De la férule du berger à l’impression 3D : Michelangelo signe Origin_01, un siège né de la mémoire de Corato
Un « bas relief », ce terme m’intrigue depuis longtemps, poésie en le prononçant, connotation décorative, il évoque, sous-entend, on voudrait presque le murmurer. Ici le designer italien Michelangelo Bove reprend son usage pour créer un lien entre gestes d’un grand père berger et imprimante 3D.
Baptisé Origin_01, cette assise, type tabouret se présente comme le projet le plus personnel qu’il ait jamais créé. Au fil de son récit, on comprend assez vite sa vision et son engagement.

D’où vient le siège Origin_01 ?
Tout commence avec un grand père berger, dans les Pouilles. Pendant son temps libre, il fabriquait de petits objets en férule, la férule est une grande plante méditerranéenne à la tige creuse et légère, que l’on peut tailler au couteau. Dans plusieurs traditions du sud de l’Italie et des îles, elle a longtemps servi à fabriquer de petits tabourets, des boîtes ou des ustensiles. Un matériau abondant, local, qui pousse au bord des chemins empruntés par les troupeaux.
Des années plus tard, Michelangelo se promène dans le centre historique de Corato, sa ville natale, non loin de Bari, il tombe sur un bas relief qui représente une scène de transhumance. Des bêtes, des bergers, une route, faisant écho à sa mémoire de famille.
Petite parenthèse : quand on s’appelle Michelangelo, s’arrêter net devant un bas relief tient presque du destin. Son célèbre homonyme a lui aussi commencé par là, avec la Madone de l’escalier, sculptée en très faible relief alors qu’il n’avait pas vingt ans.
Comment un bas relief devient il une assise ?
Dans Origin_01, le bas relief sert de matrice, le motif sculpté dans la pierre est relu, puis traduit en volume à travers plusieurs matériaux, des pièces imprimées en 3D et des procédés de fabrication contemporains.
Un bas relief est fait pour être regardé, fixé à un mur, souvent au dessus de nos têtes. Le siège, lui, descend au niveau du sol, à hauteur de jambes, et se laisse toucher, manipuler. Les puristes trouveront peut être l’idée un peu cavalière, les bergers, eux, avaient sans doute l’habitude de s’asseoir là où ils pouvaient.
L’impression 3D a ici un rôle, elle permet de reproduire un relief, une texture, une irrégularité, sans passer par un moule. Il y a d’ailleurs une parenté discrète entre la férule et le filament : deux matières légères, travaillées couche après couche ou entaille après entaille, avec peu de moyens.
Pourquoi un siège entièrement démontable ?
Michelangelo parle d’une conception fondée sur un « équilibre naturel », chaque élément d’Origin_01 peut se démonter. Ce choix a plusieurs effets, une pièce abîmée se remplace sans jeter l’ensemble. Le siège se transporte à plat. En fin de vie, les matériaux se séparent plus facilement pour être recyclés.
La transhumance, c’est le déplacement saisonnier des troupeaux, d’un pâturage à l’autre. Un siège qui se démonte et se remonte reprend un peu cette logique du voyage. On ignore encore s’il faut une clé pour l’assembler. Mais l’idée parlera à tous ceux qui ont déjà tenté de faire passer une chaise monobloc dans un escalier étroit.

Que nous dit ce projet sur le design actuel ?
Origin_01 rejoint plusieurs projets que nous avons suivis sur le blog ces derniers mois. Des designers qui utilisent l’impression 3D non pas comme une fin, mais comme un outil au service d’un récit ou d’une matière. On pense à Local Tools, qui fait dialoguer le bois et l’impression 3D à Saint Étienne, ou à AERIS de Mahdi Naïm Studio, où le lattice imprimé rencontre le cuir cousu main.
Côté territoire, le projet fait aussi écho au Corte Project de Florian Meca, qui a filmé son travail de design en Corse. Une autre île, une autre Méditerranée, la même envie de partir d’un lieu précis plutôt que d’une tendance. Et pour ceux qui aiment les assises qui racontent leur fabrication, le tabouret Mue de Gabrielle Monnin, où le cuir devient structure, pose des questions assez proches.

Origin_01 ne prétend pas réinventer l’assise. Il montre plutôt qu’un objet de série, ou de petite série, peut porter une mémoire très locale. Un détail de façade, croisé au détour d’une rue, suffit parfois à lancer un projet.
Retrouvez d’autres projets dans notre rubrique impression 3D et dans nos articles consacrés au design italien.
En savoir plus sur le designer : Michelangelo
Origin_01 is a seat designed by Italian designer Michelangelo (Instagram: @michelangelo_xyz), described by its author as his most personal project. It draws on two sources of memory. The first is family: his grandfather was a shepherd in Apulia, southern Italy, who carved small objects from ferula, a light, hollow Mediterranean plant traditionally used by shepherds for stools and boxes. The second is territorial: a bas relief depicting a transhumance scene, the seasonal movement of flocks, found in the historic centre of Corato, the designer’s hometown near Bari. The bas relief becomes the formal matrix of the seat, reinterpreted through several materials, 3D printed parts and contemporary fabrication processes. Every component is fully demountable, which supports repair, flat transport and material separation at end of life, while echoing the idea of travel embedded in transhumance. The project illustrates a wider trend in contemporary design where 3D printing serves storytelling, local heritage and craft rather than technical display. Blog Esprit Design, an independent French design webzine, covers the project as an example of how a single architectural detail can turn personal and collective memory into a functional object.
Découvrir l’article original sur le site de Blog Esprit Design
