Transformation d’un ancien atelier d’artiste en refuge coloré
Dans le XVe arrondissement de Paris, Martin Massé signe la métamorphose d’un appartement de 100 m² installé dans un ancien atelier d’artiste. Sous une spectaculaire verrière de 3,50 mètres de hauteur, l’architecte compose un intérieur où la couleur, les courbes et les pièces de mobilier dessinent une nouvelle manière d’habiter.
Il suffit de franchir le seuil pour comprendre que cet appartement n’est pas tout à fait comme les autres. Ici, la lumière ne se contente pas d’éclairer l’espace : elle en devient la matière première.
Au cœur du projet Desnouettes, Martin Massé a choisi de conserver l’esprit singulier d’un ancien atelier d’artiste tout en réinventant entièrement sa distribution. Une intervention qui transforme un lieu marqué par son passé en un intérieur contemporain, chaleureux et profondément personnel.
Le duplex bénéficie d’une architecture remarquable, héritée des ateliers d’artistes qui occupaient autrefois cette partie de l’immeuble. La façade mêle pierre de taille, brique et ferronnerie Art déco tandis qu’à l’arrière, de vastes verrières orientées vers la cour apportent une lumière généreuse. La plus spectaculaire culmine à 3,50 mètres et accompagne les deux niveaux de l’appartement.
Plutôt que de multiplier les effets décoratifs, Martin Massé commence par travailler sur les volumes. L’architecte inverse notamment la logique originelle du duplex : le rez-de-chaussée, autrefois consacré à l’atelier, devient l’espace de réception, tandis que l’étage accueille les pièces plus intimes.
Cette nouvelle organisation permet de conserver au cœur du projet ce qui fait son caractère : la sensation d’un atelier baigné de lumière. Le salon-bibliothèque prend ainsi place dans la partie la plus lumineuse de l’appartement. Les murs blancs, les matières claires et la bibliothèque sur mesure laquée crémeuse forment une toile de fond volontairement calme, pensée pour diffuser la lumière jusque dans les espaces plus éloignés.
Dans la salle à manger et la cuisine, le projet change de rythme. Le vert s’impose dans une composition presque picturale : banquette habillée d’un tissu fleuri, îlot en Corian, crédence, tandis que le chêne teinté chaud introduit des nuances orangées. Une percée bleu ciel vient ponctuer l’ensemble.
Ces associations doivent autant à l’architecture moderne qu’à la peinture. Martin Massé revendique notamment l’influence de la polychromie architecturale de Le Corbusier, mais aussi celle des compositions abstraites de Serge Poliakoff. La couleur sert ici à faire avancer le regard, à hiérarchiser les espaces et à donner de la profondeur aux perspectives.
Le résultat est presque cinématographique : les plans colorés se succèdent, se superposent et semblent glisser les uns derrière les autres.
Dans cet intérieur où la géométrie pourrait facilement devenir rigide, Martin Massé introduit au contraire la courbe. L’escalier est ainsi dissimulé derrière une cloison ondulante qui se prolonge en main courante. La forme accompagne le mouvement plutôt qu’elle ne le contraint. Elle crée une transition douce entre les différents niveaux et participe à cette sensation de fluidité qui traverse tout le projet.
À l’étage, le même vocabulaire se retrouve dans le mobilier dessiné sur mesure. La bibliothèque du bureau adopte des lignes arrondies tandis que l’espace de travail est pensé autour de la circulation et de la lumière. Pour la propriétaire, qui travaille régulièrement depuis chez elle, ce bureau devait être à la fois fonctionnel et accueillant.
Martin Massé mêle créations contemporaines, pièces vintage et mobilier de collection. Dans le salon, la bibliothèque dessinée pour le projet dialogue avec des pièces de designers et des sculptures. La salle à manger accueille notamment une table Trix & Robert Haussmann, tandis que différents objets et œuvres viennent ponctuer les perspectives.
Le mobilier n’est donc jamais considéré comme une simple couche supplémentaire. Il participe à l’architecture du lieu, au même titre que les cloisons, les couleurs ou les matériaux.
Cette approche rejoint le travail de Martin Massé, architecte mais aussi designer, dont les projets associent régulièrement architecture intérieure et création de mobilier sur mesure.
Puis vient la salle de bains, probablement l’espace le plus théâtral de l’appartement.
Entièrement jaune, du sol au plafond, elle assume une esthétique presque irréelle. Le monochrome enveloppe la pièce et lui donne l’allure d’un décor de cinéma. Pour cette séquence, Martin Massé s’est notamment inspiré de l’univers de Wes Anderson, et plus particulièrement de l’atmosphère de Hôtel Chevalier.
Face à cette profusion de jaune, la douche rose pâle crée une rupture délicate. Le contraste est subtil mais immédiatement perceptible : plutôt qu’une palette sage, l’architecte imagine une véritable scène chromatique.
À l’inverse, la chambre abandonne volontairement le langage graphique du reste de l’appartement.
La propriétaire souhaitait un espace plus intime, presque hors du temps. Martin Massé choisit alors un papier peint floral de Morris & Co., inspiré de l’univers Arts & Crafts et de l’Art nouveau. Les motifs végétaux introduisent une dimension plus romantique et féminine.
Après le vert, le bleu, le jaune et le rose, les fleurs offrent une respiration.
Cette pièce fonctionne comme une parenthèse au sein du projet : un espace où l’architecture se fait moins démonstrative et davantage émotionnelle.
Avec Desnouettes, Martin Massé ne cherche finalement pas à produire un appartement spectaculaire au sens conventionnel du terme. Il construit plutôt une succession d’atmosphères.
Le projet part d’un élément architectural exceptionnel, cette grande verrière héritée des ateliers d’artistes, puis organise tout autour d’elle une conversation entre lumière, couleur, mobilier et œuvres. L’ancien atelier n’est pas effacé : son caractère est conservé, puis déplacé vers une nouvelle manière d’habiter.
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