Woodlabo, le bois en orbite
Près de Bordeaux, Woodlabo imagine des luminaires en bois où la rigueur du design rencontre la poésie du cosmos. Derrière chaque pièce, une même intuition : dans un univers presque entièrement minéral, le bois est une exception. Une matière vivante, organique, précieuse, dont il faut prendre soin.
Il y a quelque chose de paradoxal dans les luminaires de Woodlabo. Ils semblent venir de très loin, d’une planète inconnue, d’une station orbitale, d’un astre en suspension, et pourtant ils sont faits de la matière la plus terrestre qui soit : le bois.
Dans l’atelier bordelais, cette tension entre le céleste et le sensible est devenue une véritable signature. Les formes sont nettes, les lignes essentielles, les volumes presque silencieux. La lumière, elle, se diffuse avec douceur et transforme le bois en une présence architecturale. Rien de spectaculaire au sens littéral du terme : tout est affaire de proportion, de matière et d’atmosphère.
Woodlabo est né en Finlande en 2010 avant de s’installer à Bordeaux en 2012. Dès ses débuts, le studio s’est construit autour d’une certaine idée du design : simplicité des formes, rapport à la nature, exigence du savoir-faire et goût pour une innovation qui reste maîtrisée.
Aujourd’hui, Woodlabo fonctionne comme un véritable studio-atelier, de la conception au prototypage jusqu’à la fabrication.
À l’origine du projet, Gaël Wuithier. Formé très jeune à la menuiserie, il a parcouru pendant plus de dix ans les univers des monuments historiques, de la construction navale et des maisons de caractère avant de poser ses outils en Finlande. De cette expérience de la matière naîtra Woodlabo, puis une rencontre décisive avec le designer industriel Benoît Beaupuy, qui apporte notamment son expertise à la conception technique et électrique des luminaires.
Mais c’est un souvenir familial qui va donner au studio une nouvelle direction. En 2014, après la disparition de sa grand-mère, Gaël Wuithier retrouve chez elle des numéros de Science & Vie datant des années 60. Les images de l’espace réveillent une fascination ancienne. Quelques années plus tard apparaissent Apollo et Eagle, deux luminaires inspirés de la conquête spatiale. Le ciel devient alors un territoire de création.
Moon, Solar, Sun, Meteor, Comet, Polarstar, Saturn, Apollo, Eagle, Big Bang : les noms eux-mêmes dessinent une cartographie imaginaire. Dix luminaires composent aujourd’hui cette collection, comme autant de fragments d’un système solaire domestique.
Pourtant, chez Woodlabo, la référence à l’espace n’est jamais littérale. Il ne s’agit pas de reproduire des planètes ou des fusées, mais de traduire une sensation : celle de l’immensité, du silence, du mouvement et de ces formes mystérieuses qui semblent obéir à une intelligence qui nous dépasse.
Les luminaires deviennent ainsi des objets presque sculpturaux. Éteints, ils occupent l’espace comme des pièces de mobilier ou des œuvres discrètes. Allumés, ils changent de nature. Le bois laisse passer, filtre ou accompagne la lumière et crée autour de lui une présence douce, presque contemplative.
« Dans l’immensité d’un univers presque entièrement minéral, le bois est une exception absolue. »
Explique Gaël Wuithier
Une matière qui pousse, respire et vieillit. Une matière organique au milieu d’un monde essentiellement minéral. Cette idée donne au travail de l’atelier une dimension presque philosophique. Le bois n’est pas considéré comme une évidence, mais comme une ressource rare qu’il faut regarder avec attention. Woodlabo privilégie ainsi des essences issues de forêts gérées durablement et cherche à concevoir ses objets de manière à limiter le gaspillage de matière.
Derrière l’apparente simplicité des luminaires, il y a une somme de gestes, de recherches et de mises au point. Woodlabo et ses partenaires revendique une maîtrise de l’ensemble de la chaîne de création : développement produit, direction artistique, prototypage et fabrication en série.
Cette culture de l’atelier cohabite avec les outils contemporains. Certains éléments sont notamment façonnés numériquement, tandis que la conception technique et électrique est développée avec Benoît Beaupuy. Le résultat est un design qui ne cherche jamais à opposer artisanat et technologie, mais à les faire dialoguer.
C’est sans doute là que réside l’une des particularités de Woodlabo : faire naître des objets suffisamment précis pour appartenir au monde du design, mais suffisamment sensibles pour conserver quelque chose de la matière dont ils sont faits.
Vidéo ci-dessous réalisée par David Bross.
Découvrir l’article original sur le site du Journal du Design




















