Vitrail modulaire : Mattéo Vezzani et Lisa Cochonneau assemblent le verre sans plomb grâce au profilé aluminium
Le vitrail doit-il forcément être ancien ? Et si on pouvait l’intégrer à nos intérieurs modernes, l’agrandir comme on ajoute une nouvelle déco ? Et si on pouvait enfin se passer du plomb ?
Le designer industriel Mattéo Vezzani et la vitrailliste Lisa Cochonneau proposent leur projet de vitraux modulaires. Le principe : une paroi de verre que l’on peut dupliquer et additionner, sans limite.
Le vitrail n’est plus une pièce unique et figée, il devient un système qui évolue, s’adapte.

Qui sont Mattéo Vezzani et Lisa Cochonneau ?
Mattéo Vezzani se décrit comme un designer passionné par les procédés de fabrication. Il s’intéresse aux éléments standardisés, à ce qui est « déjà là », et à la manière d’en déplacer l’usage, souvent unique, pour faire naître un autre objet. Une forme de chasse au trésor dans les catalogues techniques, à la indiana ?
Lisa Cochonneau est elle vitrailliste, dans le projet, elle mène la recherche autour du verre et sa mise au point. Les deux partagent une même vision : sortir le vitrail de ses terrains habituels, sans lui retirer ce qui fait son identité.
Le duo designer et vitrailliste n’est pas une première sur ce blog. On se souvient de la suspension Photochrome de Jean Couvreur, née du travail de la vitrailliste Marilia Schetrite, où les plaques de verre coloré se plient sous l’effet de la chaleur.
D’où vient l’idée d’un vitrail en profilé aluminium ?
L’idée vient d’une expérience professionnelle de Mattéo Vezzani dans la menuiserie aluminium, il y découvre l’univers du profilé, ses systèmes d’assemblage et les possibilités offertes par la modularité.
Ceux qui ont déjà feuilleté un catalogue de profilés savent que l’exercice tient plus de l’annuaire que du livre d’art. Mattéo y a pourtant vu autre chose : un élément industriel, standardisé et reproductible, pouvait devenir un vitrail.
Le projet repose sur deux références de profilés. Leur usage d’origine était de former les angles de vitrines de montres. Un détail : la pièce pensée pour mettre en valeur des montres sert désormais à mettre en valeur la lumière. Le temps qui passe, d’une certaine manière, reste dans le cadre.

Le profilé aluminium n’est pas un inconnu sur BED. Il structurait déjà la collection modulable Beam d’Adam Weir ou le système Semiton de Garcia Cumini pour Arper. Il trouve ici un usage plus inattendu.
Comment se passer de la soudure au plomb ?
Dans un vitrail traditionnel, chaque pièce de verre est sertie dans des baguettes de plomb en forme de H. Les jonctions sont ensuite soudées, puis le panneau est masticé pour assurer son étanchéité. Le geste n’a presque pas changé depuis le Moyen Âge.
Ici, les profilés aluminium prennent la place du réseau de plomb. Ce sont eux qui tiennent le verre et qui permettent d’assembler les modules entre eux. Le duo y voit un enjeu éthique : fini la soudure au plomb, un métal qui demande des précautions à celles et ceux qui le manipulent chaque jour en atelier. Les soldats de plomb peuvent garder leur nom, l’atelier, lui, respire un peu mieux.
Le projet est entièrement réalisé en verre et aluminium, deux matériaux 100 % recyclables. Sur le papier, séparer ces deux matières en fin de vie semble plus simple qu’avec un panneau classique, où verre, plomb, étain et mastic sont étroitement liés.
Pierre Soulages avait fait développer un verre inédit pour les vitraux de l’abbatiale de Conques. Avec Mattéo et Lisa, l’innovation se joue moins dans le verre que dans ce qui le structure.


Quelle forme prend ce vitrail modulaire ?
La forme naît de la répétition, chaque module est une portion de paroi, et la trame des profilés dessine le réseau que traçait autrefois le plomb. On ajoute un module, puis un autre. La paroi s’allonge, s’élève, s’adapte à l’espace qui l’accueille.
On pense à un jeu de construction, avec la lumière en plus et les briques sous les pieds nus en moins. Plusieurs usages semblent possibles : cloison, séparation d’espace, paroi lumineuse, scénographie. Le système laisse la porte ouverte, sans trancher à la place de l’architecte ou de l’utilisateur.
Le vitrail mobile et modulable avait déjà trouvé une forme sur ce blog avec L’ombre du pli, un paravent en verre sablé serti de cuivre et de plomb sur une structure en chêne. La lampe modulaire en coquille d’œuf de Joanne Odisho posait aussi la question de l’objet que l’on compose soi même.

Que garde le vitrail de son identité ?
Le duo cherche à relier le savoir faire traditionnel du vitrail à une logique de réemploi, de modularité et de production. Sans perdre ce qui fait le vitrail : la lumière, la couleur, le geste et la matière.
Le verre reste coupé, choisi, assemblé par une vitrailliste. La couleur continue de filtrer la lumière du jour. Ce qui change, c’est la façon de construire. Mattéo le résume simplement : « Seulement un nouveau système constructif. »
Le verre coloré n’a pas fini de surprendre les designers. Les tables en verre de Murano fusionné de Mademoiselle Jo en donnaient récemment une autre lecture, côté mobilier.
Reste à voir ce système grandir, à l’échelle d’une pièce, d’un hall ou d’une vitrine.
Pour suivre l’évolution du projet, rendez vous sur le compte Instagram de Mattéo Vezzani.
Modular stained glass by Mattéo Vezzani and Lisa Cochonneau
French industrial designer Mattéo Vezzani and stained glass artist Lisa Cochonneau have developed a modular stained glass system built from standard aluminium profiles and glass. The idea came from Vezzani’s experience in aluminium joinery, where he discovered extruded profiles, their assembly systems and the potential of modularity. The project uses only two existing profile references, originally designed to form the corners of watch display cases. Instead of a single fixed panel, the stained glass becomes a wall that can be duplicated and extended without limit, adapting to different spaces and uses such as partitions, room dividers or scenography. The aluminium grid replaces the traditional lead came network, removing the need for lead soldering, an ethical choice for craftspeople. Both materials, glass and aluminium, are fully recyclable. Cochonneau leads the research and development of the glass. The duo aims to connect traditional stained glass craft with reuse, modularity and production logic while keeping its core identity: light, colour, gesture and material. As Vezzani puts it, the project is simply a new construction system for an ancient craft.
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