Source Journal du Design :

Aux abords de Morelia, dans l’État de Michoacán, HW Studio a construit la résidence personnelle de son fondateur, Rogelio Vallejo Bores, organisée autour d’un jardin de pierres plutôt que d’une pièce unique.

Vue de la rue, la maison apparaît comme un cube blanc discret, adossé à un mur de soutènement en béton brut, dont la surface porte encore l’empreinte du grain de pin du coffrage. De la roche volcanique noire affleure à la base, un jeune arbre en émerge, et une unique petite ouverture perce l’enduit couleur crème.

Le verre est quasi inexistant. Trois fenêtres, pas plus, chacune encadrant un élément précis : une montagne, un pin voisin, l’arbre qui pousse au centre de la maison. Tout le reste est tourné vers l’intérieur.

Rogelio Vallejo Bores, fondateur du studio, a construit cette maison de 95 mètres carrés pour lui-même, avec un budget de 82 000 dollars américains. Chaque pièce, selon ses propres termes, devait avoir une signification particulière. La contrainte est visible dans la façon dont la maison s’intègre au site : l’entrée descend plutôt qu’elle ne monte, l’escalier s’enfonce jusqu’au socle rocheux où la pierre offre une stabilité appréciable, évitant ainsi des coûts de fondation importants. Vallejo Bores interprète également ce geste en termes spirituels, la descente comme une légère révérence, le seuil comme une sorte de torii pour un sanctuaire invisible.




Le cœur de la maison n’est pas une pièce, mais un vide. Un lit de gravier gris, disposé à la manière d’un jardin de temple de Kyoto, accueille quelques rochers érodés et un jeune arbre solitaire qui s’élève à travers le puits de lumière vers une verrière linéaire. Deux plateformes en noyer flottent sur le gravier, invitant à la pause plutôt qu’au passage. Chaque autre espace gravite autour de cette quiétude. La cuisine et la salle à manger se trouvent d’un côté, sous un volume à double hauteur dont le plafond accumule la fumée d’un véritable feu. Le salon se situe de l’autre côté. Entre les deux, aucun couloir couvert. Quand il pleut, on est trempé, ou on attend.

À l’intérieur, la palette est restreinte et précise. Enduit blanc au-dessus d’une plinthe en lambris de noyer, parquet en noyer, menuiseries blanches aux ferrures encastrées, une fine étagère en granit longeant le mur d’une chambre, une porte en acier Corten oxydée jusqu’à une profonde rouille. Des panneaux shoji en papier de riz coulissent entre la cour et le salon ; la lumière les traverse jusqu’à ce que, comme le dit Vallejo Bores, le temps devienne réalité. Une table basse en noyer repose sur un plateau encastré rempli de sable fin, où repose une unique pierre ovoïde. Toute la pièce est agencée autour de cet objet, à l’image de la maison autour de son jardin.




À l’étage, la chambre est presque dépouillée. Une tête de lit basse en noyer, du linge de maison sauge, une urne en terre cuite du Michoacán, une étagère en granit sombre où repose une pierre brute. L’unique fenêtre ronde, encastrée dans le mur à double hauteur de la cour, offre, vue de l’intérieur, une vue sur le feuillage de l’arbre central ; vue de la cour en contrebas, elle évoque un pâle croissant de lune incrusté dans le plâtre blanc. C’est la seule touche théâtrale dans une maison qui, par ailleurs, aspire au silence.

Le terme japonais kehai désigne la présence diffuse de quelque chose d’imperceptible, une sensation portée par l’air, l’ombre, le silence. Depuis dix ans, HW Studio conçoit des volumes épurés en pierre et en béton au Michoacán ; cette maison, en particulier, se recentre sur elle-même, sur son propre créateur. Elle ne cherche pas à impressionner. Elle a été conçue pour perdurer dans le silence, pour porter le poids léger d’une vie authentique.





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