Source Journal du Design :

En 1985, le Ken Club faisait entrer dans Paris une nouvelle manière de vivre le sport. Quarante ans plus tard, l’adresse emblématique de la famille Benzaquen revient transformée, après quatre années de travaux. À l’origine de cette métamorphose, une ambition : retrouver l’insouciance et l’énergie créative des années 1980 sans jamais se contenter d’en reproduire le décor.

Sous la direction d’Arthur Benzaquen, le projet confie à Rodolphe Parente et Marion Mailaender la réinvention d’un lieu chargé d’histoire. Une architecture de contrastes, de couleurs franches et de références détournées, où le patrimoine affectif du Ken Club rencontre une écriture résolument contemporaine.

Ici, le passé n’est pas un musée. Il devient une matière première.

Le Ken Club originel était déjà un objet architectural singulier. Ni simple salle de sport, ni club mondain traditionnel, il inventait un lieu hybride où l’on pouvait s’entraîner, converser et s’attarder. Son identité reposait autant sur l’énergie collective que sur une esthétique reconnaissable : des couleurs acidulées, une culture du mouvement et une certaine décontraction à la française.

Pour sa réouverture, Arthur Benzaquen ne cherche pas à reconstituer cette époque à l’identique. Il souhaite en retrouver l’esprit : la liberté, l’humour, la joie et cette capacité à transformer les espaces ordinaires en lieux désirables.

Le projet s’inscrit ainsi dans une démarche de réinterprétation. Les années 1980 ne sont pas traitées comme un style figé, mais comme un langage capable de dialoguer avec les usages et les matériaux d’aujourd’hui.

Le Ken Club version 2026 cultive un anachronisme volontaire : un lieu qui semble venir d’un autre temps, mais dont chaque détail appartient au présent.








Le Ken Club est décrit comme un « paquebot classieux et acidulé ». Une image qui résume bien la volonté des architectes : créer un univers autonome, presque théâtral, qui se détache de son environnement tout en dialoguant avec lui.

Face à la tour Eiffel, l’adresse revendique une présence architecturale singulière. Les espaces sont pensés comme une succession de sensations, où la lumière, les matières et les volumes participent à une mise en scène globale.

L’intervention de Denis Valode vient renforcer cette dimension spatiale. En dessinant des verrières conçues comme des fenêtres sur le ciel, l’architecte ouvre le bâtiment à la lumière naturelle et introduit une nouvelle relation avec l’extérieur.

Ce travail sur la lumière est essentiel dans un projet où les contrastes structurent l’identité du lieu. L’ombre et la clarté, les surfaces mates et réfléchissantes, les volumes enveloppants et les ouvertures se répondent pour produire une architecture en mouvement.

Le Ken Club ne se découvre donc pas d’un seul regard. Il se parcourt. Chaque espace propose un changement d’atmosphère, un nouveau cadrage, une variation chromatique. L’une des forces du projet réside dans sa manière de réhabiliter des matériaux et des codes décoratifs associés à la culture populaire des années 1980.

Au sein du club, le crépi et le lino, matières autrefois considérées comme ordinaires, sont réinterprétés dans une palette rose Malabar. Loin de chercher à dissimuler leur caractère familier, le projet les transforme en éléments de composition. En contrepoint, la menuiserie affiche une précision millimétrée. Les miroirs et l’inox se déclinent en surfaces perforées, ondulées ou brossées, tandis que les équipements noirs viennent ancrer les espaces.

Cette confrontation entre le ludique et le sophistiqué est au cœur du langage décoratif du Ken Club. Le populaire devient précieux, sans perdre son irrévérence. À la réception, le comptoir habillé de bubble constitue un clin d’œil direct à l’esthétique des eighties. Ailleurs, le grand escalier de béton apporte une présence plus minérale, presque sculpturale.

L’ensemble ne cherche pas l’harmonie conventionnelle. Il préfère les frottements, les surprises et les associations inattendues.

La transformation du Ken Club s’étend jusqu’à la table avec l’ouverture de Dagim, un restaurant imaginé autour de la cuisine d’Assaf Granit et de la direction artistique de Tomer Lanzman.












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