Line up par Annebet Philips pour Serax : le Bleu de Delft passe au coup de pinceau
Et si une assiette gardait la vitesse d’un croquis ? Que devient le Bleu de Delft quand on lui retire ses moulins, ses bouquets et un peu de sa nostalgie ? Voici ce matin la collection baptisée Line up, la nouvelle collection d’arts de la table pour l’éditeur belge Serax, la designer néerlandaise Annebet Philips propose une vision, en quelques coups de pinceau !

Qui est Annebet Philips ?
Annebet Philips vit et travaille à Amsterdam, diplômée d’un master en ingénierie du design industriel à la TU Delft, elle associe une formation technique à un dessin, au style particulier presque cartoon. Sa méthode tient en une phrase : partir d’un objet archétypal, celui que tout le monde a en tête, et lui ajouter un décalage, une vision nouvelle, un nouvel angle. Son trait de contour, dessiné à la main, lui sert de signature.
On a déjà croisé son travail chez Seletti, Mogg, Tonone ou Tommy Hilfiger, au Salone del Mobile et à la Mint Gallery de Londres.
Que propose la collection Line up pour Serax ?
Line up est la deuxième collaboration entre Annebet et Serax. La première, Carte Blanche, transformait en porcelaine des prototypes de tasses et de théières découpés dans du carton, plis et bords irréguliers compris. Line up part un peu plus loins encore : un croquis rapide sur papier, un contour tracé sans y revenir.
La designer a choisi de ne pas le lisser. L’idée est que ce premier geste survive au passage du dessin à la céramique.
La collection réunit des pièces de service : assiettes, plats ovales, bols, assiette de présentation et une assiette de service en forme de planche, avec sa poignée percée. Certains plats ovales portent deux anses, d’autres des bords festonnés, comme dessinés au feutre un jour d’inspiration.
Quelle matière et quelle forme pour ces plats ?
Les pièces sont en céramique à fond blanc, leur particularité tient à leur volume, ou plutôt à sa discrétion. Plats et coupes sont à peine en trois dimensions, comme s’ils hésitaient entre la feuille de papier et la table. Les ovales ne sont pas tout à fait ovales, les cercles non plus, les bords ondulent. On joue avec les codes, les visions, tout en reprenant les codes de certains grandes maisons, le bleu, le blanc, rien de plus.
Un épais trait bleu souligne chaque contour, comme la trace d’un large pinceau passé en un seul geste, on y lit la texture du poil et les zones où la couleur s’épuise. Sur certaines pièces, des points, des virgules et des pétales simplifiés reprennent le vocabulaire des motifs décoratifs, réduits à l’essentiel, presque au croquis préparatoire.
Annebet évoque même : « Ce qui m’intéresse, c’est de capter la vitesse du croquis »
D’où vient ce bleu ?
Ce bleu vif est une relecture du Bleu de Delft, pour rappel : la faïence de Delft se développe au XVIIe siècle, quand les ateliers néerlandais cherchent à imiter la porcelaine chinoise bleue et blanche rapportée par la Compagnie des Indes orientales. Une copie devenue patrimoine, puis parfois souvenir de boutique d’aéroport. Vermeer, qui peignait dans la même ville, aimait aussi ce bleu : sa Laitière en porte un tablier.
Line up garde la couleur et laisse le reste, pas de moulins, pas de tulipes, pas de scènes de port ou de mer.
Sur BED, d’autres designers néerlandais ont joué avec le cobalt, comme Maarten Kolk et Guus Kusters qui calaient leur production de porcelaine sur les marées de la mer du Nord, à retrouver dans notre article Objets temps. Le bleu cobalt habillait aussi la collection Rivoli, inspirée des carreaux du métro parisien, dans Déjà vu, fragments de Paris à emporter.
Pourquoi parler de mise en scène ?
Annebet Philips s’intéresse depuis longtemps à la scénographie et aux accessoires de théâtre, ces objets qui servent autant à planter un décor qu’à être utilisés. Line up suit cette logique, les pièces se superposent, se combinent, se posent sur une table ou sur une étagère. Un plat ovale sert les légumes le soir et reste en décor le lendemain.

La vaisselle qui raconte quelque chose a souvent eu sa place sur BED. Livia Marin cassait et reconstituait la porcelaine traditionnelle dans La porcelaine n’est plus has been. Seletti coupait bols et tasses en deux avec la collection Hybrid, une marque avec laquelle Annebet Philips a d’ailleurs travaillé. Hans Tan faisait apparaître des pois sur de la porcelaine asiatique avec Spotted. Plus récemment, Michele Venisti intégrait la bonne portion de pâtes dans une assiette en céramique, et Pauline Androlus ajoutait des repères tactiles à ses plats avec la collection TACT. Serax était aussi présent au dernier Maison&Objet Pulse, côté luminaires cette fois.
La suite à suivre et retrouver sur le compte de la créatrice et de la marque.
Plus d’informations : Serax et Annebet Philips sur Instagram
Line up is a serveware collection designed by Amsterdam based designer Annebet Philips for the Belgian brand Serax. It is her second project with Serax, following Carte Blanche, a porcelain coffee and tea set derived from cardboard prototypes. Line up starts instead from a quick paper sketch that Philips chose not to refine. The pieces are white ceramic plates, oval platters, bowls and a board shaped serving plate, with irregular outlines and a barely three dimensional profile. Each contour is traced by a thick, vivid blue brushstroke, sometimes completed by simplified dots and petals. The blue is a contemporary reading of Delft Blue, the Dutch ceramic tradition born in the seventeenth century as an imitation of Chinese blue and white porcelain, here stripped of its ornament and nostalgia. Philips, a TU Delft industrial design engineering graduate who has worked with Seletti, Mogg, Tonone and Tommy Hilfiger, draws on stage design: the pieces are meant to be stacked, combined and displayed. Prices range from 35 to 130 euros. The collection sits within a wider interest in narrative tableware covered by Blog Esprit Design, from Livia Marin to Seletti Hybrid.
Découvrir l’article original sur le site de Blog Esprit Design
