Yann Gandon, l’ébéniste autodidacte qui fait pousser des champignons avec nos chutes
Peut on dessiner un tabouret à partir d’un airbag ? Que devient un parquet de second choix quand personne ne veut le poser au sol ? Et une bâche qui a vu défiler des mannequins peut elle encore servir à quelque chose ?
Le Studio Yann Gandon répond aux trois questions avec un seul objet : le Nexus Stool.

Qui est Yann Gandon ?
On connaît déjà bien le designer sur le blog, français, ébéniste autodidacte, il a installé son studio à Copenhague. Il est venu au mobilier après un parcours dans la vente et la finance. Sa méthode, partir de la matière disponible, souvent un déchet, et chercher l’assemblage le plus simple possible.
Nous avions présenté sa Slide Chair, construite avec des chutes de rails de rideaux en aluminium. Puis le Knot Stool, signé avec Maxime Sauce, où la corde devient structure. En 2024, le studio a aussi suivi un programme d’entrepreneuriat au centre de recyclage de Sydhavn, avec la ville de Copenhague. Le fil conducteur, encore et toujours, le déchet comme point de départ.


D’où vient le Nexus Stool ?
Le tabouret a été développé pour l’exposition Les Métamorphoses de la matière, présentée à la Maison des Canaux pendant la Paris Design Week 2026. Portée par La Fabrique Pointcarré et l’Atelier Athem, cette deuxième édition réunissait 28 projets autour de la boutique de demain. Le cahier des charges: des parquets récupérés et des bâches réemployées. Une suite logique de l’édition 2025, dont nous avions relayé l’appel à projets consacré au parquet.
Mais le Nexus Stool a une préhistoire, il prolonge un premier prototype dont l’assise était un airbag récupéré. Une assise qui a déjà prouvé qu’elle savait amortir un choc.
Quels matériaux composent le tabouret ?
Deux gisements, deux rôles bien distincts. La structure vient de chutes de parquet en frêne Dinesen de second choix. Des lames, sourcées auprès de Genbyg, une plateforme danoise de matériaux de réemploi. Dinesen est une maison danoise connue pour ses grandes lames de bois. Le second choix, lui, finit souvent loin des sols de ses clients.
L’assise est taillée dans une bâche réutilisée, fournie par La Fabrique Pointcarré. Elle a d’abord servi lors de défilés de mode. Elle est cousue selon le patron de l’airbag d’origine, puis garnie de mousse.

On pense à la démarche de Duplex, la jeune marque bruxelloise qui a lancé sa première collection avec 4 000 mètres de chutes de parquet. Ou aux assises de Maximum, habillées de tissus écartés par l’industrie automobile. Décidément, la voiture laisse de bons coussins derrière elle.
Comment le tabouret est il construit ?
Le Nexus Stool se compose de cinq éléments :
- une base octadécagonale, soit 18 faces, réalisée en chutes de parquet de frêne ;
- un fond en bois découpé au laser, assemblé à la base ;
- un couvercle en bois usiné en commande numérique, fixé à la base et équipé d’aimants ;
- une plaque en bois découpée au laser, fixée à l’assise par boulons et inserts filetés, elle aussi aimantée ;
- l’assise en bâche, cousue en forme d’airbag et garnie de mousse.
L’octadécagone, dix huit lames de parquet posées sur chant forment un cylindre presque rond, sans cintrage ni tournage. Le rythme des lames reste fort, comme un fût de colonne cannelée.
Les aimants font le reste, l’assise se pose et se retire sans outil. Elle se démonte entièrement : bâche, mousse et support en bois se séparent. Un vrai argument pour la réparation, le remplacement de la housse ou le tri en fin de vie. On retrouve le goût de Yann Gandon pour les assemblages qui se lisent et se défont.
Quelle forme, quel usage ?
Une base droite, une assise généreuse qui déborde : la silhouette évoque un champignon. Difficile de ne pas penser au pouf Mario d’Alain Gilles pour Greenmood. Avec un nom pareil, le champignon était presque obligatoire.
Sur les visuels, le frêne apparaît teinté noir, comme la bâche. L’ensemble devient monochrome et assez sobre pour se fondre dans un intérieur. Le veinage du frêne reste visible sous la teinte, un peu à la manière des tabourets teintés d’ORYU ELEMENTS.
Le studio présente le Nexus Stool comme un système de mobilier reproductible. Les mises en situation le montrent en série dans une boutique, entre portants et tables de présentation. Un usage cohérent avec le thème de l’exposition. Les prototypes à l’échelle 1:5, imprimés en 3D et habillés de bâche ou de tissu, montrent aussi que l’assise pourrait changer de peau selon les gisements disponibles.
Reste une question que le projet pose sans trancher : un objet issu de chutes peut il devenir une série, alors que le gisement dépend d’un fournisseur ? Duplex en a fait l’expérience. Yann Gandon semble y répondre par la méthode plutôt que par la matière : tant qu’il y aura du parquet déclassé et des bâches en fin de vie, le principe reste valable.
En savoir plus sur le studio : Studio Yann Gandon et @studioyanngandon
The Nexus Stool is a furniture piece by Studio Yann Gandon, a Copenhagen based design and material research studio founded by French self taught designer and woodworker Yann Gandon. Created for the exhibition Les Métamorphoses de la matière during Paris Design Week 2026, organised by La Fabrique Pointcarré and Atelier Athem around reclaimed parquet and tarpaulin, the stool extends an earlier prototype built from a salvaged car airbag. Its structure uses second grade Dinesen ash parquet offcuts sourced from the Danish reuse platform Genbyg, arranged into an 18 sided base. The seat is made from a tarpaulin previously used at fashion shows, sewn to the pattern of the original airbag and filled with foam. The stool has five parts: the ash base, a laser cut wooden bottom, a CNC machined lid, a laser cut seat plate and the upholstered cushion. Magnets hold the seat in place, and every component can be separated for repair or recycling. Measuring 45 cm high and 50 cm wide, the Nexus Stool is designed as a reproducible system for retail and interior spaces, showing how industrial surplus can become serial furniture.
Découvrir l’article original sur le site de Blog Esprit Design
