Source Journal du Design :

Depuis sa création, Atelier HA défend une approche libre de l’architecture intérieure. Fondé par Hugo Vince et Adèle Nourry à la sortie de l’École Camondo, le studio revendique une pratique qui refuse de se laisser enfermer dans un style unique. Leur vocabulaire passe volontiers par la couleur, le mobilier, l’humour et le détournement, avec une attention particulière portée à la singularité de chaque lieu.

Dans l’ouest parisien, Atelier HA signe une maison où architecture, design vintage et références pop composent un décor aussi spectaculaire que chaleureux. Une ancienne enveloppe industrielle devenue terrain de jeu pour Hugo Vince et Adèle Nourry, qui y déploient leur goût assumé pour la couleur, la matière et les objets qui racontent des histoires.

Il faut parfois partir d’un lieu qui n’a rien d’évident pour faire naître une maison singulière. À Saint-Cloud, un ancien garage de 300 m² aux volumes hors normes devient ainsi, sous le crayon d’Atelier HA, un intérieur domestique à la personnalité presque cinématographique. Avec ses hauteurs sous plafond dépassant les sept mètres, l’espace possédait davantage les proportions d’un lieu industriel que celles d’une maison familiale. Plutôt que de chercher à effacer cette monumentalité, Hugo Vince et Adèle Nourry ont choisi de l’apprivoiser.

Pour casser la sensation de monumentalité, Atelier HA introduit une mezzanine qui vient redessiner les proportions de la maison. Au-dessus de la cuisine, elle accueille un bureau conçu comme une véritable cabine de contrôle. Dans le séjour, un papier peint texturé à l’aspect lin enveloppe la partie basse des murs.

L’architecture devient ainsi un outil de mise en scène. Les volumes ne sont pas simplement subdivisés : ils sont scénographiés. C’est précisément dans cette manière de jouer avec l’échelle que le projet révèle l’une des signatures d’Atelier HA : une architecture intérieure qui ne sépare jamais véritablement le fonctionnel du sensible.







Le projet puise dans plusieurs imaginaires, du glamour d’un speakeasy new-yorkais des années 1960 à l’énergie décadente des clubs des années 1970, tout en convoquant un vocabulaire plus futuriste.

Au cœur de cette composition, le rouge terre cuite joue le rôle de fil conducteur. Déjà présent dans la précédente maison de la cliente, il devient ici une véritable signature chromatique. Bureau, chambre et espaces plus intimes s’en emparent, tandis que le reste de la maison accueille une palette plus éclectique : argent, violet, noir, surfaces miroir et couleurs saturées se répondent sans jamais chercher à se fondre dans une neutralité consensuelle.

Car l’une des réussites du projet réside précisément dans cette tension entre monumentalité et confort. À l’immensité originelle du garage répond une accumulation d’éléments tactiles et familiers : tapis, textiles, mobilier vintage, œuvres d’art et objets singuliers viennent progressivement domestiquer le volume.

Dans la cuisine, Atelier HA pousse encore plus loin le jeu avec les références futuristes. Le mobilier, dessiné sur mesure par le studio, est recouvert de feuilles d’argent par l’artisan Antonin Lamoot. Le plan de travail en granit rouge Hollywood vient alors apporter une chaleur presque minérale à cet ensemble spectaculaire.

La table, également dessinée spécialement pour le projet, est surmontée d’un plateau en granit Black Tempest et entourée de fauteuils Kappa des années 1970, dessinés par Ion Alin Gheorghiu. Au-dessus, la suspension Column de Lukas Peet accentue encore la dimension sculpturale de la pièce. Des œuvres de Chidy Wayne complètent la composition.

Le même traitement se retrouve dans le salon avec une cheminée conçue par Atelier HA en collaboration avec Staff Espaces Volumes et Tiplo, puis recouverte elle aussi de feuilles d’argent. À ses côtés, un canapé modulaire Confidential d’Alberto Rosselli pour Saporiti dialogue avec des pièces vintage de Marco Fantoni pour Tecno et Mauro Lipparini pour Saporiti.

Loin de constituer une simple collection de pièces remarquables, ce mobilier participe à la narration architecturale. Les années 1960, 1970 et 1990 se croisent, les surfaces brillantes répondent aux matières plus sourdes, tandis que les formes organiques viennent contrebalancer la rigueur du volume initial.













Chez Atelier HA, le mobilier semble toujours avoir une histoire à raconter. Dans cette maison, les pièces anciennes occupent ainsi une place essentielle.

Dans le salon, un imposant canapé Saporiti fait face à des tables basses vintage. Plus loin, une chaise Sandra d’Annie Hiéronimus pour Ligne Roset prend place dans un espace plus feutré, tandis que certains luminaires ont été dénichés aux Puces de Saint-Ouen.

Cette coexistence entre créations contemporaines, mobilier vintage et œuvres d’art évite au décor de devenir démonstratif. Chaque objet semble avoir été choisi pour sa présence autant que pour sa provenance.

Même les éléments les plus inattendus trouvent leur place dans cette logique. Une sculpture en céramique monumentale représentant un rouge à lèvres, signée par l’artiste Eri Maeda, devient ainsi l’un des objets-fétiches du salon.

Dans un espace plus intime, la moquette Ege Carpets se prolonge du sol aux murs afin de renforcer la sensation d’enveloppement. Le geste est radical, mais son intention est simple : faire oublier la rudesse originelle du lieu et créer des refuges à l’intérieur du grand volume.

L’ancien garage devient une maison, mais aussi une sorte de décor habitable : un lieu où le design peut être spectaculaire sans sacrifier l’usage, où le vintage côtoie le sur-mesure, où la couleur n’est jamais simplement décorative et où les références culturelles deviennent une matière architecturale à part entière.

Au fond, c’est peut-être là que réside la réussite de ce projet : dans sa capacité à prendre le parti de la personnalité plutôt que celui de la retenue.









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