Source Journal du Design :

Terre, argile, cannelle et clous de girofle emplissent la Cour des Sculptures du Barbican à Londres, où Delcy Morelos a construit origo, un pavillon qui contraste avec le béton brutaliste des bâtiments Chamberlin, Powell et Bon.

Le Barbican Center n’a pas animé sa Cour des Sculptures depuis près de dix ans. L’installation origo, un pavillon de terre de 24 mètres sur 18 qui s’élève à plus de trois mètres au-dessus de la place pavée, change la donne.

La structure prend la forme d’une masse ovoïde percée de multiples entrées triangulaires, chacune menant à des tunnels qui serpentent vers un espace central. Depuis les tours résidentielles, l’installation apparaît comme un anneau sombre contrastant avec la géométrie de la cour. Au niveau du sol, elle se transforme en une tout autre chose : un seuil entre la ville et un monde plus ancien.

Delcy Morelos a réalisé l’œuvre à la main pendant plusieurs semaines, pressant couche après couche un mélange d’argile, de foin et d’épices sur les parois courbes. La texture de surface qui en résulte est rugueuse et fibreuse, visiblement artisanale, portant l’empreinte de son travail. Cannelle et clous de girofle sont incorporés à la matière.

Les épices ont une fonction pratique : leurs propriétés antifongiques protègent le sol de la décomposition, mais elles embaument aussi les tunnels d’un parfum qui s’intensifie à mesure que les visiteurs s’enfoncent. L’odeur de terre et d’épices remplace le bruit ambiant de la ville.



Née à Tierralta, en Colombie, dans une région marquée par les conflits armés et l’exploitation des terres, Delcy Morelos travaille depuis des décennies avec la terre, la considérant comme une présence vivante plutôt que comme une matière inerte.

Ses installations puisent leur inspiration dans les conceptions ancestrales andines et amazoniennes de la terre comme intrinsèquement liée à l’existence humaine, porteuse de mémoire, de labeur et de soin. Au Barbican, cette philosophie rencontre l’un des complexes brutalistes les plus emblématiques au monde, conçu par Chamberlin, Powell et Bon comme une vision utopique de la vie communautaire d’après-guerre. Le contraste est délibéré : béton coulé contre argile travaillée à la main, permanence contre porosité, ambition civique de l’État-providence d’après-guerre contre un rapport plus ancien à la terre.

À l’intérieur d’origo, la lumière s’estompe. Les ouvertures triangulaires encadrent des vues lointaines sur la cour et les tours au-delà, mais l’intérieur absorbe presque tout. Le son s’atténue. La température change. Les visiteurs qui parcourent les tunnels prennent conscience de leur propre respiration, de leur proximité avec les parois de terre, de la manière dont leurs corps occupent l’espace différemment lorsqu’ils sont entourés de terre. L’espace central offre un moment de calme avant de retourner à l’extérieur.

La Cour des Sculptures du Barbican a été conçue à l’origine comme un espace public partagé où l’art s’intégrerait au quotidien. Morelos lui redonne cette vocation tout en redéfinissant la notion d’art public.



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