Babel, arches et voûtes à la lisière urbaine de Tulum
V Taller déploie ‘Babel’ autour d’une cour : deux ailes courbes composées d’arches et de voûtes se referment vers l’intérieur, préservant un espace central ouvert, végétalisé et partagé.
Tulum a été remodelée par le tourisme, et Babel se dresse à la lisière de cette transformation, sur le dernier tronçon de route avant que la canopée ne reprenne ses droits. Le programme prévoyait une tour et une succession d’arches. L’agence V Taller a transformé cette commande en une réflexion sur le positionnement : comment inscrire un bâtiment dans la jungle sans en faire un simple décor, et comment concevoir l’accueil comme une continuité plutôt que comme une rupture.
La réponse réside dans la concentration. La masse bâtie se resserre autour d’une cour centrale ; deux volumes courbes convergent pour former une silhouette qui, vue du ciel, évoque un œil. La géométrie importe moins en tant qu’image qu’en tant que moyen de préserver un vide central. C’est là que convergent circulations, eau, végétation et vie collective ; un bassin circulaire, agrémenté d’un îlot de palmiers en son centre, y remplit la fonction dévolue ailleurs au hall d’accueil.
La tour centrale rejette toute monumentalité. Elle agit comme un dispositif d’orientation et d’intériorisation ; son espace intérieur est baigné d’une lumière maîtrisée, à la manière d’un hammam, où les rayons pénètrent par fragments mesurés, invitant le corps à percevoir l’ombre et le temps qui passe. Une ouverture triangulaire à son sommet encadre un fragment de ciel. À l’extérieur, des plantes grimpantes ont colonisé le cylindre, tandis que des palmiers en couronnent la cime.
L’arche remplit plusieurs fonctions simultanément : cadre, seuil et filtre. Moins une citation d’un langage historique qu’un dispositif de régulation de l’exposition, elle ouvre les pièces sur la végétation tout en créant la profondeur d’ombre requise par le climat. Répétée le long des ailes — alternance de voûtes en berceau, d’ouvertures ovales et de volets en bois brun —, elle cesse d’être une simple image pour devenir un rythme, guidant le mouvement par un jeu de compression et de détente.
Les reflets du bassin se prolongent dans la cour. Les ombres glissent sur les parois courbes et l’intrados des voûtes. Les escaliers se resserrent avant de déboucher sur des espaces intérieurs en double hauteur, voilés de lin léger. Le bâtiment s’appréhende par les variations de luminosité, de température et d’échelle plutôt que par une façade unique.
La palette se compose de chukum, de bois tropicaux, de lin et d’argile ; aucun de ces matériaux n’a été choisi pour isoler le bâtiment. Ils portent la trace de ce qu’ils subissent : soleil, pluie, sel, usage. La végétation densifie les seuils et fait varier l’intimité, tandis qu’un rideau de bananiers s’interpose entre les pièces et la route. Babel ne prétend pas résoudre les problèmes engendrés par le tourisme sur cette côte. Le projet adopte une position au sein de ce contexte : l’espace central du terrain doit rester ouvert.
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