Nereidas, maison contemporaine en béton pigmenté
Sur un terrain de 8 000 mètres carrés près de Todos Santos, en Basse-Californie au Mexique, les architectes de studiofont ont érigé dans les hautes terres désertiques bordant le Pacifique « Nereidas ».
C’est dans une plaine peuplée de cactus cardons et de broussailles basses qui s’étend sans interruption jusqu’à la Sierra de la Laguna qu’a été créée la maison.
Quatre cabines indépendantes sont disséminées sur le site, reliées par des sentiers de sable tracés dans la végétation, tandis qu’un pavillon commun ancre l’ensemble. Vu du ciel, le plan évoque une constellation libre plutôt qu’un complexe bâti, chaque volume s’implantant là où la végétation existante le permettait.
Le pavillon constitue le cœur collectif du projet. Deux toitures courbes se croisent en hauteur et glissent l’une sur l’autre pour dégager, d’un côté, un foyer en contrebas sous un plafond à double hauteur et, de l’autre, un bassin cylindrique. Rien n’est cloisonné. La structure reste ouverte sur toute sa longueur, offrant une vue ininterrompue sur l’horizon désertique à travers les colonnes ; les variations de hauteur de la toiture guident le corps de l’espace repas vers les zones de convivialité et de repos, sans la moindre cloison.
L’ensemble est réalisé en béton teinté, coulé pour servir à la fois de structure et de finition. Les surfaces moulées dans des coffrages en planches conservent l’empreinte du bois ; leur teinte rosée se réchauffe au fil de la course du soleil et s’intensifie au crépuscule, contrastant avec la verdure qui surgit après les pluies.
Les colonnes circulaires, l’escalier en spirale et le volume cylindrique de la piscine sont tous façonnés dans le même matériau, conférant au bâtiment une unité de coulée continue plutôt que l’aspect d’un assemblage d’éléments disparates.
Les cabines se replient sur elles-mêmes, préservant l’intimité. Des murs aux empreintes de coffrage s’incurvent autour du lit ; une baie vitrée coulissante à cadre en chêne invite la silhouette des cactus cardons à l’intérieur, tandis qu’une vasque monolithique en béton prend place sous un robinet en laiton. Des rideaux adoucissent l’enveloppe brute, et un tapis tissé ainsi qu’un coussin vert réchauffent le sol. Chaque cabine met en scène un cactus unique, à la manière dont une maison, ailleurs, encadrerait une toile.
Le projet fonctionne en totale autonomie énergétique. Des panneaux photovoltaïques assurent l’alimentation électrique, un système thermosolaire chauffe l’eau et des stratégies de réutilisation évitent de solliciter la nappe phréatique locale. Chaque plante déplacée durant le chantier a été replantée sur place ; ainsi, le désert reprend ses droits sur les sentiers plutôt que de céder la place à une clairière artificielle et soignée.
La maison est construite pour durer tout en s’altérant au fil du temps : une ossature pérenne qui abrite la vie tout en laissant la lumière, la chaleur et le temps agir sur ses surfaces.
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