Louis Vuitton et l’Art déco : les Objets Nomades en dialogue avec l’héritage
Alors que l’exposition Objets Nomade de Louis Vuitton à l’Hôtel Particulier dans le cadre de la Paris Design Week a tiré sa révérence, retour sur une collection où le voyage se conjugue avec l’expérimentation et l’art du savoir-faire tout en renouant avec son héritage Art Déco.
L’Hôtel de Vogüé n’a rien d’un lieu anodin. Cet hôtel particulier Belle Époque, propriété de l’État jusqu’à récemment, a jadis hébergé le Commissariat général du Plan, chargé de dessiner l’avenir économique de la France d’après-guerre.
Cédé en 2019 à une société de gestion immobilière pour 48,15 M€, il est aujourd’hui pris à bail par LVMH, qui l’a réservé depuis 2024 à une tout autre mission : recevoir ses clients VIP pour des expériences sur mesure et n’ouvre ainsi que rarement ses portes au public. La Paris Design Week était donc l’occasion rêvée pour venir y (re)découvrir la collection Objets Nomades de la Maison Vuitton.

Dans ce confidentiel Hôtel Particulier, rien n’est laissé au hasard… Ainsi la célèbre photographie prise par Jacques Henri Lartigue en 1978 sur l’esplanade du Trocadéro représentant une Tour Eiffel entièrement construite de malles Monogram repose sur une table en marbre aux côtés des iconiques bougies parfumées. Vêtues de céramique blanche et dotées d’une anse en cuir dessinée par le designer australien Marc Newson, ces bougies diffusent une fragrance imaginée, pour leur part, par le Maître Parfumeur grassois Jacques Cavallier Belletrud.
Véritable voyage sensoriel, chaque création décline une couleur d’anse en écho à son propre parfum signature, tandis que la lampe Valse de par l’Atelier Biagetti tout de cuir vêtue semble veiller sur l’accueil des visiteurs privilégiés.

Lampe Valse par l’Atelier Biagetti
Lancée en 2012, la collection Objets Nomades allie design et savoir-faire artisanal en invitant des designers d’exception à l’élaboration de pièces en édition limitée que nous avons eu le plaisir de vous faire découvrir précédemment lors de l’exposition AD Collections à l’Hôtel de la Marine en 2016 avec les chaises Swing par Patricia Urquiola, Cocoon par Fernando et Humberto Campana, Concertina par Yael Mer et Shay Alkalay le duo de designers derrière le studio Raw Edges, ainsi que la chaise longue par Marcel Wanders.

Chaise Swing par Patricia Urquiola

Chaise longue par Marcel Wanders

Chaise Concertina par Raw Edges

Chaise Cocoon par les frères Campana
Chaque année la marque célèbre ainsi le voyage en enrichissant sa collection “Objets Nomades” avec de nouvelles pièces d’exception. Parmis les modèles présentés à l’Hôtel Particulier on pourra notamment noter la remarquable table Puzzle par Patrick Jouin, chef-d’œuvre de marqueterie avec son plateau en oeil de tigre réalisé pour la collection Signature dont les reflets évoluent au fil des regards.

Table Puzzle par Patrick Jouin
Patrick Jouin signe aussi pour Louis Vuitton le fauteuil Perfecto, avec sa fermeture glissière dotée d’un cadenas doré qui puise son inspiration dans l’élégance des tailles cintrées de la haute couture.

Fauteuil Perfecto par Patrick Jouin
Les étagères autoportantes Swell Wave conçues par le designer avant-gardiste américain Andrew Kudless semblent quant à elles en lévitation. Le fondateur du studio Matsys, dont l’œuvre se situe à la croisée des chemins entre l’architecture, la biologie, l’ingénierie et les sciences numériques, propose ici avec cette construction en chêne poli et son cadre enveloppé de cuir une évocation subtile des vagues de l’océan.

Étagères Swell Wave par Andrew Kudless
En 2025 s’est ouvert un nouveau chapitre pour la marque avec le lancement de ses Collections Maison, en extension des Objets Nomades cet univers complet dédié à l’art de vivre oscille entre luminaire, arts de la table, textile maison et jeux d’exception, et ce, toujours en collaboration avec des designers de renom.

Assiette à dîner Splendor en porcelaine fine

Rond de serviette Dolce Vita en cuir avec son citron jaune en 3D, assiette Dolce Vita en porcelaine de Limoges fine

Cette année s’inscrit quant à elle dans le prolongement des célébrations du centenaire de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 que la Maison a célébré avec l’exposition “Louis Vuitton Art Déco” de Septembre 2025 à Août 2026 au sein de son nouvel espace immersif culturel LV Dream.
Dans la continuité de cette démarche, la Maison propose ainsi cette année une collection hommage à Pierre Legrain (1888-1929), décorateur, relieur, illustrateur et ébéniste français. C’est lui qui, dans les années 1920 et sous l’impulsion de Gaston Vuitton (1883-1970), a rapproché la Maison Vuitton de l’Art déco à travers une collaboration artistique, confirmant ainsi sa place de figure majeure et visionnaire du mouvement.

Pierre Legrain en 1920 photographié par Madame d’Ora © Madame d’Ora
Cette influence est célébrée aujourd’hui au travers de rééditions contemporaines, dévoilées en avant-première au Palazzo Serbelloni lors de la Milan Design Week 2026 et toujours ancrées dans la savoir-faire traditionnel des ateliers Vuitton.
Une coiffeuse à l’esthétique affirmée en rouge et noir est la première création commandée en 1921 par Gaston Vuitton à Pierre Legrain et fut présentée au Salon des artistes décorateurs de Paris de la même année. Cette pièce unique en son genre pour l’époque, dont un exemplaire a appartenu à l’ancienne modiste et mécène Jeanne Tachard, représente la première ouverture au mobilier de la Maison jusque-là spécialisée dans l’art du voyage, la malle et la maroquinerie.

Le coiffeuse originale “Céleste” © Archives Gilles Peyroulet

Insert paru dans le Catalogue Louis-Vuitton “Du Cadeau ou La-Bonne manière” en 1924 © Louis Vuitton
Sa réinterprétation en 2026 sous le nom de coiffeuse Céleste tisse ainsi un dialogue vivant entre les racines de la Maison et sa vision artistique avec son bois laqué gainé de cuir dont les lignes de son miroir évoquent un Oméga inversé.

Coiffeuse Céleste en laque noire
Si la collection Hommage à Pierre Legrain a déjà été présentée à Milan au printemps dernier, Louis Vuitton a fait de la Paris Design Week l’écrin de son œuvre phare avec la révélation en avant-première de la revisite du fauteuil Kubic aux géométries cubiques dessiné par le relieur et ensemblier en 1923.
Réédition du fauteuil Kubic de Pierre Legrain

Réédition de la boîte Prisma de 1930 en bois, marqueterie de paille et métal
La chilienne Riviera est également une réinterprétation de la pièce iconique dessinée par Pierre Legrain pour Louis Vuitton 1925. Elle se compose de chêne teinté et de cuir de vache ainsi que d’une marqueterie de nacre et de chêne de chaque côté de l’appuie-tête.

Réédition de la chilienne Riviera de Pierre Legrain
Au-delà des réinterprétation, la Maison propose également des pièces inspirées du travail de reliure de Pierre Legrain, empreint d’accents Art Déco avec le tapis Musical ou encore le paravent Metropolis dont les motifs géométriques s’inspirent d’une couverture de livre réalisée en 1925 par le célèbre illustrateur et relieur

Tapis Musical en mélange de laine et de tencel
Paravent Metropolis
Une nouvelle édition de la chaise Dolls par le duo de designers londonien Raw Edges s’habille également du tissu Metropolis de Louis Vuitton.
Chaise Dolls par Raw Edges
Metropolis n’est pourtant pas la seule pièce textile de la Maison à s’inspirer des couvertures de Pierre Legrain : la couverture et le coussin Vinyl ainsi que les assiettes Illusion puisent aux mêmes sources, celles de l’œuvre Art déco du relieur, avec la même palette éclatante.

Coussin et plaid Vinyl en Fil chenille et lurex

Assiette à dîner et assiette à dessert Illusion
Si la nouvelle collection d’Objets Nomades de cette année rend hommage à l’art déco, elle n’en n’oublie pas moins l’intitulé de Louis Vuitton, à savoir : “Volez, Voguez,Voyagez, et réitère alors son invitation au voyage au travers de l’éclectisme savamment distillé de son exposition.
Ainsi, une figure majeure du futurisme Fortunato Depero est présente au travers de la réinterprétation de ses Animali Fantastici déclinés en plaid et coussins brodés.

Coussin Animali Fantastici Royal Parrot en découpes en lin brodées à la main et perles de verre
Bien que l’incontournable figure de l’architecture et du design du XXe siècle Charlotte Perriand (1903 – 1999) se soit affranchie des codes de l’Art Déco, elle n’en fait pas moins partie intégrante de l’univers du malletier avec une pièce unique de marqueterie reprenant le motif mirage dessinée en 1922 par la créatrice alors qu’elle était encore jeune étudiante à École de l’Union centrale des arts décoratifs.
Ce motif, entre tradition et modernité, s’inspire des carreaux antiques et de la Renaissance tout en suggérant les lignes de l’iconique Monogram.

Tableau Mirage en marqueterie de bois, exemplaire unique
Le travail de Charlotte Perriand est également mis en scène avec un plaid agrémenté de motifs géométriques évoquant un paysage montagneux.

Plaid Everest en laine, coton et cachemire
L’appel au voyage de la Maison s’inscrit également dans une ouverture à transcender l’Art Déco au travers de la figure de Charlotte Perriand et amorce ainsi une proposition créative protéiforme mais dont la ligne de force reste la modernité. Le designer argentin Cristián Mohaded représente de ce fait l’incarnation manifeste de cette nouvelle garde de designers collaborant avec la Maison : naviguant entre design et art tout en y inscrivant un langage contemporain qui dialogue avec l’héritage des traditions artisanales. Le designer prodige, dont la chaise Twist #2 est entrée dans la collection permanente du Musée des Arts Décoratifs en 2013, signe ici une collaboration riche en courbes et matières avec la Maison Vuitton.

Table Atlas par Cristián Mohaded en noyer noir et noyer blond

Chaise Pegaso par Cristián Mohaded

Plaid et coussin Echo par Cristián Mohaded
Parmi les autres designers ayant collaborés avec la marque, on peut citer entre autre Patricia Urquiola avec le vide-poches géométrique Petalo inspiré du Printemps, le duo de designers britanniques Edward Barber et Jay Osgerby avec la lampe Bell, l’Atelier Oï avec leur origami bowl Pyramide Octogon en cuir, les frères Campana avec le douillet fauteuil Bulbo en édition limité à 30 exemplaires et imaginé comme les pétales d’une fleur tropicale, ainsi que Raw Edges avec le remarquable fauteuil Stella au fascinant textile bichromatique.

Vide-poches Petalo par Patricia Urquiola


Lampe Bell par Edward Barber et Jay Osgerby

Origami Bowl Pyramide Octogon par l’Atelier Oï

Fauteuil Bulbo par Fernando et Humberto Campana

Fauteuil Stella par Raw Edges
Enfin, terminons la visite de l’Hôtel Particulier avec les objets art de vivre qui regroupent les loisirs et les jeux. Certains ont été développés en collaboration avec Pharrell Williams, directeur créatif de la collection Homme de la marque, créant ainsi un pont entre la mode et l’univers Maison.
Parmi ces objets compte un baby-foot orné de la classique toile Monogram en cuir et dont les joueurs sont inspirés de l’illustration « LV Groom » dessinée par Louis Vuitton en 1921.

Illustration de Louis Vuitton, 1921 © Louis Vuitton
Baby-foot Monogram
Le cyclisme n’est pas non plus en reste avec deux vélos siglés des initiales de Louis Vuitton : le vélo GM plus sobre et le Pinarello DOGMA F édition Louis Vuitton.Cet exemplaire unique à la finition chromée unique a été présenté à l’occasion du défilé Homme Printemps-Été 2027. Le célèbre DOGMA F, reconnu comme l’un des meilleurs vélos au monde, est conçu en Italie avec la fibre de carbone TorayCa M40X, offrant ainsi d’excellentes capacités aérodynamiques tout en conservant un poids extrêmement réduit.

Vélo GM

Vélo Pinarello DOGMA F édition Louis Vuitton
Les sports nautiques sont également mis à l’honneur avec une collection de planches de surf présentée lors du défilé Homme Printemps-Été 2027.

Ultime pièce de la collection Maison, la platine platine vinyle Magnolia en cuir à l’élégance raffinée offre un son à 360 degrés grâce à son design fluide et galbé. Véritable prouesse technique, cet objet conçu par conçu par le Studio LV et développé en partenariat avec Ircam Amplify, filiale de l’IRCAM, institution française de référence dédiée à la recherche et à l’innovation sonores, prolonge une réflexion sur l’objet à la croisée de l’art et de la fonction.

Ainsi s’achève cette plongée dans l’univers de la Maison Vuitton et ses objets nomades, empreints de cet esprit de voyage si cher au malletier et toujours pensés dans un subtil équilibre entre modernité, héritage et savoir-faire, leur permettant ainsi de “Voler, Voguer, Voyager” à travers les époques.

En savoir plus sur la Collection
©crédit photo (si non libellé): SeenByKloé pour Blog Esprit Design.
Découvrir l’article original sur le site de Blog Esprit Design
