatipu, en Nouvelle-Zélande, conçu pour perdurer mille ans de plus que toute conversation qui s’y tiendra.
Commandée en tant que quatrième œuvre du programme néo-zélandais Paererewā — une initiative nationale visant à installer 1 000 sièges publics conçus pour durer un millénaire —, cette pièce occupe un site en bord de falaise dans le Jardine Park, à Queenstown.
Elle transforme une consigne axée sur la pérennité en un objet dont la véritable raison d’être perdure aussi longtemps que deux personnes choisissent de s’y asseoir pour discuter. Le format « tête-à-tête » dicte la structure de l’œuvre. Nebbia s’inspire du siège de conversation classique pour le réinterpréter en pierre bleue de l’île du Sud : deux blocs de pierre en miroir, chacun doté d’une assise sculptée et de marches d’accès, se font face de part et d’autre d’une ouverture circulaire traversant la masse rocheuse. Cette ouverture joue un double rôle : elle relie visuellement les deux personnes avant même qu’elles n’aient gravi les marches pour s’asseoir, tout en cadrant le lac Wakatipu et la chaîne de montagnes des Remarkables en arrière-plan, offrant ainsi une vue déjà composée.
L’accès aux sièges fait partie intégrante du design. L’ascension vers ces positions surélevées est un geste délibéré ; Nebbia a intégré une forme de rituel à ce qui aurait pu n’être qu’une simple assise : la montée ralentit le rythme avant même que le moindre mot ne soit prononcé. Si la photogrammétrie a déterminé la forme de la découpe, c’est un tailleur de pierre local qui a façonné la matière.
Des modèles 3D ont guidé chaque positionnement dans ce processus de fabrication numérique, tandis que le tailleur de pierre a réalisé une grande partie du travail à la main, marquant la roche à la craie et en observant le grain avant de diriger la fraiseuse ; précision technologique et savoir-faire artisanal coexistent ainsi sans que l’un n’efface l’autre.
Pour le studio lui-même, l’intention est claire. Plutôt qu’un monument à contempler, Interlude est un lieu pour habiter, converser, se reposer et réfléchir. La pierre brute et la pierre travaillée se côtoient au sein de l’œuvre. La surface rocheuse naturelle contraste avec la finition adoucie des sections usinées, tandis que des coupes intermédiaires créent une troisième texture, à mi-chemin entre intervention humaine et origine naturelle ; les traces de fabrication restent visibles en surface au lieu d’être effacées par le polissage.
L’évolution naturelle de la matière sous l’effet du temps est inscrite dans le projet. Il est prévu que les arêtes vives et les surfaces polies s’adoucissent, que les marches se creusent légèrement sous les pas et que la pierre absorbe les marques du climat et du toucher au fil des millénaires, au point que son processus de fabrication initial pourrait finir par s’estomper.
Conçu pour durer mille ans, ce siège s’inscrit dans une temporalité qu’aucun de ceux qui le commandent, le construisent ou s’y assoient ne pourra jamais vérifier ; ainsi, le véritable test pour Interlude ne réside pas dans la résistance de la pierre, mais dans la question de savoir si, dans quatre cents ans, quelqu’un aura encore envie de gravir ces marches pour discuter avec un inconnu.
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