Mue de Gabrielle Monnin : le tabouret où le cuir devient structure
Une feuille de cuir capable de porter une personne, beau challenge non ? Gabrielle Monnin, diplômée de L’École Bleue en design global, en a fait son projet de diplôme. Son tabouret baptisé Mue tient debout grâce à une peau pincée et mise en tension, pas de pieds, pas de cadre visible, juste une arche couleur acajou qui semble posée sur rien.

Un tabouret en cuir sans pieds, c’est possible ?
Le cuir, on le connaît sur une selle, une ceinture ou un fauteuil club dans lequel on s’enfonce après le déjeuner pour se décontracter. On le connaît moins dans le rôle du pilier, souple par nature, il accompagne le corps plus qu’il ne le soutient. Gabrielle a pourtant observé une chose : mis en tension, ce même cuir gagne une rigidité inattendue, un peu comme une feuille de papier, incapable de tenir debout à plat, qui porte un livre une fois roulée en tube ou plié en accordéon.
La designer explique avoir commencé sa recherche avec l’envie de surprendre, par la forme autant que par le comportement de la matière. Ses travaux sur l’ergonomie et la perception du confort l’ont conduite, après plusieurs expérimentations, vers l’étude des propriétés mécaniques du cuir. Le résultat ressemble à une arche, certains y verront un tunnel, d’autres une boîte aux lettres, les plus gourmands une tranche de pain de mie, et vous ?
Comment fonctionne la structure du tabouret Mue ?
Deux systèmes travaillent ensemble ici de manière invisible. Le premier rapproche les extrémités de la peau pour créer la forme arquée et assurer la stabilité de l’objet. Une pince en aluminium, placée au pied de chaque face, maintient ce pincement. Le second tend les peaux à l’horizontale pour former une assise confortable et résistante. Non sans nous rappeler, le projet imaginé par Emma Le Garrec.
Tout repose sur un système structurel dissimulé, l’œil voit une peau souple, le corps trouve une assise ferme. C’est le jeu de perception du projet, entre fragilité apparente et solidité réelle. On pense aux voûtes qui travaillent depuis l’Antiquité, ou aux structures tendues de l’architecture textile.
La designer s’est aussi fixé une contrainte : le tabouret reste entièrement démontable, un détail qui compte pour le transport, la réparation et la durée de vie d’un objet en cuir appelé à se patiner et vivre avec le temps et ses expositions (au soleil, aux griffes de chats par exemple…)
Quels matériaux composent le tabouret Mue ?
La peau est un cuir bovin à tannage végétal, teinte Acajou Bordeaux. Ce tannage, à base de tanins d’origine végétale, donne un cuir ferme qui évolue avec le temps. Sur Mue, la couleur varie, plus claire sur les surfaces exposées, plus profonde dans le creux de l’arche. Les bords sont fermés par une double couture au point sellier, couture à deux aiguilles héritée de la sellerie, plus solide qu’une piqûre machine.

Sous la peau, l’assise associe une mousse haute résilience de 40 kg/m³ et une mousse de confort de 25 kg/m³, avec une protection en feutre. La structure cachée combine de la tôle d’aluminium découpée, percée, fraisée et cintrée, et des sabots en chêne usinés puis vissés. Les seules pièces visibles sont les pinces en méplat d’aluminium poli, deux petits blocs brillants au pied du tabouret, comme une paire de boutons de manchette.
Pourquoi fabriquer le prototype à la main ?
Gabrielle a réalisé la majeure partie du prototype par ses propres moyens : découpe et cintrage des tôles, usinage des sabots en chêne, garnissage, gainerie et couture du cuir. Seule la pince a été usinée de façon industrielle avant l’assemblage final. Elle cite deux étapes exigeantes : la soudure de l’aluminium, qui a demandé plusieurs ajustements, et les doubles coutures au point sellier aux extrémités du cuir, où la précision conditionne la qualité de l’ensemble.
Elle en retient l’importance du dialogue entre conception et fabrication, et du prototype comme outil d’apprentissage. Les écoles le répètent, les ateliers le confirment, et les doigts aussi après une journée de couture main. Sa formule résume le projet : « De la contrainte naît la grâce, quand la matière se souvient qu’elle peut respirer. »
Sur Blog Esprit Design, nous avons souvent suivi des tabourets nés en école, comme le Bauhaus Stool de Catherine Lee, en contreplaqué de bouleau à emboîter. Mue prend un autre chemin : une matière souple, travaillée en tension, sans pièce apparente à assembler. Pour prolonger la lecture, retrouvez nos projets de diplôme et nos articles consacrés au cuir dans le mobilier.
Qui est Gabrielle Monnin ?
Gabrielle Monnin est designer global, basée en région parisienne. Diplômée de L’École Bleue, elle a été formée au design d’espace, au design produit et à la communication visuelle. Cette approche transversale lui permet, selon ses mots, de changer d’échelle sans changer de regard. Sa démarche repose sur l’expérimentation des matériaux et des systèmes constructifs, pour des objets où la technique s’efface derrière l’émotion.
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Crédits photos : Jean Couvreur (shooting), Sébastien Lovat (portrait). © Gabrielle Monnin, Mue, 2026.
Mue is a stool designed by Gabrielle Monnin, a global designer based in the Paris region and a graduate of L’École Bleue, as her final degree project in 2026. The project explores how leather, usually associated with softness, can become a load bearing structure. A single sheet of vegetable tanned cowhide in a Mahogany Bordeaux shade is pinched at its base and stretched into an arch, so the stool appears to float on the ground. Two hidden systems work together: one draws the ends of the hide together to create the arched form and keep the object stable, the other applies horizontal tension to form a firm and comfortable seat. Beneath the leather, the stool combines high resilience foam (40 kg/m³), comfort foam (25 kg/m³), felt, cut and bent aluminium sheet and machined oak cleats. Only the polished aluminium clamps remain visible. The edges are finished with double saddle stitching. The stool measures 460 × 460 × 320 mm, weighs 5 kg and can be fully dismantled. Monnin built most of the prototype herself, from metalwork to upholstery, an experience she describes as a lesson in the dialogue between design and making.
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