Source Journal du Design :

Dans une rue ensoleillée et bordée d’arbres du quartier berlinois de Prenzlauer Berg, des noren (暖簾), ces rideaux fendus traditionnels japonais, de couleur prune flottent doucement au gré de la brise. Ils marquent l’entrée de Kissabō, un bar à thé de 16 places que ses propriétaires, Marcin et Gosia Chelkowski, décrivent comme un lieu propice à l’attention et à la curiosité.

Il y a deux ans, le couple a quitté Szczecin, en Pologne, pour s’installer à Berlin et concrétiser un projet qui mûrissait en eux depuis longtemps.

Leur premier voyage au Japon remonte à douze ans et, depuis cette expérience marquante, ils y sont retournés presque chaque année. C’est au cours de ces séjours qu’ils ont découvert la culture du thé, sous toutes ses formes. Au Japon, le thé est omniprésent. Mais au début, ils ne le consommaient pas dans une démarche particulière. À mesure qu’ils approfondissaient leur pratique, ils ont commencé à comprendre cette culture et une curiosité est née pour le rituel lui-même et pour la façon dont il se rattache à quelque chose de plus profond.

Ils décrivent leur parcours jusqu’à l’ouverture d’un bar à thé comme une sorte d’osmose : à chaque voyage au Japon, ils rencontraient de plus en plus de personnes liées au monde du thé, agriculteurs, enseignants, artisans, et leur intérêt grandissait.

Un ami du couple qui tient une école de thé à Kyoto a expliqué que, pour lui, prendre le thé c’est comme une visite dans un onsen, une forme de détente. On prend le temps de s’y rendre, et on sait que cela apportera calme et clarté.

Dans Le Livre du Thé, Okakura Kakuzō écrit : « Le thé est plus qu’une idéalisation de la façon de le boire ; c’est une religion, un art de vivre. » Publié en 1906, l’ouvrage fondamental de ce philosophe du thé a initié le public occidental à une conception du thé comme expression de l’esthétique et de la spiritualité japonaises ; une pratique de pleine conscience façonnée par son lien avec le bouddhisme zen et les idéaux taoïstes de simplicité, d’impermanence et de beauté du quotidien.






Au Japon, il existe une culture des kissaten (喫茶店), ces cafés traditionnels où l’on vient pour se détendre, profiter du silence et écouter de la musique.

Fort de cette riche histoire, Marcin souligne que la culture du thé en elle-même peut être très vaste. Elle peut être très décontractée, très simple : elle revêt des aspects particuliers selon les contextes. Il existe de nombreux lieux où l’on hésite à entrer, de peur de manquer de l’expérience requise. Le couple souhaite lever cette barrière liée au savoir et permettre à chacun de partager leur curiosité.

Le résultat est un espace qui puise dans la riche tradition des maisons de thé et des cérémonies, tout en la réinterprétant légèrement.

La tradition du kissaten offre un prisme intéressant : là où la cérémonie du thé formelle exige une préparation minutieuse et une connaissance des rituels, le kissaten demande simplement de s’asseoir et d’être présent. Le nom de Kissabō s’inscrit dans cette lignée. Écrit 喫茶房, il partage ses deux premiers caractères avec kissaten — 喫茶, « boire du thé » — mais remplace 店 (« boutique ») par 房 (« chambre » ou « pièce »).

Un terme plus discret pour un lieu plus calme ; et à Berlin, où les quartiers centraux regorgent de chaînes de cafés servant des milliers de latte à trois euros, c’est une offre d’hospitalité tout à fait unique. Tout comme les règles de Kissabō : voix basses, interdiction de photographier ou de filmer les personnes présentes sans leur consentement, et attente silencieuse à l’extérieur en cas d’affluence.

En visitant Kissabō, on comprend aisément pourquoi le lieu suscite une telle réaction. L’intérieur aux tons terreux, agrémenté d’un comptoir à thé en chêne réalisé sur mesure, d’un espace tatami et de sculptures lumineuses de Noguchi, dégage une atmosphère chaleureuse et singulière.

Tout semble se fondre dans l’ensemble, tout en conservant sa propre identité. Les thés proposés, actuellement du matcha, du gyokuro, du genmaicha et du hōjicha — proviennent du Japon et sont servis aux côtés de cocktails de saison sans alcool et d’une sélection de douceurs japonaises artisanales.











Découvrir l’article original sur le site du Journal du Design